23/08/2010

Les Lames du Cardinal, T1, Pierre Pevel

lames cardinal.jpegPrésentation de l’éditeur : Paris, an de grâce 1633.  Louis XIII règne sur la France et Richelieu la gouverne.  Le Cardinal, l'une des personnalité les plus puissantes et les plus menacées de son temps, doit sans cesse se garder des ennemis de la Couronne.  L'espionnage, l'assassinat, la guerre, tout est bon pour parvenir à leurs fins... et même la sorcellerie, qui est l'oeuvre des plus fourbes adversaires du royaume : les dragons !
Ces redoutables créatures surgies de la nuit des temps se dissimulent parmi les humains, ourdissant de sombres complots pour la reconquête du pouvoir.  Déjà la cour d'Espagne est tombée entre leurs griffes...  Alors, en cette nuit de printemps, Richelieu décide de jouer sa carte maîtresse.  Il reçoit en secret un bretteur exceptionnel, un officier dévoué que la trahison et le déshonneur n'ont pourtant pas épargné : le capitaine La Fargue.  Car l'heure est venue de reformer l'élite secrète qu'il commandait jadis, une compagnie d'aventuriers et de combattants hors du commun, rivalisant d'élégance, de courage et d'astuce, ne redoutant nul danger.  Les Lames du Cardinal !

Ce roman a été couronné par le prix Imaginales des lycéens 2009 !

Mon avis : avant tout, un immense merci à Livraddict et aux Éditions Bragelonne pour ce partenariat ! Ce fut un réel plaisir de me plonger dans le Paris du XVIIè siècle, en compagnie de personnages hauts en couleur.

Il est vrai que l’on a plutôt l’habitude de côtoyer les Mousquetaires et que, par conséquent, on se dit que l’on va se retrouver de l’autre côté, celui des « méchants » puisque les Lames sont hommes du Cardinal. Mais l’on se laisse bien vite prendre au jeu : duels, combats d’épées ou au corps effrénés, personnalités complexes, machinations, retournements de situation… autant d’ingrédients, gages de réussite d’un récit enlevé, fougueux, à l’image des ces fameuses Lames, tirées de la retraite forcée où elles avaient été cantonnées.

Chacune de ces Lames présente un aspect mystérieux, à la face sombre. Pas aussi sombre cependant que Richelieu, intelligence hors pair, capable de tout, y compris de punir sévèrement tout qui n’a fait qu’obéir, officiellement ou officieusement, à ses ordres. Les Lames en ont d’ailleurs fait les frais par le passé. Et voici que le Cardinal leur propose (impose) une nouvelle mission, tirant bien évidemment dans l’ombre des ficelles en jouant sur plusieurs tableaux.

Quelle mine de renseignements joliment tournés sur ce siècle et sur la ville qui n’était pas encore lumière mais plutôt saleté et boue, crottant à tout va les protagonistes du récit. Les descriptions de l’époque sont telles que l’on peut (presque) sentir les odeurs pestilentielles de la capitale, entendre le bruit des sabots martelant les pavés, frissonner dans les courants d’air ; bref, vibrer avec les héros…

« C’était ici le très vieux Paris des ruelles sinueuses où le jour n’entrait jamais, où l’air empuanti stagnait, où la vermine prospérait. La boue était partout et plus épaisse qu’ailleurs. Elle couvrait le pavé, maculait les murs, éclaboussait, collait à la semelle. Noire et nauséabonde, elle était un mélange de crottins et de bouses, de terre et de sable, de pourriture et d’ordures, de fumier, de déjections de latrines, de résidus organiques rejetés par les boucheries, tanneries et écorcheries. Elle ne séchait jamais tout à fait, rongeait les tissus, n’épargnait pas le cuir. »

La touche « fantasy » est discrètement présente (tellement discrètement que le lecteur amateur de romans historiques, sans être féru de « fantasy » devrait malgré tout apprécier) avec les dragons, œuvrant dans l’ombre pour instaurer sur terre leur pouvoir ancestral. On y découvre ceux à apparence humaine ; les dracs, soldats sanguinaires ; les « sangs-mêlés », mélange de dragon et d’humain ; les dragonnets, désormais animaux de compagnie.

« Quelqu’un, à des milliers de lieues de distance, avait répondu à l’appel de la vicomtesse. Où qu’il se trouve, il avait apparence humaine. Mais le miroir ne mentait pas : les images qu’il projetait étaient le juste reflet de la nature profonde de ceux qui l’employaient, de sorte que la jolie jeune femme, elle aussi, donnait à voir un visage draconique à son interlocuteur. Car si ni l’un ni l’autre n’étaient des Dragons Ancestraux, ils étaient leurs descendants. Dans leurs veines coulait le sang d’une race qui avait évolué au fil des siècles et des millénaires, pour abandonner la « forme draconique supérieure » et se fondre parmi les hommes. Cette race n’en était pas moins redoutée, à raison. »

Et cette histoire de capes et d’épées est racontée par les mots de Pierre Pevel (que je découvre) : une écriture colorée et fleurie ainsi qu’une richesse de détails au service de l’intrigue. Un régal !

« En voyant la jeune baronne paraître, Marion la salua d’un sourire tendre et d’un regard désapprobateur, subtile combinaison qu’elle avait éprouvée au fil des années. Agnès était couverte de poussière des bottes jusqu’au haut des chausses, et portait encore ce satané corset de cuir rouge qui, râpeux et lustré, sanglé comme une armure, lui était autant un vêtement qu’un talisman guerrier. Son front luisait de sueur. Quant à la lourde natte qui tombait de sa nuque, elle retenait autant de cheveux qu’elle n’en laissait libres. »

« Les cavaliers arrivèrent au vieux moulin dans un crépuscule qui couchait sur le paysage des ors et des pourpres flamboyants. Ils étaient cinq, tous armés et bottés, tous appartenant à la bande des Corbins dont ils ne portaient cependant pas les grands manteaux noirs distinctifs. Ils avaient chevauché longtemps depuis le camp forestier où le gros de la bande s’était établi dernièrement, et avaient préféré ne pas risquer d’être reconnus chemin faisant. »

15:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Commentaires

Une excellente série dont je viens de terminer le second tome. Il ne décevra pas tous ceux ayant aimé le premier c'est une certitude.

Écrit par : El Jc | 23/08/2010

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Je suis "plongée dedans" et l'apprécie tout autant :-)

Écrit par : paikanne | 23/08/2010

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J'ai bien aimé ce premier tome. Je suis au début du second et la fantasy m'a l'air plus présente. Je crois que je l'apprécierai plus :)

Écrit par : Livresque | 24/08/2010

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