30/08/2011

La Geste d'Alban, 1 : L'Enfant monstre, Jean-Luc Marcastel

Présentation : les Maljours s’achèvent à peine, la lumière caresse timidement les terres d’Oc blessées par le cataclysme. Les hommes luttent contre les Malebestes en un combat sans merci.

C’est en cet âge sombre que naît Alban, un enfant difforme, touché par le souffle maudit de la Brèche du Diable. Rejeté par les siens après la mort de son père, il va, toujours masqué pour dissimuler son visage aux autres hommes…

Alban deviendra pourtant le plus fameux des Traquebestes de son temps, un héros dont le nom restera, dans tous les cœurs, synonyme de courage et de vaillance. Dans son périple émaillé d’épreuves terribles, de violence et de merveilles, il rencontrera l’amitié et peut-être l’amour, la trahison et le vrai visage du mal qui se répand sur les Terres d’Oc, pour enfin trouver son combat et tailler sa place en ce monde.

geste alban.jpg

Mon avis ? D’abord un énorme merci aux Éditions Nouvel Angle/Matagot qui m’ont permis de découvrir ce roman prochainement publié.

Le hasard (?) a fait qu’après avoir découvert (tardivement) Louis le galoup du même auteur, occasion m’a été offerte de lire La Geste d’Alban, 1. L’Enfant monstre.  J’avais aimé Louis, j’aime davantage encore Alban (Mizou, c’est pour toi !)

Le conteur qui nous livre cette geste, et s’adresse d’ailleurs de temps à autre directement aux lecteurs, ou plus exactement aux "auditeurs", nous présente très brièvement le personnage principal avant de nous relater les éléments de son passé qui ont forgé son destin.

L’action se déroule, comme dans Louis le Galoup, après les Maljours (abondamment détaillés dans les chroniques de l’annexe, elles-mêmes complétées par un glossaire et de superbes illustrations de Jean-Mathias Xavier), cette période au cours de laquelle le Poing de Satan s’est abattu sur les hommes, séparant le royaume de Francie en deux et le plongeant dans les ténèbres et le froid.

Alban est un jeune homme différent, "diablement" différent : alors que sa mère était enceinte de lui, elle a malencontreusement été atteinte par les remugles malfaisants de la Brèche du Diable et a mis au monde cet enfant, humain certes, mais au bras gauche démesuré, terminé par des griffes, et au visage hideusement déformé qu’il cache derrière un masque de cuir. 

Alban a toujours été profondément seul : fils de Garmon de Peyre-Arse, seigneur de Tournemire, il vit au château avec son père, sa belle-mère, Dame Jacint, main de fer dans un gant de velours et conspiratrice hors pair et Enric, son demi-frère. Un seul ami : Lop, le loup avec lequel il communique car Alban a cette faculté, qu’il vaut mieux taire au commun des mortels, celle de communiquer avec les animaux, quels qu’ils soient.

À la mort de son père, les choses se corsent encore davantage pour Alban qui est rejeté de tous alors qu’en tant qu’aîné, il aurait dû naturellement devenir le seigneur du fief.  Mais rien n’est "naturel" lorsque l’on est à ce point différent. Le destin d’Alban se joue alors dans ces terres encore infestées par les Malebestes.

Je vais me répéter mais j’ai véritablement savouré les mots de Jean-Luc Marcastel : paysages, personnages et actions sont dépeints sous les yeux du lecteur avec les accents tantôt poétiques, tantôt chantants, tantôt âpres et cruels, du lieu et de l’époque. 

   "Accordez-moi quelques instants, il faut que je rassemble mes mots, que je me souvienne, une fois encore, comment les amadouer, les faire danser, que je me dérouille langue et gosier… […]

   Au cœur d’Occitània s’élève un prodige de roche blanche, tout bordé de falaises abruptes.  L’eau et la pluie se sont chargées de forer dans sa chair calcaire trous et gouffres assez profonds pour y engloutir des villages entiers.

   On y grimpe par des sentiers escarpés et périlleux, battus par des vents méchants, que même les chèvres rechignent à emprunter.

   Si on parvient toutefois au sommet, le paysage qui nous y attend donne sa vraie mesure au mot "sauvagerie".

   Sur ce toit du monde, où les nuages viennent frotter leur ventre, un gazon rare et pelé, que des brebis coriaces tondent sans entrain, mène avec la pierre un combat de tous les instants.

   La roche affleure partout, pâle, usée.  Le vent et la pluie, en artistes du hasard, se sont chargés de la tailler, de lui prêter formes insolites…

   Peu engageant l’été, même égayé de fleurs sauvages, une fois l’hiver venu dépouillé de ses fanfreluches, le plateau offre au voyageur un visage revêche… Quand neige et blizzard s’en mêlent, le malheureux qui vient à traverser ses solitudes pelées comprend vite qu’il n’est pas le bienvenu…

   Là-haut souffle un vent carnivore, capable de congeler sur pied troupeaux et bergers, d’ensevelir sous un blanc mantel les inconscients qui s’en viennent le braver.  Aucune forêt, aucun arbre digne de ce nom pour lui adoucir l’humer, le freiner dans ses colères : il s’y déchaîne à plaisir, dans la démesure.

   Et pourtant… Approchez, approchez et regardez…" [p10-11]

Un régal donc que cette geste qui dénonce superstitions et peur de la différence ; dire qu’il faut attendre avant d’en connaître la suite qui nous mènera aux premières pages de ce tome 1…

09:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

je suis contente qu'il t'ait plu. tu l'envois à Elodie à présent ? :-)

Écrit par : Anne Sophie | 30/08/2011

Répondre à ce commentaire

Oui :-)

Écrit par : paikanne | 31/08/2011

Cette fois, je m'interroge sur le mot "geste". Que signifie-t-il ici?
Nous sommes au seuil d'une nouvelle année, alors "bonne année"!

Écrit par : Philippe d | 31/08/2011

Répondre à ce commentaire

"Cycle de poèmes épiques racontant l'ensemble des aventures d'un héros" (cf. chanson de geste) même si, ici, c'est un roman ;-)

Écrit par : paikanne | 31/08/2011

Écrire un commentaire