17/01/2011

Un coeur insoumis, Sarah Dunant

coeur insoumis.jpgPrésentation de l’éditeur : À Ferrare, au couvent de Santa Catarina, nombreuses sont les jeunes filles nobles mariées au Christ à défaut de dot. Tel est le sort de Serafina, seize ans à peine, enfermée de force par sa famille suite à sa liaison avec un simple chanteur.

Insoumise, Serafina se heurte bientôt à l'ordre établi par l'abbesse Chiara et à la piété exacerbée de sœur Umiliana, prête à affamer le corps des novices pour libérer leur esprit...

Isolée parmi les nonnes cloîtrées en proie à d'étranges extases mystiques, la jeune rebelle peut compter sur la bienveillance de Zuana, une nonne érudite, qui soigne tous les maux du couvent, y compris les blessures que les sœurs s'infligent à elles-mêmes.

Mais jusqu'où est-elle prête à l'aider ?

Tandis que les forces de la Contre-Réforme grondent au-dehors pour durcir les règles en vigueur dans les couvents, Serafina va tout tenter pour s'enfuir. Le début de guerres intestines qui vont bouleverser la vie des sœurs à jamais...

Mon avis : j’ai eu l’occasion de lire ce roman dans le cadre d’un partenariat entre Livr@ddict et les Éditions Belfond.  Je les en remercie.

Ce récit est dense et nous enferme, l’espace de quelques heures, au XVIè siècle dans le couvent de Santa Catarina à Ferrare, lieu fictif mais réaliste pour l’époque.  Nous y pénétrons en même temps que la jeune Serafina, cloîtrée en cet endroit contre son gré tant il est vrai qu’alors, les dots deviennent de plus en plus chères et, par conséquent, bon nombre de jeunes filles sont "sacrifiées" et envoyées au couvent, vocation ou pas, puisque la dot en question y est moins élevée ; ou bien encore les filles peu gâtées par la nature, handicapées, quelque peu retardées… y trouveront asile, contraintes et forcées. 

"Des mots.  J’ai prononcé des mots, c’est tout.  Ils sortaient de ma bouche, pas de mon cœur."

Quant à Sérafina, elle a eu le tort de tomber amoureuse d’un chanteur.  Amour réciproque mais déshonorant pour son père.  Il est alors évident pour lui que la solution passe par le couvent, n’en déplaise à l’adolescente qui n’a bien sûr pas droit au chapitre.  Si le destin de Serafina nous est conté, c’est pourtant sœur Zuana qui tient la vedette de ce récit.  Elle-même est entrée à Santa Catarina voici une bonne quinzaine d’années, à la mort de son père, grand apothicaire qui lui avait transmis sa soif d’apprendre et son don pour soigner ses semblables.  Zuana a eu la chance, grâce à l’abbesse Chiara, main de fer dans un gant de velours, de pouvoir poursuivre à l’intérieur des murs, l’œuvre de son père.  Zuana est d’emblée attentionnée à l’égard de la jeune fille, elle se remémore son arrivée et ne comprend que trop bien sa révolte.  Car l’adolescente n’accepte pas son sort et est bien décidée, dès que faire se peut, à fausser compagnie aux nonnes…

Le récit se divise en plusieurs parties qui ne couvrent que quelques mois mais correspondent, pour chacune, à un état d’esprit de Serafina, décrit principalement à travers le regard perspicace et intelligent de Zuana, prise entre deux feux : son observance des règles et la bienveillance, la compassion qu’elle éprouve naturellement pour la novice nouvellement arrivée.  C’est l’occasion pour le lecteur de découvrir la vie des religieuses, rythmée par les offices, y compris au milieu de la nuit, la prière, le travail assigné à chacune selon ses qualités ainsi que ce que j’appellerais les "dérives", comme celle de sœur Perseveranza dont les gémissements liés aux épisodes quotidiens de mortification troublent le repos des pensionnaires ; ou bien encore sœur Umiliana qui attend l’extase, ultime aboutissement de sa vie, au risque de faire dépérir, au sens propre, les novices qui lui sont confiées.

J’ai beaucoup aimé ce livre riche en réflexion mais il ne faut pas s’attendre à un livre d’action ; bien sûr les choses bougent, principalement pour Serafina et Zuana ainsi que pour bon nombre de nonnes, touchées d’une manière ou d’une autre par la personnalité de la novice.  Mais le temps s’écoule lentement, telles les heures qui s’égrènent dans ce lieu clos et cependant source de vie.  Pour certaines.

20:56 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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