21/04/2011

Raison et sentiments, Jane Austen

Présentation : Raison et sentiments sont joués par deux sœurs, Elinor et Marianne Dashwood.  Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent…

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Mon avis : cette année scolaire, j’ai parmi mes élèves de "gros lecteurs" et j’ai évoqué, voici quelques mois, ma découverte oh combien tardive de Jane Austen [vous aurez compris que je parle souvent en classe de mes découvertes livresques ; c’est de cette manière, d’ailleurs, qu’à la fin du cours, certains viennent me demander, plus ou moins discrètement, s’ils peuvent m’emprunter l’un ou l’autre ouvrage], avec Orgueil et préjugés, beaucoup apprécié.  Une de mes élèves qui, elle, avait déjà lu l’auteure, propose alors de me prêter Raison et sentiments, ce que j’accepte, bien sûr (merci Chiara).  Après avoir lu quelques titres "jeunesse" durant ce congé de "Pâques", je me suis dit que j’allais changer d’atmosphère et m’y suis immergée.

Car lire un récit de Jane Austen demande à tout le moins de la disponibilité ; inutile de vouloir à tout prix "de l’action", ce serait attendre vainement.  Lire un récit de Jane Austen, c’est plonger dans l’Angleterre du passé, une époque où les relations entre les personnages sont abondamment décrites, touche après touche, à l’instar d’une toile minutieusement travaillée…  Les convenances et les apparences y tiennent un rôle majeur, dénoncé avec un humour sous-jacent par le biais de l’un ou l’autre observateur, en l’occurrence une observatrice : Elinor.

Raison et sentiments évoque deux des trois filles Dashwood : Elinor et Marianne ; la troisième, Margaret est à peine esquissée.  Deux tempéraments foncièrement opposés : Elinor, la raison, réfléchit beaucoup avant d’agir, de parler, est capable d’un sang-froid tel qu’elle est souvent considérée comme quelqu’un que n’atteignent jamais les émotions.  À l’opposé, sa sœur Marianne est animée par les sentiments, incapable de réagir en demi-teinte.  Les discussions vont bon train à ce sujet entre les deux sœurs qui s’aiment pourtant profondément et les choses se corsent lorsque les circonstances de la vie leur feront croiser la route de certains "gentlemen".

À côté des deux jeunes femmes, gravitent des personnages hauts en couleur, chacun dans son genre : leur mère, si soucieuse du bien-être de ses filles ; Mrs Jennings, tellement indiscrète et ravie de pouvoir diffuser, partout où elle passe, les "informations du jour" mais attachante malgré tout ; leur demi-frère John, obsédé par la richesse et les apparences de celle-ci ; les personnages féminins "pisse-vinaigre" comme Mrs John Dashwood ou encore Mrs Ferras…  Un panel de portraits drôles… ou pathétiques.

   "Mrs John Dashwood n’approuva pas du tout ce que son mari avait projeté de faire pour ses sœurs.  Prendre trois mille livres sur la fortune de leur cher petit garçon, c’était l’appauvrir d’une terrible façon.  Elle le pria de réfléchir encore là-dessus.  Comment pourrait-il se disculper à ses propres yeux d’avoir ainsi frustré son fils, son fils unique, d’une aussi grosse somme ?  […] ; et pourquoi irait-il se ruiner lui-même, et leur pauvre petit Harry, en abandonnant tout son argent à ses demi-soeurs ?

   - C’est la dernière demande de mon père, répliqua son époux : il m’a fait promettre de venir en aide à sa femme et à ses filles.

   - Je parie qu’il ne savait pas ce qu’il disait ; il y a dix chances pour une qu’il n’ait pas eu sa tête à ce moment-là.  S’il avait été dans son bon sens, il n’aurait jamais songé à pareille chose : vous demander d’arracher la moitié de votre fortune des mains de votre propre fils !

[…]

Il acheva de donner à ses intentions ce qui pouvait encore leur manquer de fermeté ; et il décida finalement qu’il était absolument inutile, voire inconvenant, de faire pour la veuve et les enfants de son père autre chose que les actes de bon voisinage que sa femme venait d’indiquer."

J’ai savouré ce récit de la même manière qu’Orgueil et préjugés même si j’ai un tantinet moins apprécié Raison et sentiments ; je me suis à nouveau laissé porter par la riche plume de Jane Austen.

 Je poursuivrai ma découverte de l’univers austenien avec Emma, lecture commune de juillet. 

11:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

Commentaires

C'est le tout premier Jane Austen que j'ai lu, et c'est celui qui m'a donné envie d'en découvrir plus !
Comme toi, il n'atteint pas encore Orgueil et préjugés, mais j'en garde un excellent souvenir. Même s'il m'en reste deux de l'auteur à découvrir, je pense relire celui-ci avant car je ne m'en souviens plus vraiment...

Écrit par : Niënor | 21/04/2011

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Un collègue anglais m'a fait découvrir Jane Austen.
On perd beaucoup à la lire en français, c'est un auteur à découvrir dans la langue originale, beaucoup plus facile à déchiffrer qu'on ne le croit.
Pride and prejudice est de loin le meilleur ouvrage.

Écrit par : Ernest | 22/04/2011

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Je me doute qu'il vaudrait mieux la lire en VO mais j'en suis malheureusement incapable :-(

Écrit par : paikanne | 22/04/2011

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Je l'ai dans ma Pal mais toujours pas lu. J'ai commencé par Orgueil et préjugés puis par Persuasion en février dernier que j'ai presque préféré à O&P. Je devais faire la LC de juillet sur Emma mais je me restreins un peu ! En tout cas, tu me donnes envie de lire Raison et sentiments.

Écrit par : Frankie | 22/04/2011

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Je vais continuer à découvrir Jane Austen petit à petit, me disant que je vais savourer chaque fois (?) une friandise :-)

Écrit par : paikanne | 23/04/2011

J'ai lu Jane Austen .....et apprécié ...... il y a "très" longtemps - plus ou moins 30 ans - pendant "ma grande période" littérature 18 ème, tant anglaise que française ... :-)))

Écrit par : Jacqueline | 26/04/2011

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