03/03/2011

SEP : H comme handicap

patient-fauteuil-roulant.jpg"Comme une évidence" (titre de Grand Corps Malade (!) qui n'a rien à voir avec le handicap, d'ailleurs), la lettre H s’est imposée, dans MON cas, comme initiale de "handicap". 

Une évidence qui ne le fut pas toujours.  Un mot qu’il m’a fallu du temps à intégrer dans mon vocabulaire pour m’évoquer, moi.  J’ai longtemps vogué d’euphémisme en euphémisme (même si je ne sacrifie maintenant pas à la "mode" des PMR), évoquant souvent, lorsque j’y étais obligée, mes "difficultés pour me déplacer".  Je vous parle bien évidemment d’un temps maintenant définitivement révolu ("un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…", euh, je m’égare, là).  Le temps de "l’entre-deux", celui où je naviguais avec une canne et où mon périmètre de marche commençait sensiblement à se réduire.  La canne a été le premier signe visible du handicap, instrument devenu indispensable pour tenter de conserver un tant soit peu d’équilibre.  Mais ce n’était, je ne le savais pas encore, rien en regard de ce qui deviendrait par la suite un autre signe de "reconnaissance" : la chaise roulante.  Ma meilleure ennemie. 

Je me souviens des premiers temps où, à l’école, j’ai débarqué à roulettes.  Une première.  Des regards.  Des coups d’œil furtifs… ou pas furtifs du tout, d’ailleurs.  J’espérais que c’était temporaire mais probablement savais-je déjà que ce n’était qu’un leurre.  Une espèce de phase de "transition" dans la tête.  Le temps de...

Ce fut, je le sais, une période difficile à vivre pour ma fille aînée qui supportait mal que je devienne la cible de mire de ses condisciples, équipée comme je l’étais désormais, alors que cela ne l’avait jamais dérangée que j’enseigne dans la même école.  Et puis, j’ai bien vite fini par me "fondre dans le paysage".  Lorsque je suis assise sur mon banc en classe (je dois quand même dominer la situation), je suis pour mes élèves leur professeur de français, je ne suis pas "la handicapée".    Ils l’oublient par exemple lorsqu’ils évoquent telle ou telle excursion à laquelle je ne pourrais "matériellement"pas participer…

Deux anecdotes à ce propos : je devais rejoindre l’an passé la classe d’une de mes collègues lors d’un spectacle de théâtre et distribuer aux élèves les billets d’entrée.  Ils lui avaient demandé si c’était bien "la prof qui a des Converse" qu’ils devaient chercher ; voici peu, mon médecin m’a dit qu’à me voir, elle oubliait que j’ai la SEP...

[Illustration : http://www.fotosearch.fr]

20:07 Écrit par paikanne dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |

Commentaires

Je vois que tu fais tout pour tenter de minimiser ton drame et je trouve que tu as beaucoup de courage alors que ça ne doit pas être facile d'avoir cette maladie et de travailler. Bravo!

Écrit par : laeti | 04/03/2011

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Merci ; cela dit, continuer à travailler tant que je le peux, c'est aussi faire un "pied de nez" à la maladie ;-)

Écrit par : paikanne | 04/03/2011

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J'aime les deux anecdotes .... qui prouvent que tu es avant tout une femme, une enseignante ..... et que le handicap - bien réel, hélas - n'est pas ce que l'on "retient" de toi ...

Écrit par : Jacqueline | 04/03/2011

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Il faut du courage pour le vivre et pour l'écrire.
Je me demande : ton école a-t-elle favorisé tes déplacements ? As-tu eu facilement un local au rez-ce-chaussée ?
Je viens d'avoir une entorse du genou et ne pouvais pas monter les escaliers. Chez nous, aucune classe au niveau de la cours ! Une galère pour aménager l'horaire. Et si tu étais chez nous... ???

Écrit par : Lucy | 11/03/2011

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Mon local est au 1er étage, pas très loin de la salle des profs mais il y a un ascenseur. Pour ma voiture, j'ai une place réservée H le plus près possible de l'entrée via la cour et on a installé une rampe pour entrer plus facilement dans le bâtiment. Je sais qu'à ce point de vue, j'ai de la chance...

Écrit par : paikanne | 11/03/2011

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c'est sûr que la route peut être longue pour se reconnaitre soi même en tant qu'handicapée. Dans mon cas j'ai toujours du mal (faut dire que je suis jeune, ça y contribue peut être). Mon handicap étant "invisible" aux yeux des gens cela ne m'y aide pas trop d'ailleurs (mon principal symptôme étant le Syndrome de Fatigue Chronique, pas de signes physiques, ou ils sont cachés). Quand je me dis handicapée je me sens honteuse c'est très bizarre. Comme si c'était un statut particulier, entre le privilégié et la bête curieuse que l'on ne comprends pas. M'enfin déjà j'ai (un peu moins) la sensation de mentir.
Et je vois bien comment mon rapport à la maladie a évoluée, par rapport aux autres. Avant je voulais que les autres la comprenne absolument, et ça les faisais fuir. Maintenant je cherche à la mettre à sa juste place : elle fait partie de moi, elle est là, mais pas en première ligne.

Bref pour en revenir à ton témoignage c'est chouette si les gens arrivent à oublier ton handicap. C'est signe que tu l'assumes assez pour qu'ils n'y pensent plus je pense. Bon après au niveau pratique ça peut être un peu pénible.

Écrit par : lael | 04/07/2011

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Je pense effectivement que quand le handicap ne se voit pas, ce n'est pas évident à vivre ; dans mon cas, les autres savent d'emblée à quoi s'en tenir...
Il faut du temps pour "vivre avec"...

Écrit par : paikanne | 05/07/2011

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