01/10/2010

Le chemin de Sarasvati, Claire Ubac

sarasvati.jpgPrésentation de l’éditeur : les filles ? Des êtres stupides. Des bouches inutiles à nourrir. Les marier ? La dot coûte cher. Mieux vaut les tuer dans l'œuf.
Les intouchables, les "hors castes" ? Des parasites.  Bons à rien. Arriérés. Condamnés aux basses besognes.  Il faut les fuir à tout prix.
Dans l'Inde de tous les possibles, mais aussi des préjugés tenaces, les routes de deux parias se croisent.
Elle, Isaï, était venue en cachette assister aux funérailles de sa mère.  Lui, Murugan, d'un geste respectueux, a replacé une fleur tombée du brancard.  Leur premier dialogue s'est fait en rythme et en musique.  Chanter, jouer, ils en rêvent tous les deux.  Ils osent partir.
Leur traversée du pays sera semée d'embûches et de mauvaises rencontres.
Mais Sarasvati, la déesse au luth, veille sur eux.

Mon avis : un récit que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et cela, dans le cadre du challenge "Bienvenue en Inde" proposé pas Hilde et soukee.  Découverte d’un pays que je ne connais que très peu (par la lecture s’entend ; je n’ai bien sûr jamais mis un pied – une roue – en Asie).

Nous suivons un pan de la vie d’Isaï, narratrice de sa propre histoire, dans un pays où il faut naître garçon si l’on veut jouir d’un tant soit peu de considération.  Mais elle est fille, pauvre de surcroît, et soumise, en compagnie de sa maman, au diktat de sa tante, "tante cobra", un surnom tout à fait approprié pour cette femme, "persiffleuse" et persécutrice hors-pair.

C’est lorsque sa maman décède qu’Isaï décide de tenter de faire bouger les choses, laissant alors derrière elle la seule personne qui l’a aidée dans sa misère : son grand-père.

Le récit conte donc le parcours de cette enfant, qui a grandi trop vite et part sur les routes en compagnie de Murugan, un jeune garçon appartenant à ce que l’on appelle encore les "hors castes".  Tous deux se soutiennent mutuellement et unissent leurs talents vocaux et musicaux.

Le récit est agréable à lire et ouvre une porte sur ce monde à mille lieues du nôtre.  Isaï découvre un pays qu’elle n’imaginait pas, s’interroge, se bat tout en avançant, animée par le désir de retrouver son père et d’échapper au destin qui aurait dû être le sien…

Une superbe couverture colorée, Sarasvati sur son cygne, sert d’écrin à cette histoire émouvante et qui sonne juste.

"Un des tout premiers souvenirs que j’ai de maman remonte à ma mémoire, accompagné d’une familière odeur d’argile.  Elle trace des lettres sur la terre humide au bord du bassin des femmes.  Je suis invitée à tracer le mot à mon tour.  Je ressens encore le plaisir de toucher la terre sableuse, celui de la voir s’ouvrir sous le soc de mon ongle !

C’est ainsi que j’ai appris à lire l’hindi, la langue du Rajasthan. Ici, à Yamapuram, on parle tamoul.  L’hindi était notre langue secrète à toutes les deux.  C’est aussi la langue du chant classique d’Inde du Nord, cet art que j’ai sucé avec mon lait.  Nous chantions toutes deux continuellement en travaillant.  Tante cobra ne se doutait pas que nos en profitions pour communiquer. 

-    Ne tourne pas la tête et ne me réponds pas, chantait maman.   Va chez la voisine l’aider à coudre pour le mariage de sa fille.  Garde le triage des pois pour cet après-midi.  Ta tante sera chez la voyante ; je t’apprendrai un hymne à Krishna."

Ce roman a reçu le Grand Prix du Livre Jeunesse 2010 de la Société Des Gens de Lettres.

Chez soukee et Hilde

 

07:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Je suis contente qu'il t'ait plu aussi ! Je ne savais pas qu'il avait reçu le Grand Prix du Livre Jeunesse 2010 de la Société Des Gens de Lettres...
Si tu veux découvrir le Vietnam, Le fruit du dragon, de la même auteure, est une petite merveille...
A bientôt !

Écrit par : soukee | 01/10/2010

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J'ai passé un bon moment également. Je partage tout à fait ton avis sur ce roman et c'est vrai que la couverture est superbe. J'ai juste été un tout petit peu déçue par la fin.

Écrit par : Hilde | 01/10/2010

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