18/10/2017

Le parrain et le rabbin, Sam Bernett

Présentation. Novembre 1943, Milan.  Les Allemands s'apprêtent à donner l'assaut dans une école juive qui accueille clandestinement une quinzaine de jeunes garçons et un rabbin. Par chance, un des élèves a pu donner l'alerte. Fuir, donc. Mais pour aller où ?

Pendant plusieurs nuits, ayant à peine de quoi survivre, le petit groupe va se retrouver en haute montagne avec pour ultime espoir de rejoindre la Suisse en passant la frontière à pied, et pour seuls compagnons le froid, la faim, le découragement et la sensation de la mort qui vient.

À New York, des membres du Rescue Committee travaillent nuit et jour pour sauver les Juifs d'Europe. Tandis qu'à Milan les choses se précipitent, une idée folle surgit : "Pourquoi ne pas faire appel à la Mafia ?" [...]

Voici le récit authentique de cette chasse à l'homme que nous rapporte Sam Bernett de son écriture à la fois trépidante et sensible.

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Mon avis. Un récit qui se lit d'une traite...

Le livre commence à Milan, en 1943 ; la Gestapo se prépare à investir une école où sont réfugiés des enfants juifs, sous la houlette d'un rabbin. Coïncidence : Carlo s'est levé pour satisfaire un besoin naturel et donne aussitôt l'alerte. Enfants et adultes réussissent à se sauver par la porte de derrière. Les fugitifs ont à peine eu le temps d'enfiler l'un ou l'autre vêtement (pas très) chaud qu'ils se retrouvent bien vite la proie du froid et de la faim tandis qu'ils tentent de rejoindre la Suisse par la haute montagne...

De l'autre côté de l'Atlantique, le Rescue Committee tente de venir en aide aux Juifs européens et cherche une solution afin d'évacuer le petit groupe voué à une mort certaine. C'est alors qu'un des membres du groupe ose émettre une idée à mille lieues de leurs principes : faire appel à Joseph Bonanno, alias Joe Bananas, un des parrains de la mafia, celui qui deviendra des années plus tard capo di tutti capi, chef de tous les chefs mafieux.

Nous découvrons la manière (oh combien maladroite) dont quelques membres (heureusement inconscients) du comité essaient d'entrer en contact avec les hommes du parrain et les délicates tractations qui s'en suivront : Joe Bonanno est une personnalité à qui il vaut mieux éviter de se frotter et le grand rabbin Chaskel Werzburger a lui aussi un caractère bien trempé.

Je n'ai pu m'empêcher d'imaginer une adaptation cinématographique de ce texte, avec une véritable scène d'anthologie : la rencontre entre les deux hommes, choc entre l'eau et le feu, entre le bien et le mal. Un échange au cours duquel le lecteur retient son souffle, tant l'infime légèreté d'une plume risquerait de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre, avec des conséquences (in)imaginables...

  "Quand mes gars, ils m'ont dit qu'un rabbin de Brooklyn voulait m'entreprendre, j'ai cru à une joke... Ça m'a fait marrer, moi, je suis comme ça, voyez, j'aime ça, me marrer ! Pas vous, vous aimez pas vous marrer ?" [p.  75]

  "Le rabbin ne supporte plus d'être là, ne supporte plus ce plouc, ce péquenot, ce parvenu. En quelques mots très brefs, il dit ce qui les a conduits ici, chez lui.

   Bonanno rouvre les yeux et l'arrête d'un geste de la main.

  "Pardon, rabbin", fait-il d'une voix presque aussi onctueuse que son geste.

   Puis, péremptoire, s'adressant aux autres :

  "OK, ce gars-là a un problème ou je ne m'y connais pas. Des yeux comme ça, ça ne s'invente pas. Laissez-moi avec lui. Allez, allez, basta, vaffanculo !" [p. 79]

Éditions Le cherche midi, 2017.

 

Un grand merci à Gilles Paris et aux éditions Le cherche midi pour ce partenariat.

19:13 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/10/2017

Dessine !, de Hervé Tullet (jeu)

Présentation. 30 cartes "Quoi dessiner ?" ; 30 cartes "Comment dessiner ?" ; un dé ; des pochoirs. Ne manque plus qu'une feuille et une boîte de couleurs pour jouer, pour créer, pour s'amuser !

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L'avis des petits. Mes petits-enfants (6 et 3 ans) ont beaucoup apprécié ce jeu et ont d'emblée reconnu la patte d'Hervé Tullet dont ils ont déjà quelques albums.

Le principe est simple : il s'agit de dessiner des éléments tirés au sort dans un paquet de cartes ; le nom de l'élément est indiqué sur la carte et accompagné de sa représentation graphique ; de cette manière, même si l'enfant ne sait pas lire, il voit ce qu'il doit lui-même dessiner.

Dans l'autre pile, des cartes donnent une indication sur la manière de dessiner : en (très) grand, en (tout) petit, en fermant les yeux... ; lorsque la carte est tirée au sort (très/trop rarement), le dé est jeté et le nombre obtenu détermine combien de fois l'élément doit être représenté.

Deux variantes du jeu sont proposées autour de ce même principe et la partie peut être arrêtée quand on le désire.

Des moments très amusants en perspective.

Merci aux Éditions Bayard pour cette belle découverte.

16:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

14/10/2017

Dans l'ourlet de nos jupes, Florence Cadier

Présentation. 1914. Lille vit sous le feu des bombardements. Refusant de subir l'occupation allemande sans agir, Adèle, seize ans, s'engage comme infirmière auprès des soldats évacués du front. Mais cela ne lui suffit pas et, grâce à son ami Albert, elle intègre le réseau d'espionnage mené par Louise de B.
Elle a pour mission de faire passer, cachés dans l'ourlet de ses jupes, de précieux documents aux Anglais et à l'état-major français.

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Mon avis. Un récit qui lève le voile sur le courage des ces femmes qui ont aussi fait l'Histoire...

L'action se déroule à Lille durant cette période que l'on a nommée La Grande Guerre. Adèle a seize ans et vit en compagnie de sa sœur aînée Léontine qui, à la mort de leurs parents, a juré à leur mère qu'elle veillerait sur sa cadette. Après avoir été hébergées dans un orphelinat dirigé d'une main de fer par des religieuses, les deux sœurs vivent  désormais seules. Léontine est infirmière de la Croix-Rouge et travaille à l'hôpital Saint-Sauveur. Adèle, quant à elle, se rend utile, tantôt en soulageant les nombreux blessés, tantôt en aidant au ravitaillement des soldats.

Très vite, malgré son jeune âge, Adèle désire en faire bien plus pour aider son pays ; c'est ainsi qu'elle intégrera un réseau de résistants, en cachette de Léontine - qui ne l'aurait jamais toléré -, au départ sans être véritablement consciente des énormes risques encourus.

"- Attendez, ne vous fâchez pas. Je connais des femmes et des hommes qui pourraient vous intéresser. Mais ne restons pas là, il y a toujours des oreilles indiscrètes." [p. 27]

  "Je m'assis sur le lit et décousis légèrement l'ourlet de ma jupe pour récupérer plus facilement les feuillets quand ce serait le moment." [p. 59]

 

À travers l'histoire d'Adèle, c'est celle des résistant(e)s qui est ici mise à l'honneur, ces personnes parfois (très) jeunes qui, se méfiant de tous, avec pour compagne la peur, ont bravé de nombreux dangers pour le bien d'autrui...

Éditions Talents Hauts, collection Les Héroïques, 2017.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Lire sous la contrainte" (apostrophe).

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15:14 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

13/10/2017

Les Sœurs Hiroshima, Mariko Yamamoto

Présentation

Hiroshima, 6 août 1945.

Le soleil brille, les cigales chantent. Akiko, 15 ans, et sa grande sœur s'apprêtent à prendre leur petit déjeuner quand un violent flash de lumière, suivi d'une détonation assourdissante, les surprend brutalement.

Quand Akiko reprend ses esprits, tout semble irréel. Le soleil n'est plus qu'un disque de papier rouge découpé et collé dans le ciel. [...]

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Mon avis. Un bel écrin pour un beau texte, cependant un peu court...

Même si nous sommes en août 1945, c'est une véritable douceur de vivre qui berce le début du récit. Akiko vit à Hiroshima avec sa sœur aînée, qu'elle admire profondément, leurs parents sont partis à la campagne avec le petit dernier. Au gré des pages, Akiko relate de tendres souvenirs, des moments heureux avant "l'éclair" qui va tout anéantir sur son passage.

  "Dehors, les cigales cachées dans les pins du jardin chantaient à tue-tête, et un soleil éblouissant inondait la pièce." [p. 11]

 

Alors qu'elles vaquent à leurs occupations en se chamaillant gentiment, le monde bascule.

  "Tout à coup, une puissante lumière, un flash aveuglant jaillit par la fenêtre ouest.

   Ce bloc lumineux, à l'éclat anormal, avait explosé. [...]

   Il brûla soudain mon champ de vision, comme le soleil reflété dans un miroir, et pendant un moment je restai aveuglée.

   Puis une bourrasque brûlante s'engouffra avec une force prodigieuse dans la maison, j'eus la sensation d'être soulevée de terre par une énergie inconnue et, sans même avoir le temps de comprendre, je fus projetée à plusieurs mètres de là, dans la cuisine." [p. 32] 

 

Le récit raconte, à partir de souvenirs réellement recueillis auprès de survivants de cette catastrophe, l'ahurissement, l'hébétude, la douleur et la souffrance physiques et morales de ceux qui ont survécu à l'éclair, parfois pour quelques heures, parfois pour quelques jours, parfois plus longtemps. Parmi eux, Akiko qui tâche, avec les moyens dérisoires qui sont les siens, de venir en aide à sa sœur, grièvement blessée, ainsi qu'aux connaissances ou anonymes qu'elle croisera au fil de son errance...

Traduction : Jean-Baptiste Flamin.

Illustration de couverture : Patrick Leger.

Titre VO : Hiroshima no Shimai (1973).

 

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

16:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

02/10/2017

Mémoire d'Ange, tome 1 : La potentielle, Michèle Beck

Présentation. Potentielle : humaine pouvant être transformée en chasseuse par un démon ou en gardienne par un ange.
Rien ne préparait Lily, 17 ans, à se retrouver au milieu d'une guerre millénaire entre anges et démons. Alors qu'elle vient de perdre sa mère, Matthew, un ange, lui révèle qu'elle est une potentielle. Lily et Matthew sont happés dans une fuite haletante face aux ennemis qui les pourchassent. Si elle se révèle étrangement puissante, Matthew a aussi sa part de mystère ; amnésique, il ignore la raison de la disparition de ses ailes. Est-il devenu un ange déchu ? Les épreuves vont les rapprocher et réveiller des sentiments anciens, un amour qui a survécu à travers les âges et n'est pas du goût de certains.

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Mon avis. Ce roman devrait plaire aux adolescent(e)s mais pour ma part, j'en suis restée à distance...

Après le prologue, le récit commence avec le deuil vécu par Lily : la jeune fille vient de perdre sa maman ; alors qu'elle se recueille sur sa tombe, elle est confrontée à une "réalité" qui dépasse l'entendement puisqu'elle va faire la connaissance de Matthew, un ange, au sens propre du terme.

Elle est désormais contrainte de frayer avec des créatures qui, au sein de notre monde, se livrent une guerre millénaire, par intermédiaires interposés, à savoir les anges et les démons...

Pas de temps mort dans cet univers extrêmement riche ; je n'ai cependant nullement été touchée par les protagonistes. En outre, les événements sont, selon moi, trop rapidement acceptés par Lily qui semble ne s'étonner de (presque) rien, devient vite une experte dans un domaine dont elle n'avait aucune connaissance peu de temps auparavant, et succombe très vite au(x) charme(s) de Matthew...

Merci aux éditions Le Gâteau sur la Cerise pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges Lire sous la contrainte, Littérature de l'imaginaire (19/24) et de La Licorne, 4.

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21:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/09/2017

Le trône de fer, 1, George R. R. Martin

Présentation. Il était une fois, perdu dans un lointain passé, le royaume des Sept Couronnes... En ces temps nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, la mauvaise toute une vie d'homme, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures ; au sud, l'ordre établi chancela, la luxure et l'inceste, le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité. Pour préserver de l'ignominie les siens et la dynastie menacés se dresse alors, armé de sa seule droiture, le duc Stark de Winterfell, aussi rude que son septentrion natal. Mais, en dépit du pouvoir immense que vient de lui conférer le roi, a-t-il quelque chance d'endiguer la tourmente qui se lève ?

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Mon avis. J'ai profité de la réédition du Trône de fer pour (enfin) découvrir cette saga. Bien m'en a pris...

De cette série télévisée, j'entendais la plupart du temps, lorsqu'un membre de la famille regardait un épisode, des gémissements : soit les personnages se trucidaient, soit ils forniquaient et je n'avais nulle envie d'y jeter un œil. Mais puisqu'il est dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, j'ai eu envie de mettre des visages sur des noms et au fur et à mesure de ma lecture, je regardais l'un ou l'autre épisode, veillant à ne pas aller plus vite par l'image que par les mots...

Est-il encore utile de présenter cette saga que tout le monde - ou presque - connaît ? Dans le doute, en voici quelques éléments...

Le prologue met en évidence des "créatures" qui vivent au-delà du Mur ; ces autres semblent devoir devenir un fléau qui s'abattra sur les humains...

En attendant, nous suivons la famille des Stark, dont le père, Eddard - qui n'avait rien demandé, bien au contraire -, est contraint de devenir la Main du Roi Robert Baratheon, son ancien compagnon de bataille. Un tel honneur ne se refuse pas et c'est la mort dans l'âme qu'il devra laisser derrière lui femme et (certains de ses) enfants, ainsi que le froid du Nord dans lequel il se sent chez lui pour se rendre, en compagnie de son suzerain dans un Sud à la chaleur  écrasante. Eddard étouffe, dans tous les sens du terme, d'autant que les complots s'ourdissent à tour de bras. Son fils illégitime, Jon Snow, a rejoint le Mur alors que Bran est resté à Winterfell en compagnie de sa mère et de son jeune frère. Quant aux filles, Sansa et Arya, elles ont accompagné Ned à Port-Réal. Coup de cœur pour Arya qui souffre plus souvent qu'à son tour de sa "condition féminine"...

Parallèlement, on découvre Daenerys, princesse déchue en quelque sorte, sous la coupe autoritaire et perverse de son c... de frère, Viserys ; celui-ci vient de la vendre, ni plus ni moins, à un chef barbare, Drogo. Mais en fin de compte, l'on peut se demander qui est le plus barbare ? [Jason Momoa dans le rôle de Khal Drogo vaut indéniablement le coup d’œil].

Côté Lannister, un seul a trouvé grâce à mes yeux, c'est Tyrion, dont l'intelligence s'avère inversement proportionnelle à la taille ; la reine et son frère jumeau sont particulièrement détestables, mais ce n'est rien, semble-t-il, en regard du prince héritier qui a "de qui tenir".

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier tome ; deux bémols cependant : d'abord un souci d'impression puisqu'à de multiples reprises, des mots n'ont pas été correctement scindés ; en outre, certaines phrases sont parfois tellement alambiquées qu'il m'est arrivé de devoir les relire afin d'en décoder le sens. Fait de l'auteur ou du traducteur ? I don't know...

  "Alors, de funestes pressentiments envahirent Eddard Stark. Sa place était ici, dans le nord. Il jeta un regard circulaire sur les effigies de pierre qui l'entouraient, prit, dans le silence glacial de la crypte, une profonde inspiration. Il sentait les yeux des morts peser sur lui. Il les savait tous à l'écoute. Et l'hiver venait." [p. 64]

Traduction : Jean Sola.

Titre VO : Song of Ice and Fire, book 1 : A Game of Thrones (1996)

Je ne lirai probablement pas la suite : j'ai trop envie de découvrir la suite de la série et je ne lis jamais un roman après en avoir vu l'adaptation télévisée ou cinématographique...

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges Littérature de l'imaginaire (18/24) et "de La Licorne".

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18:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

25/09/2017

Mille ans après la guerre, Carine Fernandez

Présentation. À l'aube du XXIe siècle, Miguel, un vieil homme solitaire, quitte sa cité ouvrière de la province de Tolède pour s'enfuir avec Ramón, son chien, dans les monts d'Estrémadure. Il vient de recevoir une lettre de sa sœur lui annonçant qu'elle souhaite s'installer chez lui. Face à la menace de la vie commune, le vieux libertaire se révolte. Pour la première fois de sa vie, il ose. Il s'évade. [...]

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Mon avis. Un texte fort de cette rentrée littéraire ; une balade qui prend l'allure d'une ballade, de celles qui conte, à travers une très belle plume, une existence dans laquelle le drame joue sa douloureuse partition...

Miguel, alias Medianoche, au crépuscule de sa vie, vit seul avec son chien Ramón depuis le décès de son fils et de son épouse. Le vieil homme reçoit un jour une lettre de sa sœur Nuria : cette dernière lui annonce sans préambule qu'elle s'en vient vivre avec lui. Medianoche ne peut imaginer une seule seconde voir sa tranquillité troublée de la sorte ; il décide alors de quitter sa maison afin de retourner sur les traces de son passé, le temps que Nuria, de guerre lasse, abandonne son projet.

Il passe à la banque retirer une partie de ses économies et prend le bus en compagnie de Ramón, direction Montepalomas, le village où il a grandi en compagnie de son jumeau Mediodìa, son double exécuté depuis longtemps déjà, lors de la guerre civile espagnole...

Ce pèlerinage sera pour le vieil homme l'occasion de "revivre" un passé douloureux, dévoilant au lecteur les atrocités commises par les Franquistes à l'égard des "Rouges". Medianoche redonne ainsi "la parole" à ceux qui, par soif de liberté et d'égalité, ont payé de leur vie.

  "Cette faiblesse du ventre, il la reconnaît, ce n'est rien d'autre que la trouille." [p. 21]

  "Sur cette ancienne route où deux voitures se croisaient difficilement, avant les lignes d'autocar et même avant l'asphalte, il était passé. Sous le même soleil, sous la même malédiction de Midi." [p. 33]

  "La fatigue, mauvaise, si intense, si pesante. De la pure douleur, dépassée par le corps qui reste raide, debout dans le camion, soudé au compagnon d'enfer, le corps qui continue de résister, d'aller, sans âme. L'âme morte. Seulement les yeux qui fondent, la gorge en flammes, la cervelle bouillante, comme si tout le sang fébrile du pauvre corps était monté à la tête. Aucun ne se plaignait de la soif, ni de la douleur, aucun n'avouait sa trouille." [p. 35]

  ""On va vous faire envier les morts !", tempêtait le curé au milieu de l'esplanade, lors de la messe du dimanche." [p. 205]

 

Medianoche se lance dans une quête éperdue de Mediodìa, Andrés, Valeriano, Rosario..., une quête de lui-même également ; peut-être les(s') y (re)trouvera-t-il...

Un grand merci aux éditions Les Escales pour ce partenariat.

10:49 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/09/2017

Les échoués, Pascal Manoukian

Présentation. 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d'assaut les routes qu'ils sont en train d'ouvrir.

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Mon avis. Un récit bouleversant...

J'ai souvent un ou deux train(s) de retard, c'est pourquoi je viens seulement de lire ce titre qui a fait couler beaucoup d'encre à sa sortie, voici déjà deux ans...

Trois points de vue, trois destins, trois souffrances qui se rejoignent en un lieu où, normalement, la vie devrait être plus douce. Normalement.

Le premier, Virgil, le Moldave, tâche de survivre caché dans un trou au plus profond de la forêt de Sénart, sortant de sa cachette pour grappiller de quoi se "nourrir".

  "Cela faisait deux mois maintenant qu'il vivait tapi dans un trou. Une tombe d'un mètre quatre-vingt-dix sur un mètre de large et un mètre de profondeur, creusée à la main au beau milieu de la forêt, et recouverte d'un toit de branches et de feuilles.

   Le jour, il y enfouissait ses affaires. La nuit tombée, il s'y enterrait vivant." [p. 12]

 

Le second se nomme Assan, vient de Somalie et a fui la guerre civile avec sa fille Iman, sa femme et les petites sœurs d'Iman ayant été fauchées par une rafale de mitraillette : "Abdou était descendu du pick-up, traînant la vieille exciseuse derrière lui. La moitié de son visage avait été désossée à coups de crosse. Asma avait tout de suite compris qu'il venait chercher Iman pour la découdre." [p. 27]  Assan "avait refusé de passer une nuit de plus dans ce pays où les garçons changeaient de nom et où les filles vivaient cousues." [p. 27]

 

Chanchal, quant à lui, vient du Bangladesh : vendeur de roses à la sauvette dans les restaurants qui acceptent de le laisser entrer, il vient de se faire "tabasser" par "deux paires de rangers" visiblement profondément dérangées par la couleur de sa peau.

  "Chanchal s'évanouit avant même de sentir que les deux molosses lui urinaient dessus." [p. 44]

 

Ces trois échoués - quatre avec Iman - vont se croiser au hasard de leur douloureuse errance et mettre des mots sur ce qu'ils subissent pour avoir voulu rejoindre un lieu dont ils espéraient tant.

  "Comment témoigner de ces neuf mois de route, de ces blessures à jamais ouvertes, des humiliations, de ce monde empreint de lâcheté, de violence, du manque d'humanité, de cette négation de la vie..." [p. 105]

 

Et au bout de la route, les poings fermés, le rejet. Pourtant, parfois, une lueur dans la nuit...

La fin est percutante ; mes larmes ont coulé, abondantes...

15:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

11/09/2017

Élise, Luca Tahtieazym

Présentation. Quatre murs ont été érigés autour d’elle par son geôlier. Tout ce que connaît Élise, elle le tire de ses nombreuses lectures.
Et l’épilogue est proche.
Voici l’histoire de celle qui voyageait avec les mots.

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Mon avis. Une lecture qui tient en haleine...

C'est au hasard de mes pérégrinations "bloguesques" que j'ai découvert ce récit et je me le suis procuré illico presto. J'ai passé un très "bon" [si vous le lisez, vous comprendrez la nécessité des guillemets] moment en compagnie d’Élise.

Focus sur une petite fille qui, avec les moyens dont elle dispose, raconte sa captivité : elle n'a jamais connu autre chose que l'enfermement dans une espèce de grange qu'elle nomme le Refuge. Plusieurs fois par jour, une femme d'un certain âge, Mama Sim, vient la nourrir et vider le "seau d'aisance" ; celle-ci lui apprend à lire et écrire et lui apporte des livres qui constituent la seule source "d'évasion" de la petite. Elle reçoit aussi la visite régulière de son "papa". Elle a six ans lorsqu'elle commence à évoquer son existence.

C'est cette première partie que j'ai de loin préférée aux autres : l'auteur réussit le tour de force de se mettre dans la peau d'une enfant qui n'a jamais quitté cet espace clos et qui "découvre le monde", à partir des bribes d'informations qu'elle réussit à soutirer à Mama Sim dont le comportement souffle tantôt le chaud, tantôt le froid, et qui semble vouloir la protéger du "papa". Par petites touches, l'enfant finira pas comprendre de quoi, en dehors des brimades et des coups subis, elle doit être protégée...

Les livres sont une autre source, foisonnante celle-là, de renseignements, des livres qu'elle lit et relit inlassablement, savourant la musique des mots pour se forger des images, des idées et trouver en ces compagnons de papier un soutien indéfectible.

Les autres parties touchent, d'une manière ou d'une autre, au destin d'Élise, toujours en relation avec les romans mais impossible d'en dévoiler davantage sous peine d'en dire trop.

  "Le Comte de Monte-Cristo, c'est l'histoire d'une victime éperdue de liberté, un être qui a soif de vie et qui cherche envers et contre tout à se défaire de ses chaînes et à faire tomber les murs qui le retiennent prisonnier. Et quand on la lui ôte, cette liberté, il se venge.

   Il se venge."

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne

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11:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Le challenge de la Licorne, 4e édition

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Je me suis réinscrite au challenge de la Licorne qui propose de lire des romans ou recueils de nouvelles appartenant à l'imaginaire (Fantasy, Fantastique, S-F...) et au policier-thriller.

Le challenge court jusqu'au 31 août 2018 : toutes les informations sont disponibles ici.

 

Imaginaire

1) Le trône de fer, 1, de George R. R. Martin.

2) Mémoire d'Ange, tome 1 : La potentielle, de Michèle Beck.

 

 

Policier-thriller

1) Élise, de Luca Tahtieazym.

11:18 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/09/2017

La maison des Turner, Angela Flournoy

Présentation. Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d'un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d'une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.

Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n'a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l'avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s'il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l'avenir des Turner et de leur maison ?

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Mon avis. La peinture sociale d'une famille noire pauvre de Detroit, du XXe au XXIe siècle...

Le récit commence en 2008, à l'heure où les enfants de la famille Turner doivent prendre une décision relative à la maison familiale, maintenant qu'il est clair que la maman n'aura plus la possibilité d'y revenir en raison de sa santé. Il est cependant extrêmement difficile de trouver un terrain d'entente quand on est treize, éparpillés aux quatre coins du pays, même si certains sont restés à Detroit.

Ce n'est pourtant pas le destin des treize enfants - et petits-enfants et arrière-petits-enfants - qui sera ici raconté mais principalement celui de deux d'entre eux : Cha-Cha, l'aîné, et Lelah, la cadette. Plus de vingt ans les séparent, mais aussi et surtout une manière de vivre totalement différente l'une de l'autre : Cha-Cha est raisonnable, chef de famille respecté et respectable, organisé, soucieux d'agir en patriarche depuis que son père est décédé. Lelah, quant à elle, s'est retrouvée très vite fille mère et, joueuse compulsive, elle vient d'être licenciée et se retrouve sans revenu....

J'ai apprécié cette lecture qui dépeint les vicissitudes vécues par les parents - et par la suite leurs enfants -, après la deuxième guerre mondiale jusqu'en 2008, dans une Amérique où la couleur de peau est signe de différence. J'ai en revanche moins aimé la façon dont, à mon sens, le récit s'éparpille parfois dans de nombreuses directions sans qu'elles ne soient véritablement exploitées.

Merci aux éditions Les escales pour ce partenariat.

Traduction : Anne-Laure Tissut.

Titre VO : The Turner House (2015).

19:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

26/08/2017

François, Le pape américain, Silvina Pérez et Lucetta Scaraffia

Présentation. « Au soir du 13 mars 2013, il fut indéniable que ce nouveau pape était vraiment un pape nouveau. Nombreux étaient les éléments de changement représentés par une élection aussi rapide qu'espérée, bien qu'assez surprenante. Jorge Mario Bergoglio, l'archevêque de Buenos Aires âgé de soixante-seize ans, était pratiquement un inconnu, mais en quelques instants, les médias du monde entier annonçaient que le souverain pontife était, pour la première fois, un Américain, un jésuite et que, pour la première fois, il avait pris le nom de François.

Le pontificat de Bergoglio arrivé à maturité au bout de quatre ans nous autorise à porter un regard qui, bien que provisoire, permet d'en pressentir la réelle évolution.

Silvina Pérez et Lucetta Scaraffia ont mis en œuvre une réflexion pour décrire les grandes lignes et les perspectives, ainsi que les choix innovants du souverain pontife, pour évoquer également les circonstances qui ont influencé la formation du jeune jésuite et pourquoi, depuis son élection, ce pape venu « presque du bout du monde » déconcerte et surprend. »

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Mon avis. Un éclairage intéressant sur quelques facettes de l'actuel souverain pontife...

J'ai eu envie de lire cet ouvrage car le pape actuel me paraît "sympathique", (bien) davantage que certains de ces prédécesseurs.

La première partie, Bergoglio, par Silvina Pérez,  évoque quelques éléments du passé de Jorge Mario Bergoglio, remontant à l'arrivée de ses parents en Argentine, alors qu'ils ont fui l'Italie de Mussolini. S'ensuivent les années passées à arpenter les bas quartiers de Buenos Aires appelés "villas miseria", désireux de soulager - si peu - la profonde misère des laissés-pour-compte d'une immense décharge à ciel ouvert où la pollution s'épanouit ; le tout sur fond de dictature.

La deuxième partie, Le souverain pontife, par Lucetta Scaraffia, se centre sur la fonction de celui qui dénote, à la fois en raison du nom qu'il s'est choisi, François, référence à Saint François d'Assise, et du continent d'où il provient. Ces pages mettent l'accent sur les actions entreprises par le pape et les textes qu'il a diffusés, parfois en discordance par rapport à la tradition. Il est ainsi critiqué par ceux qui estiment qu'il va trop loin dans ses désirs de réforme, comme par ceux qui trouvent qu'il demeure décidément trop prudent.

Je suis restée quelque peu sur ma faim dans le sens où j'aurais volontiers apprécié découvrir plus avant l'enfant et l'homme, avant la fonction. Cela dit, les éléments du passé apportent un éclairage sur ses préoccupations essentielles : celles relatives au sort des réfugiés ou aux démunis, toujours plus nombreux, avec la miséricorde pour leitmotiv, ainsi que le dialogue avec les autres religions.

  "Je rêve d'une Europe où être un migrant ne soit pas un délit." [p. 129]

  "Bergoglio est indifférent au débat médiatique, car son seul objectif est de faire entendre l'appel de la miséricorde à une société qui a fait de la concurrence, de la victoire sur autrui et du succès le seul but de la vie." [p. 130] 

 

Traduction : Dominique Sicouri.

Titre VO : Francesco, il papa américano.

Merci aux Presses de la Renaissance pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (vêtement).

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11:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

23/08/2017

Line et Bulle : Premières vacances sans Papa et Maman, Brigitte Carrère et Anne Cresci

Présentation. Line est malheureuse : elle se sent incapable de quitter ses parents. Même pour quelques jours. Pourquoi c'est si difficile ? Comment surmonter cette séparation ? Bulle le sait peut-être. Avec son lapin-doudou, Line va découvrir que rien n'est impossible lorsqu'on a compris qu'il fallait d'abord se rassurer et rassurer ses parents !

De l'aventure, des conseils, de l'humour : les petits lecteurs vont adorer avancer avec Line et Bulle ! Et pourquoi pas, adopter ces solutions toutes simples qui permettent de retrouver le sourire...

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Mon avis. Un album délicieux aux adorables personnages...

Line va bientôt partir en vacances au bord de la mer avec ses cousins ; elle s'est réjouie très vite de la proposition mais elle n'avait pas mesuré combien il lui serait difficile de quitter ses parents...

La petite fille est morose et s'inquiète, à tel point que ces vacances à venir perdent de leur saveur et même Bulle, son lapin en peluche, n'arrive pas à la réconforter et à chasser son appréhension.

L'histoire racontée est destinée à rassurer les enfants (et les parents) confrontés pour la première fois à la séparation, même si elle n'est que temporaire. D'ailleurs, l'album se termine par quelques conseils prodigués aux parents afin de rendre plus aisé ce type de situation.

Le dessin est superbe et les couleurs variées sont de toute beauté ; en outre, la police ronde rend la lecture bien agréable.

Un grand merci aux éditions Le Gâteau sur la Cerise pour ce partenariat.

 

Cet album entre dans le challenge "Comme à l'école" (vêtement).

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20:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/08/2017

The sun is also a star, Nicola Yoon

Présentation. Daniel, 18 ans, est fils de Coréens immigrés à New York. L'année prochaine, il intègrera certainement la prestigieuse Université de Harvard.

Natasha, 17 ans, est arrivée de la Jamaïque dix ans auparavant. Ce soir, elle quittera peut-être les États-Unis pour toujours.

Il croit à la poésie et à l'amour. Elle croit à la science et aux faits explicables.

Ils ont 12 heures pour se rencontrer, se connaître, et s'aimer. Au-delà des différences.

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Mon avis. Un très bon moment de lecture...

Après avoir beaucoup apprécié Everything, everything, je craignais d'être déçue par ce roman ; il n'en fut rien.

J'ai pourtant eu un peu de mal à entrer dans le texte car les chapitres alternent le point de vue de Daniel et Natasha ; jusque-là, rien de dérangeant - cela devient même habituel dans les romans actuels - mais dans ce cas-ci, ce qui m'ennuyait, c'est que les chapitres du début sont très courts : autrement dit, impossible de "faire vraiment la connaissance" d'un des deux héros que déjà, l'on en arrivait à l'autre. Heureusement, la donne change très vite pour passer à "du plus consistant".

S'installe alors une vitesse de croisière qui alterne donc la vision de chacun, à laquelle s'ajoute, çà et là, le point de vue de l'un ou l'autre "intervenant extérieur", dans une perspective intéressante.

Indépendamment de la relation qui se noue, d'abord laborieusement, entre les deux jeunes gens, le récit met en évidence des problèmes relatifs aux préjugés, qu'ils soient liés à la culture ou à la perception  de l'autre : ainsi, il serait inimaginable pour la famille - coréenne "pur jus" - de Daniel que celui-ci sorte avec une Afro-Américaine. Natasha, quant à elle, rejette en bloc ce qui n'est pas analysable, mesurable, explicable ; de plus, la poésie est pour elle indigne d'intérêt, or Daniel passe son temps à écrire des poèmes dans un petit carnet noir. S'amorce parallèlement une réflexion sur le destin et ce qu'il peut éventuellement initier.

NATASHA

   "Les êtres humains ne sont pas des créatures raisonnables. Au lieu d'être gouvernés par la logique, nous sommes gouvernés par les émotions. Si c'était le contraire, les gens sur cette Terre seraient plus heureux. Par exemple, à cause d'un simple coup de téléphone, j'ai commencé à espérer un miracle.

   Je ne crois même pas en Dieu." [p. 65]

DANIEL

   "Un adolescent du coin prend une décision critiquable.

   Ma mère, qui est si pacifiste, me tuerait si elle savait ce que je viens de faire. J'ai décalé l'horaire de mon entretien. Pour une fille. Même pas une Coréenne, mais une Noire. Une fille noire que je ne connais pas vraiment, et qui peut-être ne m'apprécie même pas." [p. 153]

 

La relation entre les deux adolescents progresse par petites touches : si Daniel est presque conquis d'avance, il devra faire preuve d'ingéniosité et d'un humour délicieux pour briser les défenses de Natasha.

  NATASHA

   "Il trouve que mes cheveux sentent la pluie printanière. Je m'efforce de rester stoïque et indifférente. Je garde à l'esprit que je n'aime pas le langage poétique. Je n'aime pas la poésie. Je n'aime pas les gens qui aiment la poésie.

   Mais je ne suis pas morte au fond de moi pour autant." [p. 191]

DANIEL

  "Bien qu'elle me l'ait interdit, je la dévisage. J'adore la manière dont elle a l'air de ressentir les choses avec son corps tout entier. Et je me demande pourquoi une fille qui est si manifestement passionnée est si résolument opposée à la passion." [p. 204]

 

La question n'était pas de savoir s'ils allaient tomber amoureux, mais plutôt de voir ce qu'il allait advenir à la fin de la journée puisque la famille de Natasha va être expulsée. Prendre le parti de réussir à empêcher l'expulsion, c'eût été trop fleur bleue et les séparer en fin de journée, c'eût été bien triste. Je me demandais comment l'auteure allait s'en sortir et ma foi...

Traduction : Karine Suhard-Guié.

Titre VO : The sun is also a star (2016).

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (24/20).

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17:05 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/08/2017

Artis ou Les tribulations orientales d'un jeune homme de bonne fortune, Bruno Albert-Gondrand

Présentation.

   Chers parents, chers voisins,

   Ma petite maison, avec mon chat, mon jardin et son petit arbre au milieu, est sûrement le lieu le plus délicieux en ce bas monde. L'ennui, hélas, me tient compagnie. Je pars mener ce mauvais sentiment un peu plus loin pour m'en débarrasser sur le chemin du retour.

   À tout de suite,

   Aristide de Bonne-Fortune.

Ici même, le 28 septembre 1759

   N.B. : Il reste de la soupe de potiron dans la marmite sur le poêle. Ne pas donner de poisson au chat.

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Mon avis. Mi-figue, mi-raisin...

Ce récit m'apparaît comme une sorte de réécriture de Candide qui a ici les traits d'Aristide de Bonne-Fortune, alias Artis, un adolescent qui décide de partir à l'aventure car il s'ennuie dans son jardin "avec un arbre au milieu". Ses pas le mènent jusqu'à l'Amphitrite, "un remarquable petit navire de charge construit sur le modèle des flûtes hollandaises". [p. 13]

Le bateau conduit vers l'Asie le jeune Artis et ses compagnons (d'infortune), François-Marie de Maubriand, (pseudo) chevalier de Sa Majesté le roi et le docteur Magnolet, (pseudo) médecin et chirurgien du roi. Les (més)aventures s'enchaîneront alors.

Les tribulations de ce trio font inévitablement penser à celles vécues par Candide dès lors qu'il est chassé du château de Thunder-ten-tronckh ; en outre, Artis - d'humeur toujours égale - réussit, sans le vouloir, à se dépêtrer de situations rocambolesques et dramatiques. S'ajoute une langue truculente, l'humour parfois grinçant et l'exagération qui font partie intégrante du conte philosophique, ainsi que la dénonciation des travers de la société. La guerre déclenchée pour des motifs ridicules en est un exemple.

Pourquoi donc évoquer un avis mitigé, me direz-vous ? Tout simplement parce que l'ensemble m'a paru long et qu'à certains moments, je n'ai moi-même pas échappé à l'ennui que voulait fuir le jeune Artis. Or ce récit est destiné aux adolescents, je me demande donc dans quelle mesure ils ne risquent pas, eux aussi, d'être parfois lassés par le propos...

Merci aux éditions HongFei pour ce partenariat.

 

Ce texte entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (23/20) et "Comme à l'école" (vêtement).

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20:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

13/08/2017

Le Cercle, Bernard Minier

Présentation. Un professeur de civilisation antique assassiné, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux... Pourquoi la mort s'acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest, et son cercle d'étudiants réunissant l'élite de la région ?
Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d'anciennes et terribles blessures et faire l'apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

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Mon avis. Un seul mot : excellent !

Mieux vaut tard que jamais : voici belle lurette que je souhaitais découvrir Bernard Minier et l'occasion m'en a été donnée par mon kiné qui me l'a prêté pour les congés (merci, Gilles). Un roman comme je les aime : un de ceux dans lesquels on entre sitôt les premières pages tournées. Oh bien sûr, je sais que celui-ci est le deuxième opus des aventures de Servaz mais peu importe...

Le livre commence avec l'évocation d'une captivité (Dans la tombe) : une femme est enfermée depuis des semaines, (des mois ?) par un malade qui "joue avec elle" comme un chat avec une souris et lui fait subir de nombreux sévices. Les pages relatives à cette captivité reviennent de temps à autre au cours du livre, à l'instar d'un "fil rouge".

Focus ensuite sur Servaz qui se retrouve aux prises avec un passé qu'il croyait avoir tenu à distance lorsqu'une ex-amie, qu'il n'a plus revue depuis une bonne vingtaine d'années, le contacte et lui demande de l'aide : son fils est accusé d'un meurtre particulièrement horrible. Or elle est tout à fait certaine qu'il est incapable d'avoir commis ce crime.

C'est ainsi qu'il va œuvrer afin que l'enquête lui soit dévolue et se rend à Marsac, où sa fille Margot poursuit ses études : "Marsac était la meilleure prépa de la région. La plus exigeante. Il fallait faire preuve d'excellence pour y être admis. Servaz lui-même l'avait été vingt-trois ans plus tôt, à l'époque où il voulait devenir écrivain. Au lieu de ça, il était devenu flic." [p. 70]

 

Ce récit est d'une efficacité redoutable : il harponne le lecteur pour ne plus le lâcher, le secouant dans tous les sens au fur et à mesure que surgissent les embryons de piste et chaque fois que Servaz et ses coéquipiers  - Vincent Espérandieu (!) et Samira Cheung - pensent tenir le bon bout, un morceau du puzzle échappe à l'ensemble. "Cerise sur le gâteau" : l'ombre (?) de Julian Hirtmann, le tueur en série de Glacé échappé du centre psychiatrique où il était détenu, (semble) plane(r) aux alentours...

  "Il avait quelques heures devant lui. Il allait en profiter pour dormir un peu. Puis il se dit qu'il n'y arriverait probablement pas. Il songea à Hirtmann. Le Suisse occupait toutes ses pensées." [p. 146]

  "Peut-être qu'il se faisait des illusions, se dit-il en se faufilant sur la rampe de sortie. Peut-être qu'il avait tendance à compliquer les choses. Peut-être que Hirtmann n'avait rien à voir là-dedans... Vincent avait raison : comment l'aurait-il pu ? Mais peut-être aussi que c'était lui qui avait raison et qu'ils avaient tous tort, raison de regarder dans son dos, raison d'être sur ses gardes, raison d'appréhender l'avenir.

   Raison d'avoir peur." [p. 334]

 

J'ai aimé le foisonnement des pistes susceptibles de mener au(x) coupable(s) potentiel(s), les personnages et leurs (profondes) fêlures ainsi que l'atmosphère oppressante qui imprègne le récit ; j'ai en outre beaucoup apprécié m'être laissé mener par le bout du nez.

Je lirai la suite puisque c'est le double volume (Le Cercle/N'éteins pas la lumière) édité par France Loisirs qui m'a été prêté : à bientôt, Martin Servaz...

19:14 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

06/08/2017

Les archives de Roshar, tome 2 : Le Livre des Radieux, 1, Brandon Sanderson

Présentation. Roshar, terre de pierres et de tempêtes. Des siècles ont passé depuis la chute des Chevaliers Radieux, mais leurs avatars, des épées et des armures mystiques qui transforment des hommes ordinaires en guerriers invincibles, sont toujours là.

Au cœur des Plaines Brisées, Kaladin lutte depuis dix ans dans une guerre insensée. Dalinar, le chef d’une des armées, est fasciné par un texte ancien, La Voie des Rois. Au-delà de l'océan, la jeune Shallan apprend la magie et découvre certains secrets des Chevaliers Radieux...

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Mon avis. Un plaisir de me replonger dans cet univers haut en couleur...

Ce volume se centre cette fois principalement sur Shallan et Kaladin. La jeune fille continue sa formation auprès de Jasnah et se retrouve confrontée à un sprène bien "sympathique", le bien nommé Motif.

  "Tandis que le dernier trait séchait, le motif se suréleva devant elle. Elle entendit un soupir très net s'échapper du papier, comme sous l'effet du soulagement.

   Elle sursauta, laissa tomber la page et se précipita sur son lit. Contrairement aux fois précédentes, le relief ne s'évanouit pas, mais il quitta le papier - s'épanouissant à partir de son dessin - et se déplaça sur le sol.

   Elle ne pouvait pas le décrire autrement. Le motif se déplaça curieusement du papier vers le sol. Il atteignit le pied de sa couchette et s'y enroula, puis grimpa vers le haut jusqu'à sa couverture. Il ne donnait pas l'impression que quelque chose se déplaçait sous la couverture ; ce n'était qu'une approximation grossière. Les lignes étaient bien trop précises et le tissu ne se tendait pas. Un objet se trouvant sous la couverture n'aurait formé qu'une masse indistincte, mais cette forme-ci était précise.

   Il s'approcha. Il ne semblait pas dangereux, mais elle se surprit à trembler malgré tout. Ce motif-là était différent des têtes de symbole de ses dessins mais il leur était également semblable, d'une certaine façon : une version aplatie, sans torse ni membres. C'était une abstraction de l'un d'entre eux, de la même façon qu'un cercle contenant quelques traits pouvait figurer un visage humain." [p. 85 - 85]

 

Motif devient en quelque sorte l'interlocuteur privilégié de Shallan à l'instar de Syl - toujours délicieuse - pour Kaladin. Une aide bienvenue pour la jeune fille obligée de grandir (encore) plus vite que prévu. Son personnage évolue beaucoup dans ce volume : elle aura fort à faire pour (tenter de) perdre sa naïveté et donner une image d'elle autre que la réalité. Elle n'a pas le choix, il en va de sa (sur)vie.

Kaladin, pour sa part, a été promu capitaine par Dalinar, au grand dam des pâles-iris pour qui un sombre-iris ne peut "logiquement" pas récolter un tel honneur. Le jeune homme, vénéré par les hommes du Pont Quatre, se débat comme il le peut pour rester fidèle à ses principes tout en (essayant de) témoigner un semblant de respect aux pâles-iris de "moindre qualité". En outre, ses pouvoirs s'expriment parfois malgré lui, ce qui risque de lui porter préjudice. S'ajoute l'animosité d'Adolin...

Quant à Dalinar, il se retrouve en mauvaise posture : même s'il dispose - pour le moment - du soutien du roi Elhokar, la plupart des Hauts Princes se sont ligués contre lui. Par ailleurs, le conflit avec les Parshendis risque de prendre une tout autre tournure et "l'assassin" rôde toujours.

  "Qui est donc cet homme ? se demanda Kaladin en regardant s'éloigner la silhouette de Dalinar Il dirigeait effectivement son camp. On pouvait juger quelqu'un, comme le faisait Kaladin, aux hommes qui le suivaient.

   Cela dit, un tyran pouvait avoir un camp bien organisé et des soldats disciplinés. Cet homme-ci, Dalinar Kholin, avait contribué à unir Alethkar - et il l'avait fait en pataugeant dans le sang. À présent... il parlait comme un roi, même quand le roi en personne se trouvait dans la pièce.

   Il veut reformer les Chevaliers Radieux, songea Kaladin. Ce n'était pas là le genre de tâche que Dalinar Kholin pouvait accomplir par la simple force de sa volonté.

  À moins que d'autres ne l'y aident." [p. 138]

 

J'ai beaucoup aimé retrouver ce monde d'une extrême densité mais certains passages m'ont parfois semblé longs ; de plus, il m'est difficile de rattacher les intermèdes à quelque chose de bien précis, tant ils sont fugitifs. Côté personnages, Kaladin et Syl demeurent mes préférés.

Traduction : Mélanie Fazi.

Titre VO : Words of Radiance (2014).

Un grand merci au Livre de Poche pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (17/24) et "Un genre par mois" (Fantasy, aventure en août).

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12:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/08/2017

La Maison bleu horizon, Jean-Marc Dhainaut

Présentation. Janvier 1985. Tout commence par un message laissé sur le répondeur d’Alan Lambin, enquêteur spécialiste en phénomènes de hantises. Une maison, dans un village de la Somme, semble hantée par un esprit qui effraie la famille qui y vit. En quittant sa chère Bretagne, Alan ignore encore l’enquête bouleversante qui l’attend et les cauchemars qui vont le projeter au cœur des tranchées de 1915. Bloqué par une tempête de neige, sous le regard perçant d’un étrange corbeau, Alan réussira-t-il à libérer cette maison de ce qui la tourmente ?

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Mon avis. Une découverte à l'image du très beau titre...

Il est rare qu'un roman réussisse à tenir la distance lorsqu'il plonge dans le fantastique ; c'est pourtant ici le cas, et de bien belle manière.

Le lecteur entre d'emblée dans cette maison qui constitue le cadre principal de l'action : on y découvre la famille Anneraux, à savoir la maman, Hélène, la fille, Peggy, le fils, Thomas, la servante, Mélanie, ainsi que le vieux chien, Lascar. Le papa, quant à lui, est parti quelques jours pour affaires. Or il ne donne pas de nouvelles et sa femme n'arrive pas à le joindre ; en outre, une/des "présence(s)" semble(nt) hanter les lieux, perturbant de plus en plus le sommeil de tous. C'est pourquoi, après moult hésitations, Hélène en arrive à contacter Alan Lambin, "enquêteur en phénomènes paranormaux".

  "- Vous savez, s'il n'y avait eu que les bruits, cela ne m'aurait pas poussée à vous contacter. Mon petit garçon, Thomas, voit presque chaque nuit un homme dans sa chambre. Il dit que celui-ci le regarde méchamment, puis semble chercher quelque chose dans la pièce. La nuit dernière, vers cinq heures du matin, il s'est mis à hurler. Il disait que l'homme était encore là. Lorsque je suis arrivée, j'ai entendu des pas, puis la porte de sa chambre s'est refermée brutalement. Alors que nous tentions, la domestique, ma fille et moi, de l'ouvrir avec peine, celle-ci s'est ouverte brusquement." [p. 22]

 

Alan se donne toujours pour mission d'à tout le moins rassurer ceux qui font appel à lui ; si la situation s'avère plus "compliquée", il tâche alors d'aider les "esprits" éventuels à partir en paix. Quoi qu'il en soit, la première chose à faire est d'analyser la situation afin de découvrir si présence(s) il y a. Ce semble être le cas...

J'ai aimé le récit et la manière dont le mystère est habilement entretenu ; j'ai aussi beaucoup apprécié la tension palpable imprégnant cette maison qui devient elle-même un personnage à part entière, d'autant que le froid polaire et la neige tempétueuse coupent tout moyen de communication.

  "Malgré l'obscurité, Alan n'en croyait pas ses yeux. Il était devant une maison conforme aux clichés qu'il avait tant dénoncés. Pour lui, ces lieux hantés dans lesquels il avait tant enquêté n'avaient jamais ressemblé à ça, à toutes ces idées reçues sur ces vieilles habitations assurément "pleines de fantômes". Il expliquait toujours, lors de ses conférences, qu'une maison hantée pouvait être celle de notre voisin. Celle dans laquelle les enfants jouent dans le jardin, devant laquelle nous passons chaque jour sans nous douter des sombres présences qu'elle renferme." [p. 45]

 

Enfin, j'ai été très émue par l'histoire sous-jacente relative à la Grande Guerre, et particulièrement les dernières pages, extrêmement touchantes...

Un grand merci aux éditions Taurnada pour cette très belle découverte ; pour découvrir les origines du roman, c'est ici.

 

Ce roman entre dans le challenge "Littérature de l'imaginaire" (17/24).

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16:03 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

26/07/2017

#Maviederêve, Anna Mainwaring

Présentation. Prenez une école privée de filles et posez-la dans un quartier chic - au hasard, le sud de Manchester -, truffé de stars du foot, de médecins, de dentistes, d'avocats, de présentateurs télé et autres artistes. Tous désireux de voir leur petite princesse devenir la MEILLEURE. Vous obtenez Hunger Games sans les arcs et les flèches : une lutte à mort pour être sacrée la plus intelligente, la plus mince et la plus belle des élèves.

Le problème, c'est que je ne suis ni belle, ni mince... et que je fréquente ce lycée.

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Mon avis. Ne vous fiez pas à la couverture : c'est une chouette lecture qui plaira aux adolescentes et qui, sous une apparente légèreté, suscite la réflexion...

Nous sommes à Manchester et suivons quelques mois de la vie de Jess : la jeune fille est en dernière année de lycée et mène une vie "normale", passe de bons moments en compagnie de ses amies Hannah et Izzie. Quelques ombres au tableau : son surpoids qui la gêne, surtout à cause du regard des autres ; sa grande passion, liée à son surpoids d'ailleurs : cuisiner ; les superbes pestes filiformes qu'elle côtoie en cours.

Jusqu'alors, Jess a répondu avec humour aux attaques "de poids" (!) dont elle était la cible mais ce "3 mai, c'est journée "tenue libre" au lycée. Autrement dit le jour le plus angoissant de l'année." [p. 7]  Et les choses vont déraper de telle sorte que l'adolescente, révoltée par l'injustice subie, sèche les cours et se retrouve dès lors convoquée chez le Directeur ; en outre une vidéo de ses "exploits" se retrouve sur Internet. Voilà pour les circonstances du récit.

Autour de cet incident, gravite tout ce qui constitue la vie des adolescentes, à savoir les relations, quelles qu'elles soient : amicales, (potentiellement) amoureuses, avec les profs ainsi que les conflits avec les parents et la fratrie. En l'occurrence, Jess se sent comme un vilain (gros) canard aux yeux de sa maman "cougar potentielle et mannequin des mains" [p. 9] et de sa sœur aînée, toutes deux très à cheval sur le nombre de calories tolérables par repas. Le papa, adepte de "la fumette" est surtout spécialiste dans l'art de ne rien faire ; la seule qui lui accorde une véritable attention est sa grand-mère qui vit "à l'étage".

  "Règle implicite n° 3 : si un élève ne rend pas un devoir à temps, il écope dune retenue. Si un prof ne corrige pas ses copies, rien. Les retenues, chez les profs, ça n'existe pas." [p. 27]

  "Nous nous dirigeons vers le couloir principal, ballottées par une mer de cinquièmes avec leurs cartables. Le volume de leurs sacs semble inversement proportionnel à leur taille. Je parie qu'on pourrait l'expliquer par une équation, ce qui en ferait l'unique problème utile jamais résolu dans un cours de maths au XXIe siècle." [p. 36 - 37]

  "- Écoute, Maman, nous avons des conceptions très différentes du bonheur. Je crois que ce qui me rend heureuse, c'est de passer du temps avec mes amis, de faire des choses qui comptent à mes yeux et d'avoir des idées plein la tête. Pas de me transformer en poupée plastique comme on en voit dans les magazines, pour qui les questions métaphysiques se limitent à se demander si leur sac est assorti à leur petite culotte.

   Le silence devient glacial. Nous savons toutes les deux que c'est elle que je décris." [p.61]

  "Je voudrais que quelqu'un dans cette famille remarque quelque chose. Peine perdue. Car sous ce toit, chacun mène sa petite vie dysfonctionnelle dans son coin, se complaît dans son malheur et personne ne se décide à tendre la main pour aider l'autre." [p. 133]

 

J'ai beaucoup apprécié l'humour, parfois cynique, qui caractérise Jess ; en outre, la réflexion liée au regard porté sur soi ou que les autres portent sur soi est intéressant. Petit bémol : l'histoire du selfie est selon moi superflue, ou les conséquences auraient dû être envisagées...

Traduction : Marie Cambolieu.

Titre VO : Rebel With A Cupcake (2016).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (22/20) et "Comme à l'école" (vêtement pour cette session).

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16:35 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/07/2017

L'heure du leurre, Collectif

Présentation. Comment se fait-il que des gens intelligents se mettent à croire que des solutions simples peuvent régler les problèmes les plus complexes ?

En ces temps de repli sur soi, tout porte à croire que l’heure du leurre a sonné.

Onze écrivains décortiquent les rouages de la démagogie et du populisme. Déresponsabilisation, abandon paresseux des valeurs humanistes, repli sécuritaire, exclusion prennent le pas sur l’ouverture, le partage, la solidarité et la lumière.

Un recueil qui génère la réflexion et les débats nécessaires à la renaissance d’une démocratie vacillante.

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Mon avis. Un recueil dont les textes interpellent, d'une manière ou d'une autre...

Tout comme dans Le peuple des Lumières, le texte le plus percutant est celui qui ouvre le recueil, en l'occurrence un témoignage - et non une fiction - : La dictature et moi, de Jang Jin-Sung, poète qui relate la manière dont il est devenu un haut fonctionnaire nord-coréen, avant d'opter pour l'exil.

Toutes les nouvelles touchent du doigt la notion de populisme, cette "tendance politique démagogique visant à défendre les intérêts du peuple" [Linternaute.com].

Souvent dans un recueil, je n'aime pas forcément toutes les nouvelles et puisque je n'ai d'autre prétention que celle de donner mon avis, je prends ici le parti de mettre en lumière (!) celles qui m'ont le plus interpellée...

Le champion est pour moi Nicolas Ancion avec Comme par magie : une immersion dans un certain monde politique, celui qui fait présentement trop souvent la Une de l'actualité. Un petit bijou de cynisme...

Le Lilong, de Geneviève Damas, m'a aussi beaucoup plu : l'héroïne est très touchante dans sa découverte de Lilong, un quartier d'une grande ville chinoise, destiné à être rasé.

  "Au coin d'une rue, elle avait aperçu une petite marchande, aux cheveux noirs, qui vendait des pantoufles disposées à même le sol. Elle était ridée comme une pomme et si, de loin, Anna l'avait crue plus jeune parce qu'elle se tenait résolument droite, de près, elle s'était rendu compte qu'elle devait approcher les quatre-vingt-dix ans." [p. 41-42]

Dans Faire le ménage, Armel Job appuie là où ça fait mal en pointant du doigt la délation et les dégâts irréversibles qu'elle occasionne ; impossible de ne pas songer aux rumeurs si facilement lancées et aux jugements péremptoires exprimés ouvertement sur les réseaux sociaux, tout en demeurant "protégé" derrière son PC...

  "Le mal est contagieux. Il s'empare des gens, il réveille la méchanceté présente au fond des êtres les plus inoffensifs en temps ordinaire." [p. 65]

 

Principe de précaution, d'Emmanuelle Urien, met en évidence les conséquences de la tendance à "faire des amalgames" : s'appeler Khalil, suivre les cours d'arabe et s'intéresser à son pays d'origine implique inévitablement, pour les membres du parti Jeune France, la radicalisation.

Le texte qui clôt l'ensemble, Belgica Supernova, de Grégoire Polet, propose une réflexion sur ce que pourrait devenir la Belgique si elle permettait aux citoyens d'exercer eux-mêmes le pouvoir, et si elle mettait véritablement l'accent sur la préservation de l'environnement et du bien-être. Une utopie ?

Des textes à (faire) lire avant d'initier la discussion...

Merci aux éditions Ker pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge Un genre par mois (nouvelle ou novella pour juillet).

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16:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/07/2017

L'emprise du passé, Charlotte Link

Présentation. Qui pouvait bien en vouloir à Richard Linville, ancien inspecteur de police, retrouvé assassiné chez lui ? L'enquête piétine : Kate, sa fille unique, décide de prendre les choses en main. Tant pis si ça doit froisser Caleb Hale, à qui le dossier a été confié, et qui compte bien en profiter pour redorer son image...

Elle n'a pas plutôt mis le nez dans l'affaire que les pistes se multiplient et, avec elles, les morts.

Tandis que Caleb épluche les archives de la police, Kate, de son côté, va creuser la vie de ce père dont elle croyait tout savoir... Mais est-elle vraiment prête à remuer le passé ?

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Mon avis. J'ai lu des critiques parfois mitigées à propos de ce roman mais pour ma part, je l'ai beaucoup aimé...

Le livre commence avec une espèce de prologue qui se déroule en 2001 avant de se poursuivre avec les événements de 2014 : Richard Linville est chez lui et se fait littéralement exécuter, non sans avoir été torturé. Qui s'en est pris à ce policier retraité exemplaire ?

Trois mois plus tard, sa fille Kate, sergent à Scotland Yard, débarque à Scalby : officiellement, elle est en congé et vient débarrasser la maison familiale ; officieusement, elle est bien décidée à mener ses propres investigations, même si l'inspecteur Caleb Hale préférerait l'avoir hors des pattes.

  "En fait, elle semblait avoir renoncé à le soigner, le mal. Elle n'avait à cœur qu'une seule chose : faire justice de l'assassin de son père." [p. 57]

 

Parallèlement, on suit Jonas et Stella Crane, un couple parti se ressourcer avec leur fils dans les North York Moors, en un lieu isolé de tout et tous.

  "Ce ne fut que plusieurs semaines plus tard que Jonas lui avoua la vérité : lui aussi avait éprouvé un mauvais pressentiment. Une inquiétude vague et sourde, qu'il s'était empressé de refouler." [p. 46]

 

Le récit alterne les chapitres consacrés à l'enquête - menée tantôt par Caleb et/ou ses subordonnés, tantôt par Kate qui n'a aucune autorité pour s'y atteler mais n'en fait qu'à sa tête - et ceux relatifs à la famille Crane. S'ajoutent en outre des passages centrés sur une certaine Melissa Cooper.

Personnellement, je n'ai jamais été déstabilisée par cette multiplicité de points de vue, même si l'on attend longtemps avant de commencer à voir de quelle manière ces bouts d'histoire se rejoignent.

J'ai beaucoup aimé les nombreuses ramifications de cette intrigue ainsi que les personnages, tantôt héros, tantôt anti-héros, tout comme les (fausses) pistes envisagées. Cerise sur le gâteau : la fin que je n'ai pas vue venir ; je m'étais pourtant bien creusé la cervelle afin d'essayer de reconstituer le puzzle...

Un grand merci aux éditions J'ai lu pour cette belle découverte.

Traduction : Marion Roman.

Titre VO : Die Betrogene (2015).

14:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

14/07/2017

(Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pélerin

Présentation. Quand Ivana se fait larguer comme une vieille chaussette par Baptiste, après huit ans d’amour, il ne lui reste plus que ses kilos et ses rides à compter. Pas facile de se retrouver sur le marché des célibataires à la trentaine, quand, pour couronner le tout, on manque de confiance en soi.

Tentant d’ignorer son chagrin, elle décide de reprendre sa vie (et son corps) en main et s’inscrit sur « Be my boy », célèbre site de rencontres. Si l’offre est alléchante, les produits sont souvent de second choix, voire des retours de marchandise... Heureusement, il reste les amies et le bon vin.

À travers des expériences étonnantes, Ivana doit réapprendre à prendre soin d’elle. Mais rien ne sert de courir… il suffit juste d’être au bon endroit, au bon moment.

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Mon avis. Un agréable moment...

Voici quelques mois, ce roman a trouvé la route de ma PAL et un matin, j'ai décidé de m'y plonger : aussitôt commencé, aussitôt terminé...

J'ai apprécié le personnage d'Ivana dont les réflexions et l'humour sont particulièrement plaisants. En outre, l'air de ne pas y toucher, l'auteure aborde des problèmes de société liés à la femme et à la difficulté de se forger la place souhaitée sans tenir compte du regard de l'autre. Une gageure.

    "Après tout, le pire n'était pas arrivé : sa mère n'avait pas annoncé qu'elle débarquait pour les vacances d'été." [p. 14]

  "Si ce M. Lambert, dont elle ne connaissait pas le prénom, racontait l'aventure à ses potes, il passerait pour un mec malin : ils lui taperaient même sur l'épaule pour le féliciter. Au mieux, ils ne feraient pas de commentaire sur la nana dont il ferait vaguement mention. Au pire, elle en prendrait pour son grade, cette salope qui l'avait reçu à moitié nue... il n'y avait pas besoin de chercher bien loin ce qu'elle voulait. De son côté, en racontant cette histoire à certaines de ses copines, elle avait peur de récolter leurs regards désolés et des "tu mérites mieux". Envieuses, moralisatrices ? Elle se demandait si un jour une femme pourrait assumer ses choix de vie sexuelle sans craindre le regard accusateur des gens." ´[p. 115 - 116]

 

Comment se (re)construire quand on se fait larguer (mal)proprement et que l'image de soi est sérieusement écornée ?

Quelques heures de lecture bien agréables ; seul petit bémol pour moi : la fin que j'ai moins appréciée que l'ensemble...

16:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/07/2017

ADN Vampire, tome 1 : Carmine, Élodie Loch-Béatrix

Présentation. Ils sont les V1, la première génération d’enfants nés vampires… Carmine n’est pas une adolescente comme les autres, elle est une V1. Après un incident à New-York, sa famille s’installe à Inverness, en Écosse, et Carmine entre au prestigieux Saint Andrew College où elle compte bien s’amuser avec ses nouveaux pouvoirs et défier l’autorité de ses parents pro-humains. Elle va cependant devoir apprendre à cerner ses propres limites : est-elle prête à blesser ses amis humains ? Se laissera-t-elle entraîner par Arthur, lui aussi un V1 ? Comment gérer pulsions amoureuses et soif de sang ? Sa curiosité et son goût des polars vont aussi l’engager dans une enquête dangereuse qui pourrait bien réveiller des démons du passé.

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Mon avis. Un récit facile à lire et qui devrait plaire aux adolescent(e)s...

Le monde des vampires évolue aussi : désormais les enfants nés vampires existent et ils apprennent à vivre dans le respect des humains, surtout quand ils résident dans des zones "pro-hum". Carmine est de ceux-là. Elle vient de s'installer à Inverness avec sa famille et comme toute adolescente qui se respecte, elle "râle" car ce changement d'existence ne lui plaît en aucun cas, même s'il est en partie dû à une bêtise de sa part...

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir dans le prologue l'ombre de Jamie avec l'évocation de 1746 et la sanglante bataille de Culloden. Par la suite, à plusieurs reprises, certains chapitres relateront des événements survenus à cette époque, en relation avec le Bonnie Prince Charlie. Et bien sûr, ces faits du XVIIIe siècle sont liés à l'histoire de Carmine, on l'apprend vers la fin du roman.

Au XXIe siècle, la jeune fille est confrontée aux soucis des jeunes de son âge, mais s'ajoute  la difficulté d'apprendre à contrôler sa nature intrinsèque, surtout quand les sentiments s'en mêlent...

  "Gary MacDowall aurait pu être une créature surnaturelle tant il irradiait de charisme. Sa silhouette élancée et musclée, son regard orageux et les traits doux de son visage le rendaient aussi séduisant que mystérieux." [p. 47]

En outre sont commis dans la région des meurtres sanglants qui semblent être perpétrés par une créature animale et certains connaissances de Carmine en ont été victimes : l'enquête est difficile et s'avère dangereuse, d'autant qu'il est difficile de savoir à qui faire confiance.

Aucun temps mort dans ce récit dont l'atmosphère étrange cadre bien avec les faits ; seul bémol :  les coquilles qui émaillent le texte.

  "L'automne avait laissé place à l'hiver sans que le paysage de Lande en soit très changé, jusqu'à l'arrivée de la neige. La fine pellicule de givre craquait sous les bottes de Carmine. Quelques flocons tourbillonnant venaient se prendre dans les mèches brunes qui dépassaient de son bonnet. Elle souffla dans ses gants pour se réchauffer les mains puis rejoignit Lukas au bord de la falaise. Dorloch Castle se dressait sur la presqu'île telle une cité fantôme perdue dans la brume." [p. 123]

Merci aux éditions Le Gâteau sur la cerise pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (21/20) ; "Littérature de l'imaginaire" (16/24)  et "Comme à l'école" (vêtement pour cette session).

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16:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/07/2017

Graines de sable, Sibylle Delacroix

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Un très bel album dont les dessins crayonnés sont superbes : ils instillent à l'ensemble une impression de douceur.

Le noir domine ici avec, çà et là, le bleu des vêtements des enfants ou des vagues ; le jaune est cependant omniprésent puisque le sable s'offre aux deux jeunes héros et au lecteur.

De retour de vacances, la petite fille - dont le prénom n'est pas cité - trouve du sable dans ses chaussures : cette trace des vacances devient l'occasion d'imaginer, en compagnie de son frère Ulysse, ce qui serait susceptible de pousser s'ils décidaient de semer les graines de sable...

De jolies pages dans lesquelles les traits s'accordent tout à fait à la nostalgie évoquée...

Merci à Bayard Jeunesse pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans le challenge "Comme à l'école" (vêtement).

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21:48 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/07/2017

16 ans, 2 étés, Aimee Friedman

Présentation. Summer est sur le point de quitter les États-Unis pour rejoindre son père en Provence le temps des vacances d'été. A l'aéroport, son téléphone portable sonne. Répondra ? Répondra pas ?

Deux possibilités, deux étés très différents. Et pourtant, Summer n'aura qu'une fois seize ans...

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Mon avis. Une lecture bien agréable ; elle devrait plaire aux (grands) adolescents...

Le récit repose sur la réaction potentielle, oh combien banale,  de Summer : répondre, ou non, à l'appel qu'elle reçoit in extremis avant son embarquement pour la France, début juillet.

Les parents de la jeune fille sont divorcés et Summer vit aux États-Unis auprès de sa mère, tandis que son père réside à Paris et passe l'été en Provence. Malgré les évidentes réticences de sa maman, Summer a décidé d'accepter l'invitation de son père à le rejoindre dans le sud français.

  "Lui, c'est mon père, l'ennemi juré de ma mère. L'agacement qu'elle éprouve à son égard m'énerve. Oui, ils ont divorcé quand j'avais onze ans, une rupture nette et précise, comme un boucher qui tranche un morceau de viande. Papa est alors parti en Europe tandis que maman et moi sommes restées à Hudsonville, une ville banale de l’État de New York. Et oui, papa n'a été qu'une présence fantôme depuis, envoyant de temps en temps un mail ou appelant à l'occasion sur Skype. Il est revenu une fois à Hudsonville pour m'emmener prendre un rapide déjeuner ("Comment ça se passe à l'école ? Comme tu as grandi ! Faut que je file, mon cœur,") avant de s'évanouir de nouveau." [p. 20]

 

Le roman alterne ensuite les chapitres : ceux qui racontent l'enchaînement des événements si Summer répond au fameux appel téléphonique et ceux qui s'enchaînent si Summer ne prend pas l'appel. Je craignais de ne pouvoir entrer véritablement dans le récit à cause de cette manière d'envisager les choses : il n'en a rien été. J'ai apprécié découvrir les opportunités susceptibles d'être saisies par la jeune fille ainsi que les points de convergence entre les deux routes qui s'offrent à elle.

Un roman qui, l'air de rien, entrouvre les portes de la réflexion ; les apparences sont parfois trompeuses...

Traduction : Alison Jacquet-Robert.

Titre VO : Two Summers (2016).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (20/20) et "Comme à l'école" (vêtement).

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21:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

06/07/2017

Sauveur & fils, Saison 2, Marie-Aude Murail

Présentation. Côté jardin, Sauveur mène sa vie avec son fils Lazare, 9 ans et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise et ses deux enfants.

Côté ville, Sauveur reçoit ses patients : Ella, qui se travestit en garçon, Blandine, qui se shoote aux bonbons, Samuel, qui ne se lave plus, etc. Mais n'oublions pas pour autant les autres espèces animales dans cette saison 2. Vivent les hamsters, les ouistitis, et en guest-star : Pépé le putois !

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Mon avis. Un régal, comme souvent avec Marie-Aude Murail...

Nous retrouvons Sauveur là où nous l'avons laissé à la fin de la saison 1, à savoir en train de tisser des liens avec Louise mais aussi (et surtout) de passer de longues journées à écouter et (tenter de) venir en aide à ses patients, (très) jeunes ou moins jeunes...

Certains sont de "vieilles connaissances" comme Ella, de plus en plus Elliot, et pour qui la situation se détériore encore davantage à l'école ou Blandine qui peine à trouver sa place au sein de sa famille. Madame Dumayet, aujourd'hui en charge d'une classe mêlant CM1 et CP, surnage difficilement.

De nouvelles têtes s'ajoutent comme Samuel dont l'aversion pour l'hygiène est l'arbre qui cache la forêt ; la souffrance prend aussi les traits de la petite Raja : l'enfant consulte en compagnie de sa maman ; la famille vient de Mossoul et s'est réfugiée en France depuis peu, il s'agira avant tout de mettre en confiance la petite fille qui a déjà connu son lot d'horreurs...

Côté domicile, Gabin - à propos duquel s'immisce l'appréhension depuis qu'il a réussi à se procurer un certain sésame - semble s'installer "tout petit doucement" à demeure chez Sauveur et Lazare ; la maison verra en outre arriver un ancien légionnaire aujourd'hui SDF alors que Louise et Paul s'en vont et s'en viennent, ballottés au gré de la mauvaise humeur d'Alice : pas évident de recomposer une famille, même pour (un) Sauveur...

  "La vie ne se déroulant jamais comme prévu, tout l'art de l'homme est de s'adapter. Ainsi philosophait Sauveur, buvant son troisième café du lundi matin et regardant la pluie tomber sur le jardin. Ce week-end avait sonné la débâcle de ses projets de famille recomposée." [p. 209]

 

Bon nombre de problèmes susceptibles d'être rencontrés par les (jeunes) adolescents sont ici évoqués avec beaucoup de justesse, de tendresse et d'humour, dans des échanges extrêmement savoureux entre thérapeute et patients, entre parent(s) et enfant(s)...

Un série à découvrir. Absolument.

Ce titre entre dans le jeunesse "Jeunesse/Young Adult" (19/20).

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20:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

30/06/2017

Oops & Ohlala, At the Beach !, Mellow & Amélie Graux

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Un album pour les petits proposé dans la collection bilingues Français & English chez Talents Hauts.

Le petit format carré et les solides pages glacées conviennent particulièrement bien aux menottes éventuellement malhabiles.

Chaque double page présente d'un côté Oops et de l'autre, Ohlala ; Oops s'exprime en anglais, Ohlala en français mais les phrases de l'un(e) ne correspondent pas à la traduction de celles de l'autre, elles se complètent.

Et si d'aventure, vous avez oublié la prononciation de l'un ou l'autre mot anglais, don't worry : il suffit d'aller sur le site de Talents Hauts et de télécharger gratuitement la version audio du titre.

Have fun !

18:22 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/06/2017

Je viens d'Alep, Itinéraire d'un réfugié ordinaire, Joude Jassouma, avec Laurence de Cambronne

Présentation. Juin 2015, Alep sombre dans le chaos. Comme des centaines de milliers de civils, Joude Jassouma décide de fuir avec sa femme Aya et leur petite fille Zaine.

Depuis trois ans, la Syrie a basculé dans la guerre civile. Les affrontements entre l’armée de Bachar al-Assad et les forces rebelles emmenées par les djihadistes du Front al-Nosra et de l’État islamique deviennent quotidiens. Joude, jeune professeur de français au lycée, refuse de choisir son camp dans un conflit qui n’est pas le sien. Avec sa famille, il se cache, déménage quatre fois pour éviter les bombardements. Puis se résout à l’exil.

Des rives du Levant aux côtes bretonnes, en passant par Istanbul et les camps de réfugiés de l’île de Leros, ce livre raconte l’exode d’un enfant des quartiers pauvres d’Alep, amoureux de Flaubert et d’Éluard. L’odyssée d’un héros anonyme qui, au péril de sa vie, a traversé la mer Égée à bord d’un canot en plastique en quête d’une terre d’asile.

Pour la première fois, la plus importante crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale nous est racontée de l’intérieur, à travers le regard d’un réfugié ordinaire.

Ce livre a été écrit avec Laurence de Cambronne.

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Mon avis. Un témoignage à (faire) lire pour dessiller les yeux de ceux qui ne voient en le réfugié que celui venu d'ailleurs...

Dans le cadre d'un projet mené durant deux ans avec des classes du troisième degré, nous avons eu, l'an passé, l'opportunité d'accueillir en classe une jeune réfugié syrien qui a raconté son "parcours" depuis son pays d'origine jusqu'à son arrivée chez nous : son témoignage n'a laissé personne indifférent...

Il en va de même pour ce livre qui relate un pan de la vie de Jehad, cet enfant d'Alep qui, devenu grand, se passionne pour la langue française et dont le rêve, apparemment inaccessible, est d'enseigner la langue de Voltaire. Même s'il n'est en théorie pas destiné à poursuivre des études...

Le récit commence avec l'évocation d'un jour d'avril 2015 :

  "J'étais heureux, marié depuis un an. Aya était enceinte. Quelques mois plus tôt, nous avions quitté notre ville, Alep, parce que, une fois de plus, notre immeuble avait été bombardé.

   Nous nous étions réfugiés à Ariha, à 70 kilomètres à l'ouest, près d'Idlib. Nous étions bien installés dans un petit appartement. J'avais acheté un frigo, une télé, des fauteuils...

   Je marchais donc tranquillement quand quelque chose au pied d'un pilier du pont attire mon attention. Il me semble que ce sont des bouts d'os. Intrigué, je descends pour en avoir le cœur net et me retrouve devant une main coupée. [...]

   Je dépose la main au fond du trou et la recouvre de terre.

   Je pense soudain à Antigone qui voulait donne une sépulture à son frère...

   Je récite la sourate du Coran, Al-Fatiha, cette prière que l'on dit avant de commencer quoi que ce soit.

   Toute la journée je n'arrête pas d'y penser. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quel degré de barbarie avons-nous atteint ? On n'enterre donc plus les morts, ici, à Ariha ? N'est-ce pas la première marque de civilisation que de ne pas laisser les animaux dévorer des restes humains ?" [p. 9 - 11]

 

Jehad - aujourd'hui devenu Joude - va alors raconter "comment ils en sont arrivés là" et comment il a décidé de ne pas être contraint de choisir entre la peste et le choléra et de partir avec femme et enfant, pour tenter de rester en vie. Ils arriveront en Bretagne, dans un village proche de Rennes, Martigné-Ferchaud.

  "Je ne retournerai pas en Syrie si Bachar al-Assad gagne la guerre.

   Je n'y retournerai pas non plus si les islamistes sont toujours là, disséminés partout dans le pays, prêts à ressortir de leurs planques et à commettre des attentats.

   Un gouvernement d'union nationale ? Une démocratie ? Je n'y crois pas. Nous nous orientons vers une victoire de la Russie et de l'Iran. Mais la reconquête des territoires rebelles sera très lente. Daech est encore à Raqqa et dans les environs. J'ai des cousins entre Alep et Raqqa qui, depuis trois ans, ne sont pas sortis de leur village. Ils n'ont pas le droit d'écouter de la musique. Ma cousine vit en permanence dans son niqab noir." [p. 185 - 186]

 

Anne, le jeune Syrien venu en classe avait aussi raconté l'impossibilité de choisir "l'un ou l'autre camp" ; il osait encore espérer un nouveau gouvernement qui ferait table rase du passé...

Ce texte rappelle celui d'Abdalaziz Alhamza, Chronique de Raqqa, qui ouvre le recueil Le peuple des Lumières.

Merci à Babelio et aux éditions Allary pour ce partenariat.

18:34 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/06/2017

Place des Ombres, après la brume, Véronique Biefnot & Francis Dannemark

Présentation. 1980, place de la Montagne aux Ombres. Égarée dans les brumes d'une ville étrange, Lucie, étudiante en lettres, entre dans une herboristerie tenue par un très vieil homme, au rez-de-chaussée d'un immeuble ancien. Soixante-dix ans plus tôt, des événements tragiques ont marqué ces lieux. À son insu, en s'installant dans la demeure, la jeune femme va réveiller les démons d'autrefois, au péril de sa vie. Son amie, Maud, découvrira-t-elle la clef du mystère qu'elle-même n'a pas trouvée ?

Vingt ans plus tard, il ne reste que des souvenirs de ces semaines bouleversantes. Le passé semble bel et bien enterré, mais plusieurs drames viennent de frapper coup sur coup la famille de Maud. Une nuit, perdue dans le parking souterrain d'un hôtel, elle rencontre un homme taciturne, au nom et au comportement peu ordinaires...

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Mon avis. "Atmosphère, atmosphère", bel et bien "une gueule d'atmosphère"...

Ce récit est de nouveau né d'une collaboration entre Véronique Biefnot et Francis Dannemark, après La route des coquelicots et Kyrielle Blues ; l'exercice est cependant cette fois quelque peu différent puisque précédemment, il s'était agi de récits à quatre mains ; présentement, si les quatre mains demeurent d'actualité, c'est plus précisément deux plus deux puisque Véronique Biefnot a écrit (La) Place des Ombres et Francis Dannemark, Après la brume.

Verdict : j'ai préféré les romans précédents, même si j'ai encore passé un bon moment.

(La) Place des Ombres se centre d'abord sur Lucie, une jeune étudiante en lettres qui, par un étrange concours de circonstances, est amenée à "koter" au dernier étage d'une mystérieuse maison ; le rez-de-chaussée en est occupé par un vieil herboriste apparemment subjugué par la chevelure de la jeune femme ; au premier étage vit une dame âgée, clouée dans une chaise roulante.

L'atmosphère qui se dégage des lieux et qui entoure les protagonistes est lugubre, oppressante, anesthésiante même, et malgré son prénom, Lucie est loin d'entrevoir la lumière au bout de ce qui s'apparente à un tunnel : les murs eux-mêmes étouffent l'étudiante qui s'étiole lentement mais sûrement, hantée par des cauchemars qui la laissent pantelante, à l'image des Fleurs du Mal, recueil de Baudelaire qui ne la quitte jamais.

"Filer dans le parc dès la fin des cours devint vite une habitude. Dépassée par l'agitation des citadins, elle avait besoin de retrouver la compagnie apaisante des arbres et l'immuable sérénité des pierres. Et chaque jour, elle s'aventurait un peu plus loin, explorant les rues qui entouraient cet îlot de verdure au cœur de la ville et la menaient vers des quartiers où de vieilles demeures assoupies avaient connu des jours meilleurs. [...]

   Réalisant son erreur, elle voulut faire demi-tour en empruntant une ruelle. Celle-ci l'amena dans un quartier inconnu. Une légère brume entourait d'un halo jaunâtre les lampadaires qui venaient de l'allumer. Lucie essaya de se calmer, de voir dans cette escapade une opportunité de découvrir la ville, pourtant son cœur s'emballait et une petite voix obstinée lui reprochait son imprudence." [p. 23]

 

Des événements insolites surviennent, de plus en plus fréquemment, et l'angoisse étreint Lucie ; elle est cependant quelque peu rassurée par la présence d’Élie, un grand chien noir surgi de nulle part (!) et qui semble veiller sur elle. Jusqu'à ce que...

La deuxième partie voit arriver Maud, l'amie de Lucie, jusque-là évoquée en pointillés, la vie ayant instauré de la distance, dans tous les sens du terme, entre les deux jeunes femmes. C'est à partir de l'arrivée de Maud que le récit a pris pour moi une autre dimension : j'ai en effet peu apprécié la personnalité de Lucie car il est vrai que j'ai toujours un peu de mal avec les personn(ag)es qui subissent les événements au lieu d'(essayer de) se battre... Maud va tâcher d'aider Lucie à "s'en sortir", mais peut-être est-il déjà trop tard...

Après la brume commence vingt ans plus tard avec cet "homme de l'ombre" que vient de rencontrer Maud ; cette fois, c'est sur cette dernière que le sort (?) semble s'acharner depuis un an : elle a perdu son mari ; son fils Vincent "souffre d'une maladie si rare qu'elle n'a pas de nom, en tout cas les médecins ne sont pas d'accord sur le nom à lui donner." [p. 276] ; son père "perd la boule" et commence à devenir un danger tant pour lui-même que pour les autres. Maud navigue à vue dans son existence malmenée...

Inévitablement resurgissent les souvenirs survenus vingt ans auparavant, qu'elle croyait/espérait enfouis à tout jamais. La frontière entre le réel et l'irréel semble s'amenuiser. L'angoisse sourd des pièces du château racheté par le père de Maud.

Il faut attendre la fin de ce diptyque pour que s'assemblent les pièces de cet immense puzzle qui trouve son origine dans un lointain passé et que la lumière éclaire (enfin) d'un jour nouveau lieux et personnages, humains - je retiens particulièrement Émile Marage, l'instituteur retraité - ou animaux - un/le chien noir, entre autres-.

  "Elle jeta un œil sur le siège arrière. Le chien ne dormait pas. Il la regardait. Impossible de savoir ce qu'ils racontaient, ces yeux-là. L'histoire de la pluie, peut-être, où tout se noie. D'où tout renaît." [p. 328]

Comme toujours la plume est très belle, ou plus exactement les plumes sont très belles ; quoi de plus normal quand Baudelaire imprègne les pages, lui qui souhaitait "extraire la beauté du mal" ?

Merci aux auteurs pour le livre et la dédicace.

 

Ce titre entre dans le challenge "Littérature de l'imaginaire"  (15/24) et "Objectif du mois" (en juin : lire un livre écrit par un auteur - deux en l'occurrence - ayant la même nationalité que le lecteur).

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16:16 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

22/06/2017

Tu as promis que tu vivrais pour moi, Carène Ponte

Présentation. Quand on a trente ans, on n'est jamais préparé à perdre sa meilleure amie. C'est pourtant le drame que Molly doit affronter quand Marie est emportée par la maladie en quelques mois à peine. Juste avant de mourir, celle-ci demande à Molly de lui faire une promesse : vivre sa vie pleinement, pour elles deux. Elle y tient, alors Molly accepte.

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Mon avis. Une agréable lecture estivale.

Voici un récit dans lequel on entre dès les premières pages : Molly vient de perdre sa meilleure amie, sa sœur de cœur, Marie, décédée suite à un cancer. Avant de tirer sa révérence, Marie a fait promettre à Molly de vivre "à sa place", autrement dit d'accomplir toute une série d'activités pour elles deux, même si Molly est désormais seule.

La jeune femme se retrouve donc dans "l'obligation morale" de tenir sa promesse et si certains défis s'avèrent amusants ou anodins, d'autres lui coûtent davantage, surtout ceux qui risquent de bouleverser fondamentalement son existence. Mais ne serait-ce pas le petit coup de pouce (le bon coup de pied)  dont avait besoin Molly pour vivre enfin, tout simplement ?

Même si l'on comprend très vite le chemin qu'empruntera Molly, le roman, qui se lit aisément, fait passer au lecteur un bien agréable moment ; cerise sur le gâteau : l'humour bel et bien présent... jusque dans les notes de bas de page, autant de clins d’œil de l'auteure.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat, et à Carène Ponte pour la dédicace.

14:47 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |