04/06/2011

Chien du Heaume, Justine Niogret

Présentation : on l'appelle Chien du Heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre...

On l'appelle Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu’on siffle.

Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité.

chien du heaume.jpgAnecdote : j’ai rencontré brièvement Justine Niogret au Festival Trolls et Légendes à Mons fin avril.  Les circonstances ont fait qu’elle était à côté de Pierre Pevel lorsque je suis allée échanger une dédicace des Lames du cardinal et Les Enchantements d’Ambremer contre un pot de pâte speculoos ;-).  C’est lui qui m’a conseillé Chien du Heaume et par conséquent, j’ai acheté le roman,  nanti lui aussi d’un charmant petit mot, le marché étant le même pot de pâte speculoos si je l’appréciais.  La question est, maintenant : Justine Niogret recevra-t-elle cette délicieuse (pour qui aime cette saveur, bien sûr) gourmandise ?

Mon avis ?  La première chose à dire, importante à mon sens, est que je trouve la couverture très belle (Johann Bodin alias YOz).

La deuxième, c’est que de cette lecture, s’est détaché inévitablement le mot "atmosphère".  "Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?"  Hé bien oui, ce roman a indéniablement une gueule d’atmosphère.  Point de conte de fée à l’horizon mais un Moyen Âge dur, cruel, âpre, sans concessions, un univers masculin où Chien du heaume a pourtant réussi à se forger (c’est le cas de le dire) une place.  Laide (nombreux sont ceux qui prennent un malin plaisir à le lui répéter), grassouillette, elle œuvre comme mercenaire, louant ses services à qui en a besoin.  Et ses services sont "de qualité", la reine de la hache en quelque sorte…  Une arme qui demeure une des rares traces de son passé et qui va peut-être lui permettre d’en apprendre davantage sur ses origines car Chien n’a point de souvenirs d’enfance, ou si peu.  Tout concourt ici à faire ressentir le chaud ou le froid, la poisseur étouffante d’un été qui s’éternise ou l’immaculé de la neige côtoyant le gel qui fend littéralement la pierre…

Chien entreprend ainsi la quête de ses origines mais alors que l’action et les faits d’armes occupent souvent une place prépondérante dans ce genre de récit, ici, c’est le cycle des saisons qui semble engourdir les protagonistes.  Chacun des personnages est d’une densité telle que les péripéties éventuelles passent au second plan.    C’est le seul bémol que je me permettrais d’émettre car même si j’ai grandement apprécié le récit, j’aurais été prête à vivre de véritables aventures en compagnie de Chien, Bruec, Regehir…  D’autant que la plume de Justine Niogret est superbe ; les descriptions sont précises et parsemées de termes hauts en couleur médiévale et un lexique "humoristique" vient compléter cet ensemble.

"La nuit, les hommes montaient la garde dans les couloirs gelés pour se faire croire qu’ils restaient alertes, que leurs armes leur servaient encore à quelque chose, qu’ils ne faisaient pas que s’engraisser durant l’hiver.  Le château, en cette saison, ne se connaissait pas d’ennemis, à part les fumées blanches et glaciales qui se glissaient par les murs, imprenables fantômes aux formes étranges." (p. 101)

"Les premières lueurs du matin trouvaient Chien du heaume aussi collante que miel passé au feu, et même les oiseaux restaient silencieux à cette heure où ils aimaient pourtant crier leur vie, déjà frappés par la touffeur de la journée à venir.  C’était au plus fort de l’été, et la forteresse cuisait sous le soleil.  Même les ombres semblaient gluantes, tant la cascade trempait son air d’eau et de vapeurs.  De fait, le castel dormait, mais d’un sommeil de dogue que la chaleur brûle, qui geint et qui se retourne, sans savoir quel côté écraser pour sauvegarder l’autre." (p. 119)

Verdict : je peux d’ores et déjà envisager l’achat d’un pot de pâte speculoos, d’autant que j’ai découvert qu’un deuxième tome est prévu…

19:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Non seulement prévu, mais paru maintenant ^^
Ravie de voir que tu as apprécié cette lecture. Pour ma part j'ai hâte de trouver le temps de me ruer sur Mordre le bouclier, que j'ai ramené des Imaginales :D

Écrit par : Lelf | 04/06/2011

Répondre à ce commentaire

Je le rajoute alors dans mes "envies livresques" :-)

Écrit par : paikanne | 04/06/2011

Écrire un commentaire