19/05/2013

Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

Présentation.

Un motel.
Un tueur en noir.
Soixante-six étudiants.
Le cauchemar commence.

Un motel tout confort, une promotion d'étudiants aux anges, les plaines grandioses de l'Utah en toile de fond : tout est prêt pour un séminaire littéraire idyllique. Et puis, au soir du premier jour, un homme casqué descend de moto et sort un fusil à pompe de son sac. Le rêve tourne au cauchemar.

Au même moment, un mail arrive au poste de police de Grand Junction. Une employée du Red Cliffs Lodge appelle au secours : un tueur fou abat les clients au hasard, semant une panique monstre. Dans le miroir des toilettes, le chef de la police, Donald, contemple son reflet avec effarement. Ce motel-là, songe-t-il. Précisément aujourd'hui

Au cœur de la fusillade, terrifiée et rendue à moitié sourde par les détonations, une étudiante, Jillian, trouve refuge dans une chambre où se terre déjà Karen, sa conseillère d'éducation. À voix basse, les deux femmes engagent la conversation. Karen en est sûre : elle connaît le tueur.   

Et si ce massacre n'avait rien de gratuit ? Et si tout avait commencé des années auparavant sur une île isolée, à l'abri des regards, l'endroit idéal pour commettre l'indicible?

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Mon avis. Envie d’une "petite lecture légère" ? Passez votre chemin, ce livre n’est pas le vôtre car ici, c’est (du) lourd, une atmosphère pesante qui poisse les pages. Un aller simple vers l'Enfer.

Un récit qui force le lecteur à s'accrocher, tant en raison de sa structure que de son contenu ; un récit qui (dé)noue.

Trois voix se partagent l'ensemble : celle de Karen, relatée à la troisième personne, conseillère d'éducation, un des piliers de ce séminaire théoriquement consacré à la littérature ; celle de Troy, Le Messager, l'exécuteur, l'Ange de la Mort, racontée par un "tu" comme si ce personnage ne cessait de s'observer ; celle de Donald enfin, un policier épuisé, revenu de tout, y compris - surtout - de lui-même, un (ex-)Grand Chef, évoquée à la première personne.

La scène initiale décrit le début du carnage :

  "La visière de son casque est baissée et il n'y a plus en lui la moindre place pour le doute. Son casque : noir. Sa combinaison : noire. Son cœur ?

   Il s'avance dans la travée, introduit une série de balles dans le magasin de son fusil puis, de nouveau, fait feu. Les corps tressautent et s'effondrent comme à un stand de fête foraine. Même joueur joue encore." [p. 9]


Un profond malaise, récurrent, s'immisce alors insidieusement au fil des phrases, principalement lorsque Troy évoque son enfance au (Mal nommé) "Refuge", une île sur laquelle vivent reclus les membres d'une secte s'adonnant en toute impunité à leurs penchants pervers. Il tente de survivre au milieu de ces scènes "à la Jérôme Bosch".

  "Pareilles à celles d'un mausolée, les portes du Refuge se referment sur un profond silence." [p. 217]


Par touches infimes, il faut reconstituer la toile de Souffrance qui met en évidence les destins indissolublement entremêlés des "héros" : le chemin de croix de Troy ; la recherche perpétuelle de Karen ; le remords incarné en Donald. Un puzzle pas toujours évident à assembler.

Une fin paroxystique inscrite en filigrane dans laquelle l'émotion est pourtant présente, à la fois à travers les mots/maux relatifs à Troy, après l'innommable, que dans ceux évoqués par Donald ; une fin dont le cadre, grandiose, m'a rappelé les images de Thelma et Louise.


   "Ainsi y a-t-il quelque chose d'un hommage dans le rougeoiement que tu présentes au vent, et la promesse d'une dévastation dont tu ne goûteras la puissance qu'après coup : le feu dernier, épargnant le cœur de l'âme et détruisant tout le reste." [p. 256]


   "Je chasse l'air chaud de mon chapeau, et mon ombre peine à m'imiter." [p. 274]


La (superbe) couverture illustre l'idée n° 75 du challenge des 170 idées : des nuages (- très - noirs).

17:48 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

16/05/2013

Fuir les taliban, André Boesberg

Présentation. Quand on croise un talib, ne jamais le regarder dans les yeux. Toujours sortir avec son turban ou son tchadri. Être sans cesse sur le qui-vive. Un tube de rouge à lèvres dans un sac, une sortie en ville sans chaperon (pour les femmes) peuvent vous valoir des coups de fouet ou pire...
Sohaïl apprend tout cela, de force. Lui dont la famille était ouverte, où chaque enfant avait sa chance. Ceux qui résistent sont en danger de mort, il faut partir. Commence alors la fuite à pied à travers la montagne, puis en train, dans des paysages inconnus. Il n'a pas pu dire adieu à son ami Obaïd. Il ne veut pas s'éloigner de son pays. Et son père ? Reverra-t-il son père ? Quelle vie l'attend là-bas, si loin...

Roman inspiré de l'histoire vécue de Sohaïl Wahedi, fils d'un leader de la résistance au régime des taliban en Afghanistan.

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Mon avis. Voici un récit à découvrir et susceptible de plaire aux adolescents car relaté par la voix de Sohaïl, un garçon de douze ans qui vit à Herât, en Afghanistan, au cœur de la tourmente talibane.

Le récit commence par une scène très dure à laquelle assistent Sohaïl et son ami Obaïd : une exécution publique au stade d’Herât, un "spectacle" qu’affectionnent particulièrement  les taliban et auquel sont conviés, parfois très fermement, les citoyens.

Le lecteur découvre l’obscurantisme de cette société désormais sous la férule de fanatiques, souvent ignorants, qui font régner la terreur.

Sohaïl a été élevé dans la tolérance et s’insurge du sort réservé à la population d’une manière générale, et aux femmes en particulier ; il a fallu apprendre à devenir invisible car les coups pleuvent pour la moindre vétille. Absurdité, incompréhension, pathétisme…


   "- J’ai encore une histoire absurde à te raconter, reprend-il. Hier, un jeune de dix-sept, dix-huit ans a été arrêté par la police religieuse parce qu’il jouait de la musique.

   - Il avait un instrument ?

   - Il était à vélo et il actionnait sa sonnette !

   - Tu inventes ! Je ne te crois pas !

   - Je te jure que c’est vrai ! Même qu’il a été tabassé par les flics ! ajoute-t-il en se tapant sur les cuisses.

   - Tout le monde est fou, dans ce pays, dis-je dans un murmure." [p. 111]

 

  "- Oh oh ! dit Mounir. On transportait un cercueil avec un corps dedans en direction d’Herât. Pour l’enterrer. La voiture est arrêtée à un barrage de taliban. Les soldats veulent qu’on ouvre le cercueil. Ça va, je raconte bien ?

   - Continue ! grommelle Obaïd.

   - Bref, les taliban ouvrent le cercueil, comme j’ai dit. Et ils se mettent en colère.

   - Pourquoi ? dis-je.

   - Ils avaient sans doute encore pris quelque chose, je suppose. Ces boucs sont constamment drogués ! Tout tourne autour de la came, dans ce pays !

   Les champs de pavot ! me dis-je, en repensant à ce que m’a un jour expliqué mon père. Les taliban gagnent des millions de dollars avec l’opium. Il suffirait de brûler les champs de pavot, et ils se retrouveraient totalement impuissants.

   - Continue ! répète Obaïd.

   - Les taliban ont trouvé que le cadavre avait la barbe trop courte. Alors…

   - Non ?!

   - Si ! Ils lui ont donné vingt coups de fouet !" [p. 118 – 119]


Les disparitions inquiétantes se multiplient ; le danger est omniprésent et la peur s'immisce dans les moindres recoins. Comment savoir si le voisin, la connaissance, l'ami même sont encore dignes  de confiance ?

Bientôt, l'exil, profondément douloureux, avec ses doutes et ses interrogations, se profile à l'horizon...


   "Un jour je reviendrai, et ce pays sera dans la réalité comme je le représente dans mes rêves." [p. 175]

 

Ce roman entre dans le challenge "Lire sous la contrainte", session 7 : titre comportant un infinitif ; la couverture illustre l'idée n° 36 du challenge des 170 idées : un rassemblement de personnes.

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

13/05/2013

Back up, Paul Colize

Présentation.

Quel rapport entre la mort en 1967 des musiciens du groupe de rock Pearl Harbor et un SDF renversé par une voiture à Bruxelles en 2010 ? Lorsque l'homme se réveille sur un lit d'hôpital, il est victime du Locked-in Syndrome, incapable de bouger et de communiquer.

Pour comprendre ce qui lui est arrivé, il tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Des caves enfumées de Paris, Londres et Berlin, où se croisent les Beatles, les Stones, Clapton et les Who, à l'enfer du Vietnam, il se souvient de l'effervescence et de la folie des années 1960, quand tout a commencé...

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Mon avis. J’avais repéré en son temps ce livre grâce à l’avis de Gérard Collard et puisque Paul Colize était à la Foire du Livre de Bruxelles cette année, j’en ai profité pour acheter le roman et le faire dédicacer.

C’est un récit qui emmène d’emblée ses lecteurs dans une dérive musicale et pour le coup, je dois dire que j’en ai (ap)pris plein les oreilles !

Trois trames se partagent le récit : la première relate la mort de chacun des membres du groupe Pearl Harbor au même moment ou presque, dans des circonstances et lieux différents ; pourtant, ces décès sont considérés par la police comme naturels, eu égard aux "conditions de vie particulières" des musiciens.

La deuxième, en italiques, évoque les pensées d'un homme qui remontera dans son passé pour (tenter d') expliquer les événements qui l'ont conduit jusqu'au moment présent.

La troisième, c'est l'histoire de celui que, faute d'indication, l'on nommera X Midi, un piéton renversé près de la gare du Midi bruxelloise ; SDF apparent, il n’a pas de papiers et se retrouve dans le coma. Lorsqu’il émerge enfin de sa brume, il est atteint du locked-in syndrome ou syndrome d’enfermement ; en d’autres termes, il ne peut plus communiquer que par mouvement des paupières. Transféré dans un centre de rééducation, il semble vouloir définitivement se replier sur lui-même jusqu’à ce qu’arrive Dominique, un kiné qui le désarçonne par son optimisme et son enthousiasme forcenés. 

Bien évidemment, les rails de ces histoires finiront par se croiser, en une virtuose explosion musicale, découvrant des pans entiers de pages du rock avec ce qu'il comporte de génie et d'excès, en tous genres ; entre autres une majestueuse illustration de "sex, drugs and rock and roll", et la peinture d'une certaine société, mêlant habilement la réalité et la fiction.

Quant aux personnages, même si la musique joue le rôle majeur, c'est Dominique, le kinésithérapeute, qui pour moi sort du lot : sa patience, sa ténacité, sa disponibilité et sa perspicacité feront des miracles.

J'ai beaucoup apprécié ce récit, moi qui ne suis pourtant pas particulièrement férue de musique ; qu'aurait-ce été dans le cas contraire...

Un petit goût de...

 

Ce roman entre dans le challenge "littérature belge" et la couverture illustre bien, à mon sens, l'idée n° 9 du challenge des 170 idées : un "foutoir organisé".

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18:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | | Envoyer cette note

Elinor Jones, Tome 1 : Le Bal d'hiver, Algésiras & Aurore

Présentation. La jeune Elinor doit faire ses preuves dans un monde où aucun faux pas n'est admis !
La maison de couture Tiffany crée des robes pour les ladies les plus fortunées d’Angleterre. Elinor n’en revient pas d’avoir été embauchée : désormais, elle sera sous les ordres de Bianca, la célèbre adolescente surdouée ! Mais Elinor doit s’adapter rapidement. Ici, on fabrique du sur-mesure pour mesdames les baronnes et duchesses ! Et Mrs Tiffany mise toute sa réputation sur d’incroyables bals, pour lesquels les costumes des invités sont réalisés sur mesure.

Un huis clos victorien, où les secrets de chacun se dissimulent parmi soies et taffetas...

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Mon avis. Un billet court car il m’est toujours plus difficile de chroniquer une BD en raison de la brièveté de l’histoire et du fait que je n’ai aucune compétence "artistique" qui me permettrait de véritablement analyser le dessin.

J’ai pris un réel plaisir à découvrir ce dessin que j’ai beaucoup apprécié, même si certains visages m’ont parfois semblé proportionnés de façon quelque peu malhabile.

Les robes sont superbes et puisque l’on évolue dans le monde de la haute couture victorienne, les tissus aux couleurs chatoyantes occupent une grande et belle place dans l’histoire.

Elinor Jones intègre le petit groupe des couturières de la maison Tiffany et découvre un monde dans lequel les non-dits s'avèrent plus révélateurs que les sourires de façade.

Je lirai volontiers la suite car le cadre est posé et d'ores et déjà s'annonce le bal de printemps qui devrait permettre de lever le voile sur certaines personnalités mystérieuses...

 

Cette BD entre dans la ronde 9, consacrée à l'Angleterre du Cercle de lecture ; la couverture illustre en outre l'idée n° 2 du challenge des 170 idées : une lampe.

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11:17 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | | Envoyer cette note

10/05/2013

VIII, Harriet Castor

Présentation. VIII retrace la vie de Hal, un jeune guerrier beau et talentueux, convaincu d’avoir été élu pour guider son peuple. Mais les fantômes d’un violent passé familial viennent le hanter, jusqu’à le transformer, dès son accession au trône, en un meurtrier doté d’une cruauté sans fin… le roi Henry VIII.

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Mon avis. Merci à Gilles Paris qui m’a permis de découvrir ce roman que j’ai apprécié et qui se lit aisément ; un roman qui devrait ravir ceux qui aiment se plonger dans l’Histoire…

Ce livre propose un éclairage sur ce roi qui a déjà fait couler beaucoup d’encre… après avoir fait couler quantité de sang, y compris celui de deux de ses épouses (Anne Boleyn et Catherine Howard) ; à cet égard, me revient en mémoire la série télévisée Les six femmes d'Henry VIII.

Harriet Castor, auteure et historienne, nous propose quelques pistes afin de (tenter) d’expliquer la personnalité de celui que l’on a surnommé Barbe Bleue. Pour ce faire, un minutieux travail de recherche a été entrepris afin de restituer au mieux ce que fut cette époque : des (glaciales) pièces à vivre aux vêtements, armes et autres bijoux, en passant par les tournois ou la chasse (ah, ce "baptême du sang").

  

   "Je déjeune dans la salle d’audience, seul à table au milieu d’une pièce pleine à craquer. Chacun veut avoir l’honneur d’assister au repas du roi.

   C’est une débauche de couleurs : le bleu éclatant du plafond ; l’or massif des assiettes ; les soies pourpres et les velours violets dont sont parés mes courtisans ; les jaunes et les verts des manteaux satinés ; l’éclat dissonant des bijoux et des sequins cossus ; la bigarrure des fils qui tissent les tapisseries aux murs.

   On apporte la nourriture. Un panache de fumée s’échappe des tourtes que l’on fend d’un coup de couteau. La vapeur épaisse qui sort de leurs panses béantes se déroule lentement dans la pièce, brouillant le tintamarre de couleurs relégué à l’arrière-plan.

   Désormais les teintes bavent, se délavent en mares sombres qui suintent sur le sol. Je sens tout à coup l’odeur fétide qu’exhale la foule, en vain masquée par les notes poisseuses des parfums capiteux. On s'incline : je ne vois que les mèches des cheveux gras collées aux crânes, les peaux mortes qui tombent sur la table tandis qu'on me passe un plat, la crasse sous les ongles, les regards chassieux, les cicatrices de variole, tous ces détails m'apparaissent dans leur laideur crue. Un serviteur se penche pour poser une assiette devant moi : un furoncle infect fleurit sur sa nuque, à peine dissimulé par le col de sa chemise." [p. 275]


Hal a grandi dans l’ombre de son frère Arthur : ce dernier représentait tout pour leur père puisque destiné à régner ; Hal aimerait tellement attirer un tant soit peu l'attention de son père mais il est à peine digne du royal mépris paternel. Il est pourtant très vite persuadé qu'il est destiné à faire autre chose que de la figuration dans son pays et effectivement, Arthur décède très vite après son mariage avec Catherine d'Aragon : Henry prend désormais la relève...

Très tourmenté et volontiers tourmenteur, il vit dans l'obsession d'avoir un fils mais Dieu ne lui fera pas cette grâce ; ainsi, Henry œuvrera beaucoup pour pouvoir "changer de reine" afin de trouver celle qui comblera ses vœux, ne tenant nul compte des bouleversements imposés de "main de maître" à son peuple et faisant fi des conséquences politiques et religieuses.


   "Je me suis soustrait à l'emprise du pape, j'ai tourné le dos à mille ans de tradition trompeuse en affirmant la vérité de Dieu : je suis le chef suprême de l'Église en mon royaume, je ne réponds qu'à Dieu lui-même." [p. 307]

 

Un être torturé, perpétuellement à l'affût, excessif, cruel ; et pourtant...

   "Je suis cerné par le Mal." [p. 321]

 

La couverture me permet d'illustrer l'idée n°104 du challenge des 170 idées : des équipements d’exercice, au sens large du terme "exercice", sportif comme intellectuel, en l'occurrence la plume ; ce titre se rajoute aussi au challenge "À vos nombres".

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18:16 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) | | Envoyer cette note

08/05/2013

Salade de (demi-)tags

J'ai été "taguée" à trois reprises ces derniers temps et j'ai décidé de tricher en mélangeant le tout, en y répondant à moitié et en ne faisant pas suivre. Celui qui le souhaite "se sert"...

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Chez nanet :

Quel est l'endroit le plus insolite où tu as lu ? Rien d’insolite dans mes souvenirs : nature, toutes les pièces de la maison, auto...

Quel est le livre que tu as lu et relu, et que tu reliras encore ? Simple de Marie-Aude Murail.

Si je te dis blanc, à quoi penses-tu  ? Neige

Quels sont les trois auteurs que tu conserverais, si tu devais n'en garder que trois ? Shakespeare, Jane Austen, Zola.

Pourquoi as-tu choisi de faire un blog sur les livres ? Au départ, ce n'était pas un blog sur la lecture ; il a évolué pour évoquer principalement les livres lus mais pas uniquement.

As-tu un autre blog ; si oui, sur quel sujet ? Non.

Livre ou liseuse ? Livre mais il m'arrive de lire sur PC lorsque je peux profiter d'une offre (très) avantageuse.

Combien de challenges lecture as-tu en cours ? Si j'ai bien compté, 13 (mais je suis prof de français, pas de math).

Qu'est-ce qui est déterminant pour faire entrer un livre dans ta Pal ? Après l’envie, le prix.

Est-ce que tu lirais un livre, sans en connaître la quatrième de couverture, le titre et l'auteur ? Oui, s'il m'est prêté par quelqu'un qui connaît mes goûts et m'assure que "je dois" le lire.

Partante pour une lecture commune ? Tout dépend du livre élu.

 

Chez Philippe :

Si tu étais un poème ? Demain dès l’aube..., Victor Hugo.

Quel est ton premier souvenir livresque ? Les Oui-Oui, Enid Blyton ; Quel livre a marqué ta jeunesse ? Maroussia, P. J. Stahl.

Si je te dis "école", tu penses à ... élèves.

Adolescente, tu étais amoureuse de quelle(s) vedette(s) ? Deux Francis : Huster et Lalanne.

Si tu pouvais n'emporter qu'un objet, ce serait... un livre ?

Un livre que tu offres en cadeau ? Celui que j'ai offert le plus souvent dernièrement, c'est Le projet Bleiberg de David S. Khara.

Un livre qui a (peut-être) changé ta vie ? Les fourmis de Bernard Werber : c'est grâce à ce titre que s'est nouée, virtuellement d'abord, ma relation avec Arnaud.

Une chanson que tu écoutes en boucle ? En boucle, aucune ; régulièrement, I was made for lovin' you de Kiss.

Ton film culte ? Quelques-uns parmi mes préférés : Die Hard 1 (John Mc Tiernan), 3 (John Mc Tiernan), 4 (Len Wiseman) ; Rock (Michael Bay) ; La ligne verte (Frank Darabont).

Si tu pouvais revivre ta vie (ou une partie), tu changerais quoi ? Profiter encore plus du moment présent : qui sait de quoi demain sera fait ?

Un rêve que tu aimerais voir se réaliser ? Une nouvelle paire de jambes.


Chez Brigt :

Quel est le livre qui t'a le plus ennuyée et que pourtant tu as lu jusqu'au bout ? Dernièrement, Impossible de grandir de Fatou Diome.

Qu'est-ce qui peut t'empêcher d'acheter un livre dont tu as vraiment envie ? (à part ton porte-monnaie) Rien... hormis ma carte de banque ;-)

Quel est ton dessert préféré ? Beaucoup trop : éclairs, merveilleux, gâteaux au chocolat, macarons...

Pour tes vacances, que préfères-tu : mer, montagne, campagne ? Pourquoi ? Ma maison car j'y ai mes "repères".

La dernière fois que tu t'es mise en colère ? (vraiment en colère) Je ne pense pas que cela me soit déjà arrivé...

Avec quel auteur aimerais-tu passer une journée ? Parmi les "contemporains" que je n'ai pas encore rencontrés (mais ça viendra forcément) : Elen Brig Koridwen, Henri Lœvenbruck, Gilles Paris, Sylvie Wolfs.

Dans la peau de quel personnage de livre aimerais-tu te glisser ? Elizabeth Bennet.

Ton film préféré ? Die Hard 1 (John Mc Tiernan), 3 (John Mc Tiernan), 4 (Len Wiseman) ; Rock (Michael Bay); La ligne verte (Frank Darabont).

Si tu écrivais un livre, quel en serait le thème ? Ce serait un roman jeunesse qui traite de la/l'indifférence.

Si tu es invitée à une soirée déguisée, quel déguisement choisis-tu ? Cyclowoman ; de cette manière, pas de frais à envisager ;-)

Un rêve irréalisable ? Cyclowoman reçoit une nouvelle paire de jambes pour sa rencontre avec Bruce Willis.


[image : http://img4.xooimage.com]

22:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) | | Envoyer cette note

07/05/2013

Histoire d'Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis Dannemark

Présentation. Paul a cinquante-six ans. Il vient de perdre sa mère. À son enterrement, il rencontre la sœur de celle-ci pour la première fois. Il ne connaît d’elle que son prénom, Alice. À soixante-treize ans, sa tante ne lui apparaît pas comme une vieille dame. Elle est séduisante, un peu mystérieuse et, surtout, pleine de vie et de fraîcheur. Elle invite son neveu à venir la voir à son hôtel et là, en face à face, elle va lui raconter son incroyable existence.

Alice fait partie de ces êtres rares qui ont vécu dix vies en une seule. Et s’il est vrai que tous les hommes sont mortels, les maris d’Alice le sont tout particulièrement : elle est veuve pas moins de huit fois ! […]

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Mon avis. Je sentais que je risquais d’apprécier ce récit : d’abord en raison de la couverture qui a attiré d’emblée mon attention ; ensuite grâce à son titre pour le moins original ; enfin la 4e de couverture a achevé de me convaincre. Un petit air à La Dernière Conquête du Major Pettigrew, d'Helen Simonson, roman que j'ai savouré - même si je n’aime pas le thé -.

Je crains de ne pas trouver les mots pour réussir à faire passer le charme de cette histoire qui transporte le lecteur, dans tous les sens du terme : nous voyageons aux côtés d'Alice aux quatre coins du monde tout en étant séduits par cette dame so british...

Paul fait la connaissance d'Alice pour la première fois alors qu'il enterre sa mère ; en effet, jamais il n'a rencontré celle dont il a entendu évoquer sporadiquement le prénom. La vieille dame lui propose alors tout naturellement de se revoir puisqu'elle séjourne quelque temps dans un hôtel bruxellois.

C'est ainsi que Paul va découvrir le destin exceptionnel de cette tante qui a profité, sans trop y réfléchir, de ce que lui a offert l'existence ; elle a "cueilli les roses de la vie" chères à Ronsard avec bonheur, même dans les moments douloureux car la souffrance aussi, elle l'a connue : elle s'est retrouvée veuve pas moins de huit fois.

Chaque chapitre a pour titre le prénom d'un des hommes qui ont coloré, d'une manière ou d'une autre, la destinée hors du commun de cette "mamy" oh combien charmante, et pétillante, et lumineuse, et adorable, et attachante...


  "- J'ai pensé hier soir, lui ai-je dit, qu'en vous rencontrant, j'avais rencontré quelqu'un d'heureux. Même si je sais qu'il reste bien difficile de savoir ce que c'est, être heureux.

  - Ce n'est pas si difficile que ça. Je crois qu'on est heureux chaque fois qu'on ne pense pas qu'on pourrait être avec d'autres gens, ou ailleurs, à faire autre chose. Right now, I'm happy.

  - Me too.

  - Tu vois, c'est facile. J'ai été heureuse des milliers de jours." [p. 163 - 164]


Un bulle légère que je vous recommande...

 

La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 140 du challenge des 170 idées : quelque chose avec une poignée ; ce livre entre aussi dans le challenge "littérature belge".

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16:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (10) | | Envoyer cette note

La Dernière Bagnarde, Bernadette Pécassou

Présentation. En mai 1888, Marie Bartête, vingt ans, embarque sur le Ville de Saint-Nazaire. Elle ne le sait pas encore, mais elle ne reverra plus jamais sa terre de France. On l'envoie au bagne, en Guyane. Marie, Louise, Jeanne, Anne, ses compagnes d'infortune, pensent avoir une vraie chance à Saint-Laurent-du-Maroni. On leur a dit qu'elles se marieraient et qu'elles auraient même un lopin de terre ! L'illusion sera de courte durée. [...]

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Mon avis. Un récit poignant ; une réalité passée telle qu’elle n’est pas imaginable. Et pourtant…

Ce livre raconte le triste destin d’une des nombreuses sacrifiées françaises déportées en Guyane pour servir de chair fraîche aux bagnards désormais libres mais dans l’incapacité de se payer un billet de retour. Les conditions de (sur)vie sont abominables et si un pan de vérité a parfois été timidement dévoilé à la fin du XIXe siècle à propos des bagnards, rien n’a été écrit sur ces femmes…

Marie fut la dernière. Elle avait pourtant déjà connu son lot des misères lorsqu’à vingt ans, elle a vécu la déportation et puisqu’il fallait bien trouver un prétexte pour envoyer "des femmes" en Guyane, il lui a été notifié qu’elle prendrait la mer en raison des quelques larcins commis auparavant. Elle ne savait, pas plus que ses compagnes d’infortune, à quel point il s’agissait d’un passeport pour l’Enfer…

Après la traversée, comparable à bien des égards à celles évoquées dans les récits relatifs aux négriers, les femmes effectivement arrivées découvrent ce néant humide et étouffant, peuplé de créatures immondes, édentées, pouilleuses, prématurément vieillies, au regard concupiscent…

Alors qu'elles avaient presque réussi à se convaincre qu'elles se rendaient dans un endroit ensoleillé à la végétation luxuriante, là où elles réussiraient à fonder une famille dans un petit bungalow, au milieu d'un cadre enchanteur, la réalité les a durement rattrapées : rien, absolument rien n'avait été prévu pour elles. Les deux religieuses en charge du groupe allaient devoir se débrouiller avec les non-moyens du bord.

   " - Je connais, s'exclama le commandant. Pas besoin de me faire un dessin. Vous échouerez dans un vieux carbet qui a servi à tout et à rien. Méfiez-vous, ma mère, ça sent mauvais. Je connais ces carbets de Saint-Laurent, ils sont bas de plafond, ils puent l'humidité et la pourriture. Je vous donne un an pour être décimées". [p. 89]

    Mise au ban des nations, la République envoyait sciemment mourir les siens dans d'atroces conditions. Des hommes et, pire, ces pauvres filles déjà condamnées par le destin à vivre dans la misère et coupables de peu de chose. [...] Y avait-il, au-delà des nuages, un Dieu, comme le croyaient les sœurs ? Et s'il existait là-haut, alors à quoi servait-il ? Et surtout, à qui ?" [p. 90 - 91]


Difficile d'imaginer de telles conditions de vie et par la suite, viennent s'ajouter les "parloirs" dans le but de trouver un mari parmi les bagnards libérés, prémices d'une horreur encore plus grande.

   " Les repères et les valeurs habituelles qui régissent toute société normale s'étaient, ici, désintégrés". [p. 243]


La fermeture du bagne de Cayenne n'est devenue effective qu'en 1946 ; on ne connaît pas la date de la mort de Marie, on sait juste qu'elle vivait encore en 1923 quand Albert Londres, un journaliste, s'en est venu recueillir des témoignages...

Merci aux Éditions J’ai Lu pour ce partenariat.


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 137 du challenge des 170 idées : quelque chose (si peu) en vie.

13:49 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) | | Envoyer cette note

06/05/2013

LDPA ou Livra'deux pour pal'Addict, 5e session

5e session de ce Livra'deux (modalités) ; je participe avec unchocolatdansmonroman.

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Parmi les livres de sa PAL, désireuse de varier les genres, j'ai sélectionné :


Loin sous les ravenales, Annick Comarmond : après avoir eu l'attention attirée par la couverture, j'ai découvert la présentation du récit ; je le lirais volontiers.

Seul sur la mère immense, Michael Morpurgo : un auteur que je n'ai pas encore pris le temps de découvrir alors que, d'après ce que j'ai pu lire à propos de ses récits, il risque de me plaire.

Le manuscrit de Cambridge, Rebecca Stott : il est présenté comme un thriller historique, un genre que j'aime beaucoup.


Unchocolatdansmonroman a choisi de lire Le manuscrit de Cambridge.


Elle m'a proposé :


Le Fusil de chasse de Inoué : "j'adore la littérature asiatique et ne connais pas ce roman. Puis la forme épistolaire rejoint un genre que j'affectionne" dft009

La Sirène de Camilla Lackberg : "je me dis toujours que je vais découvrir le style. Un policier, je commence à m'y mettre doucement ..."

Le journal de mon père de Taniguchi : "un auteur que j'affectionne. Je trouve ses oeuvres très fortes et poétiques"


J'ai choisi de lire Le journal de mon père car c'est la 3e fois qu'il m'est proposé dans le cadre de ce challenge et je lui ai jusqu'ici préféré un roman. Je le sors donc de ma PAL.

11:18 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) | | Envoyer cette note

03/05/2013

Le 9e jour, Cyrille Audebert

Présentation. "Margot avait regardé la créature s’éloigner. Et elle en tremblait encore.

Dans un premier temps, si la jeune femme avait dû la décrire, le mot "difformité" se serait imposé à son esprit. Mais elle l’avait vue se mouvoir dans cette pièce, et ensuite franchir les remparts… Non, son corps tordu ne lui était pas un handicap : la créature se déplaçait même avec une aisance diabolique. Désormais, devant la puissance qui se dégageait du moindre de ses gestes, Margot refusait de ne voir en elle qu’un simple être humain…"

Les prairies Saint-Martin et l’usine désaffectée qui bordent le Cimetière du Nord abritent-elles réellement un fantôme ? Le nouveau collègue des détectives Jacques Lucas et David Huxley est-il un sorcier vaudou ? Les saintes ont-elles vraiment le pouvoir de rendre la parole aux muets et de guérir tous les maux ?

Pour l’avènement du printemps, Margot Baudor se pose beaucoup de questions, mais principalement celle-ci : "La météo, curieusement estivale de ce mois de mars, ne serait-elle pas responsable de la vague de meurtres abominables qui s’étend sur la ville ?…"

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Mon avis. Après L’évangile selon Jacques Lucas et Un temps de chien, voici que je découvre enfin Le 9e jour ("enfin" car je l’ai dans ma "PAL proche" depuis décembre).

Quel régal de retrouver la fine équipe des précédents opus : la sculpturale Margot Baudor à la répartie toujours aussi délicieusement cinglante ; son compagnon, Octave Billy ; le Belge Jacques Lucas et son acolyte David Huxley, flanqués cette fois d’une personnalité haute en couleur (!) : un géant d’ébène québécois au savoureux accent qui met en branle nos "neurones de décodage".

   "Bêlizââirrre ! Lôrrrier Bêlizââirrre ! tonitrua le géant en s'éloignant dans le couloir avant de se retourner avec un ultime geste de dépit. Ha pis, ciboère, dites comme vous voulez, après tout !

   Il allait repartir quand une pensée le fit sourire. Il porta alors une main à son menton et gratta rêveusement sa barbe :

   - Monsieur Lucas, j'peux vous poser une question ?

   - Je vous en prie.

   - ...

   - ...

   -Aurais-tu pas un accent, par hasard ?

   Ce type se foutait de lui. Lucas en était persuadé maintenant.

   - Ah... Vous avez remarqué ? C'est parce que je suis belge. Vous avez l'oreille, dites donc...

   - Sûr. Chez nous aut', on catch vite les accents. Paraîtrait que moi-même j'en ai un p'tit : pis si t'as rien entendu pantoute, c'est que j'travaille une chotte pour jaser pointu quand chus 'vec des indigènes." [p. 42]


Le ton est donné dès le prologue qui fait étalage (!), de manière très évocatrice, de "charcuterie"… - le bruit des organes qui se répandent "sur le sol comme le contenu d'un filet sur le pont d'un chalutier" m'a particulièrement marquée - ; d’emblée, on se dit que l’on risque de se payer une bonne tranche protéinée.


Et puis, l’humour arrive, on passe alors aisément et avec grand plaisir à quelques tranches de rire, cette fois :

   "L'immense animal venait en effet de glisser son énorme museau sous le bras de la jeune femme complètement pétrifiée.

   - Il fait quoi ? s'inquiéta Abbie en tirant sur la manche d'Octave.

   - Je ne suis pas sûr mais... ça ressemble bigrement à des marques d'affection.

   - Mais je ne veux pas qu'il m'aime..., se mit à pleurnicher la jeune femme.

   - C'est aussi ce que je me tue à lui répéter, mais il est têtu. Parce que là, ça n'est rien : par exemple, ce qu'il préfère chez moi, ce sont mes chaussons. Le gauche, surtout... Depuis qu'il a décidé de m'aimer, je vais à la boîte aux lettres à cloche-pied." [p. 53 - 54]

   "Madame Boitinasse, dans un souci de mimétisme à la limite du raisonnable, s'était coiffée d'une serpillière et ébouriffée les sourcils pour se confondre avec les rideaux qui encadraient la fenêtre derrière laquelle elle était postée." [p. 63]


Les "choses sérieuses" reviennent très vite : des crimes particulièrement atroces sont commis et il serait bon - autrement dit il est impératif - que le capitaine Baudor puisse tenter d'arrêter cette hécatombe car "On va bientôt être obligés de tronçonner les macchabées pour les empiler dans des tiroirs" [p. 243]

C'est pourquoi Margot, Octave, Jacques, David et Laurier vont mettre les bouchées doubles et devoir (re)composer avec des tripes à la mode bretonne, des Éphémères confrontés à des Statiques, un Fantôme aux relents d'égouts ainsi qu'une Sainte aux pochons. Objectif : faire la lumière sur ce qui s'avérera une horrible et douloureuse réalité. L'humour permet en quelque sorte de "décompresser" face à l'innommable...

 

Ce titre me permet d'ajouter un livre au challenge "À vos nombres" et la couverture illustre l'idée n° 38 du challenge des 170 idées : quelque chose en rapport avec Halloween, la Toussaint (à gauche, au milieu, déambule le Fantôme - normal qu'on ne le voie pas clairement, c'est un fantôme -).

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21:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | | Envoyer cette note

Lecture commune : À l'est d'Éden, John Steinbeck

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Suite à la lecture commune du roman Les raisins de la colère de John Steinbeck, j'ai appris que Steinbeck est aussi l'auteur de À l'est d'Éden (merci Nahe) ; je propose donc, si certains parmi vous sont intéressés, une lecture commune de ce roman ; les billets seront mis en ligne entre le 31/08 et le 15/09.

Si vous ne disposez pas d'un blog, qu'à cela ne tienne, je mettrai volontiers votre billet en ligne sur le mien.

Inscrits : lagirl8, Nahe, angeselphie, Dex

19:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

01/05/2013

Les raisins de la colère, John Steinbeck

Présentation. "Le soleil se leva derrière eux, et alors... brusquement, ils découvrirent à leurs pieds l'immense vallée. Al freina violemment et s'arrêta en plein milieu de la route.- Nom de Dieu ! Regardez ! s'écria-t-il. Les vignobles, les vergers, la grande vallée plate, verte et resplendissante, les longues files d'arbres fruitiers et les fermes. Et Pa dit : - Dieu tout-puissant !... J'aurais jamais cru que ça pouvait exister, un pays aussi beau."

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Circonstances. Pourquoi avoir proposé cette lecture commune ? Pour plusieurs raisons. D’abord, je trouve que j’ai globalement lu peu de "classiques" et de temps à autre, il est bon que je m’y frotte ; ensuite, occasion m’a été donnée, voici quelques mois, de racheter ce livre pour une bouchée de pain (expression ici de circonstance) ; enfin, dans Celui qui n’aimait pas lire, Mikaël Ollivier le classe en première position de son top 10 "du moment de l'écriture". Je décide donc de m’y lancer.

Mon avis. Première constatation purement "pratique" : ma vue ne sera pas ménagée avec cette vieille édition aux pages jaunies et à la police 8 (je me demande même si ce n’est pas encore moins). Qu’à cela ne tienne, je passe outre.

J’ai ainsi vécu mes "avant-nuits", durant une bonne quinzaine de jours, en compagnie de la famille Joad ; ce fut effectivement ma lecture du soir (et souvent aussi du matin lorsque je disposais d’un peu de temps avant le "démarrage de la journée"). J’étais heureuse de ce rendez-vous quotidien avec une de ces familles lancées sur la route, lors de la Grande Dépression, en raison de la mécanisation et d’une sécheresse récurrente.


   "Sur les terres rouges et sur une partie des terres grises de l'Oklahoma, les dernières pluies tombèrent doucement et n'entamèrent point la terre crevassée. Les charrues croisèrent et recroisèrent les empreintes des ruisselets. [...] Jour après jour le soleil embrasa le maïs naissant jusqu'à ce qu'un liseré de brun s'allongeât sur chaque baïonnette verte. Les nuages apparaissaient puis s'éloignaient. Bientôt ils n'essayèrent même plus." [Début du roman]


Les terres sont alors récupérées par les banques et des grappes entières de familles sont contraintes de quitter l’état où elles vivaient depuis toujours pour "tenter leur chance" en Californie, cet utopique Eldorado, via la fameuse Route 66…


   "Les tracteurs arrivaient sur les routes, pénétraient dans les champs, grands reptiles qui se mouvaient comme des insectes, avec la force incroyable des insectes. [...] L'homme assis sur son siège de fer n'avait pas l'apparence humaine ; gants, lunettes, masque en caoutchouc sur le nez et la bouche, il faisait partie du monstre, un robot sur son siège. [...]

   Il n'aimait pas plus la terre que la banque n'aimait la terre. [...] Et quand cette récolte poussait et était moissonnée, nul homme n'avait écrasé entre ses paumes les mottes chaudes et n'en avait laissé couler la terre entre ses doigts. Personne n'avait touché la graine, ni imploré ardemment sa croissance. Les hommes mangeaient ce qu'ils n'avaient pas produit, rien ne les liait à leur pain. La terre accouchait avec les fers et mourait peu à peu sous le fer ; car elle n'était ni aimée, ni haïe, elle n'était l'objet ni de prières, ni de malédictions." [p. 56]


Les Joad embarquent donc, contraints et forcés par ces tracteurs dévoreurs, à bord de leur "camion" avec un très maigre pécule, avec armes et (si peu de) bagages : toute une vie entassée pêle-mêle autour de Grand-père, Grand-mère, Pa, Man, l'oncle John, Noah, Tom - récemment sorti de prison -, Rosasharn - enceinte – et son mari Connie, Al ainsi que les deux plus jeunes, Ruthie et Winfield ; à ce "petit groupe" s’adjoint Casy, l’ex-pasteur de la communauté.


C'est le début d'un voyage extrêmement éprouvant qui impose une réflexion de chaque instant afin de calculer au mieux les dépenses, les endroits où il est judicieux de s'arrêter, sachant que l'accueil qui leur sera réservé ne sera "pas forcément chaleureux", sachant qu'un point d'eau est nécessaire, sachant qu'il ne faut jamais se retrouver trop éloigné d'un endroit où se procurer l'une ou l'autre pièce de récupération en cas de panne éventuelle du véhicule...

La famille, unie, seule véritable richesse, se retrouve amputée au fil du temps et lorsqu'ils arrivent en Californie, c'est pour découvrir que du travail, il n'y en a point et lorsqu'un peu d'embauche est proposée, les conditions sont tellement éprouvantes et les heures de labeur si peu rémunérées que l'argent gagné ne suffit pas même à faire manger le soir la famille. Et pourtant, ils survivent, ou essaient, à tout le moins...

Un personnage sort du lot en raison de sa force, de sa ténacité, de la petite lueur d'espoir qu'elle arrive toujours à rallumer chez les autres : Man, pilier véritable du groupe, celle qui continue à s'organiser, à avancer, qui jamais ne veut renoncer alors que gronde la révolte des ventres affamés.


  "- Ouais, mais on prend sur la gueule tout le temps.

   - Je sais. (Man eut un petit rire.) C'est peut-être ça qui nous rend si coriaces. Les richards, ils viennent et ils passent et leurs enfants sont des bons à rien, et leur race s'éteint. Mais des nôtres, il en arrive tout le temps. Ne te tracasse pas, Tom. Des temps meilleurs viendront.

   - Comment le sais-tu ?

   - J'sais pas comment.

   Ils pénétrèrent dans la ville et Tom s'engagea dans une rue écartée de façon à éviter le centre. À la lumière des réverbères, il regarda sa mère. Son visage était serein et ses yeux avaient une expression étrange, semblable à l'expression d'éternité qu'ont les yeux des statues. Tom leva la main droite et lui toucha l'épaule. Geste instinctif, nécessaire. Puis il retira sa main.

   - J'tai jamais entendue causer autant, fit-il.

   - J'ai jamais eu autant de raisons de le faire, dit-elle." [p. 390 - 391]

 

Régulièrement, le narrateur "laisse de côté" la famille Joad pour élargir le propos à l'ensemble de ceux qui ont vécu cette crise profonde, ces petites gens qui ont tout perdu, tout quitté pour crever de faim ailleurs, alors qu'ils espéraient seulement vivre dans la dignité. Me sont revenus en mémoire les mineurs de Germinal, transposés sur le continent américain.


   "Partout où y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, je serai là. Partout où y aura un flic en train de passer quelqu'un à tabac, je serai là. Si c'est comme Casy le sentait, eh ben dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu'ils n'ont rien dans le ventre, je serai là, et dans les rires des mioches qu'ont faim et qui savent que la soupe les attend, je serai là. Et quand les nôtres auront sur leurs tables ce qu'ils auront planté et récolté, quand ils habiteront les maisons qu'ils auront construites... eh ben, je serai là. Comprends-tu ?" [p. 585]


J'ai été bien inspirée de lire ce récit et je compte découvrir le film dès que possible ; je relirais bien aussi Des souris et des hommes.


Traduction : Marcel Duhamel et M.-E. Coindreau.


Les avis d'Argali ; de Nahe ;  


Ce livre me permet de participer au challenge "Un classique par mois" et la couverture de mon édition représente l'idée n°20 du challenge des 170 idées : quelque chose de (mon) "papa", en l'occurrence la salopette et la casquette.

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11:44 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

30/04/2013

Boys don't cry, Malorie Blackman

Présentation. Dante attend les résultats de ses examens. Le courrier qui lui ouvrira les portes de l'université. De sa future vie. Celle dont il a toujours rêvé. Mais quand on sonne enfin à la porte, ce n'est pas le facteur, c'est Mélanie. Son ex-copine, dont il n'a plus entendu parler depuis des mois. Avec un bébé. Le sien. Le leur. Être père à 17 ans ? Il y a de quoi pleurer. Mais les garçons ne pleurent jamais...

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Mon avis. C’est dans le cadre de la ronde 9 du Cercle de lecture, consacrée à l’Angleterre, que j’ai décidé de lire Boys don’t cry de Malorie Blackman.

Le roman évoque l'immense bouleversement subi par Dante, un jeune homme de 17 ans qui se retrouve père en l’espace de quelques minutes : alors qu'il se ronge les sangs dans l’attente des résultats qui décideront de son entrée éventuelle à l’université, Mélanie, une amie dont il n’a plus aucune nouvelle depuis deux ans, débarque chez lui et lui "dépose un paquet" pour le moins inattendu : Emma, presque un an, leur fille, née d’un (fugace) moment d’égarement favorisé par une ébriété avancée. Mélanie lui confie Emma, le temps d’aller faire quelques courses ; elle ne reviendra pas.

C’est le ciel qui tombe sur la tête de Dante : tout ce pour quoi il s’est battu s’écroule, le voilà avec un bébé sur les bras au moment où il s'apprête à entrer en fac dans le but de se forger un avenir lié au journalisme.

Dante vit avec son papa et son frère Adam ; sa maman est décédée une dizaine d'années auparavant et son absence se fait toujours très cruellement sentir au sein de la famille ; les relations entre Dante et son père ne sont pas au beau fixe, la maladresse est le plus souvent de mise. Le sourire du trio, c'est Adam, le frère de 16 ans, toujours à "positiver".

Une fois n'est pas coutume, c'est un adolescent qui se retrouve confronté à son bébé non désiré, et pas une adolescente ; le premier chapitre le plonge tout de suite dans le bain avec l'arrivée improbable de "la chose", cette enfant qu'il lui faudra apprendre à (pré)nommer dans un premier temps, lui qui n'aura même pas eu neuf mois pour se préparer à cette idée.

Passés les premiers moments où il se demande comment il va pouvoir "se débarrasser" d'Emma, Dante est contraint de s'organiser, évacuant petit à petit l'idée de continuer ses études pour envisager (d'essayer) de trouver du travail. S'ajoutent les nuits blanches, les contacts qui s'espacent de plus en plus avec ses copains, les journées sans fin passées à s'occuper exclusivement d'Emma, la fatigue...

Le récit est écrit à deux voix : celle de Dante et celle d'Adam ; le "petit frère" apparemment heureux souffre également : il est gay, l'assume pleinement, tout comme sa famille, mais "les autres", c'est malheureusement une tout autre histoire. Un relent des attitudes homophobes de ces derniers temps...

J'ai vraiment aimé ce roman : le cheminement progressif de Dante, la remise en question de chacun grâce à Emma, Adam, tellement pétillant, rempli d'humour avant... C'est alors que se déroulent les événements les plus poignants...

Traduction : Amélie Sarn.


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27/04/2013

Delirium, Livre 2 : Pandemonium, Lauren Oliver

Présentation. Lena vit dans un monde où le gouvernement impose aux jeunes de 18 ans une opération pour les immuniser contre l’amour. À la veille de son opération, Lena découvre ce sentiment interdit avec Alex et ensemble, ils décident de s’enfuir. Mais seule Lena y parvient.

Après s’être échappée de Portland dans le Maine, Lena rejoint une communauté d’Invalides - les résistants au système - réfugiée dans la Nature. Là-bas, elle se transforme en guerrière de la résistance. Un futur sans Alex semble d’abord inimaginable, mais Lena va de l’avant. Elle combat pour lui et pour un monde où l’amour ne serait plus considéré comme une maladie. Entraînée dans un mélange explosif de révolution et de contre-insurrection, Lena doit lutter pour survivre et croire encore que l’amour est possible, et plus encore : souhaitable...

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Mon avis. J’avais littéralement été emballée par Delirium et quand une de mes élèves a proposé de me prêter cette suite [merci Éva], j’ai bien sûr accepté. [Je lui ai tout de suite demandé si Alex était vivant parce que j’en étais intimement persuadée mais, heureusement, elle n'a pas voulu me répondre].

Si j’ai apprécié ce livre 2, mon enthousiasme est moindre que pour le premier épisode ; peut-être tout simplement est-ce en raison de l’effet de surprise forcément moins présent ? Probablement (aussi) à cause du découpage du récit alternant les "avant" et les "maintenant", obligeant le lecteur (moi) à recadrer chaque fois les choses et évacuant une partie du suspense potentiel : quand on pourrait éventuellement s’inquiéter du sort réservé à un personnage dans "l’avant", cela devient impossible s’il apparaît dans la partie "maintenant" - vous me suivez ? -.

L’action est bel et bien présente mais elle est souvent subie, ce qui m’a donné l’impression que le récit s’enlisait de temps à autre et m’a en quelque sorte un peu éloignée de Lena. Un nouveau venu acquiert parallèlement progressivement (beaucoup de) consistance : Julian, l'exemple (forcé) incarné de l'autorité suprême.

En revanche, la dernière partie m’a plu, énormément : il m’a semblé retrouver la Lena maîtresse de son destin. Seule, ou presque, envers et contre tout. Seule, ou presque, envers et contre tous. En outre, elle affine sa pensée et réalise que les clans en présence ne sont décidément pas blancs ou noirs : le gris domine, irrémédiablement. Partout. [Spoiler : j'ai pesté en lisant le dernier mot, je l'avais attendu durant une bonne partie du roman mais là, c'était "trop tard", je ne voulais plus le voir s’inscrire même si c’était couru d’avance…]

Traduction : Alice Delarbre.

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24/04/2013

Impossible de grandir, Fatou Diome

Présentation. Salie est invitée à dîner chez des amis. Une invitation apparemment anodine mais qui la plonge dans la plus grande angoisse. Pourquoi est-ce si "impossible" pour elle d'aller chez les autres, de répondre aux questions sur sa vie, sur ses parents ? Pour le savoir, Salie doit affronter ses souvenirs. Poussée par la Petite, son double enfant, elle entreprend un voyage intérieur, revisite son passé : la vie à Niodior, les grands-parents maternels, tuteurs tant aimés, mais aussi la difficulté d'être une enfant dite illégitime, le combat pour tenir debout face au jugement des autres et l'impossibilité de faire confiance aux adultes.

À partir de souvenirs personnels, intimes, Fatou Diome nous raconte, tantôt avec rage, tantôt avec douceur et humour, l'histoire d'une enfant qui a grandi trop vite et peine à s'ajuster au monde des adultes. Mais n'est-ce pas en apprivoisant ses vieux démons qu'on s'en libère ?

"Oser se retourner et faire face aux loups", c'est dompter l'enfance, enfin.

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Mon avis. Les billets se suivent et ne se ressemblent pas (du tout), même si la maison d'édition est identique...

Ce fut à certains moments laborieux pour moi de lire ce récit… Il y eut d’abord de la curiosité afin de découvrir ce qui est, pour Salie, pénible au point de donner à l’évocation de toute invitation au domicile d’une connaissance, voire d’un(e) ami(e), les allures d’un calvaire.

Ensuite vint souvent l’ennui lors des (trop) longues réflexions retardant le déroulement de l’histoire. Pourtant, de temps à autre, la relation de bribes du passé de Salie (un prénom qui sonne en français comme l'adjectif révélateur d’une douloureuse et indélébile réalité) apporte un relent d’intérêt avant de laisser de nouveau la place à de nouvelles digressions.

Si je n'avais pas reçu ce roman en SP, il y a fort à parier que je n'en aurais pas poursuivi la lecture mais tenace, je l'ai été, à l'instar de Salie, ou plus exactement de la Petite. J'avais aussi, "malgré tout", envie de savoir si elle allait finalement - ou pas - se rendre à ce dîner ("souper" dans notre Plat Pays).

Demeure l’impression que l’invitation en question agissait comme une espèce de "pré-texte" pour raconter la souffrance de la Petite, cette enfant marquée à jamais par le sceau de l'illégitimité et qui a eu la chance d'être choyée par des grands-parents profondéments aimants, alors qu'elle était rejetée de tous.


   "J'aurais pu écrire des sagas autour des mots grand-mère et grand-père ; en revanche, papa et maman ne m'inspirent même pas un sonnet. [...] On a beau relativiser, rien ni personne ne remplace ceux qui devaient être là et qui ont fait défaut." [p. 230]

   "J'écris, pour tous ceux auxquels on a fait payer, enfants, ce qu'on reprochait aux adultes. [...] J'écris, pour tous ceux qui ont l'amer goût de l'abandon au fond de la gorge et gardent l'élégance de sourire à chaque aube." [p. 312]


Je suis presque certaine que j'aurais beaucoup apprécié ce livre s'il avait rapporté les souvenirs passés sans ces (très) longues parenthèses du présent.

Yo sólo quiero caminar ! revient comme un leitmotiv tout au long du texte : moi aussi, je voulais avancer mais plutôt parce que j'étais désireuse de "passer à autre chose"...


Ce titre entre dans la ronde 2 du challenge Foire aux Questions

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | | Envoyer cette note

La fille seule dans le vestiaire des garçons, Hubert Ben Kemoun

Présentation. Tout commence par un baiser, comme une chance, une promesse pour Marion. Une aubaine pour une jeune fille toujours si maladroite avec les garçons. Mais ce baiser va faire de sa vie un enfer. Peu à peu, la honte laisse toute la place à la rage, et Marion prépare sa vengeance. Sans réfléchir aux conséquences de ses actes...

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Mon avis. Voici un bon petit roman qui traite de faits d’actualité, dans le cas présent liés aux adolescents : la diffusion, sur ce que l’on nomme maintenant les réseaux sociaux, de vidéos parfois tournées sans l’assentiment des principaux intéressés.

Marion est une adolescente comme beaucoup d’autres : peu à l’aise dans sa "vie publique", entendez par là au collège, elle tâche de passer inaperçue, de se fondre dans la masse, sauf quand elle réagit au quart de tour pour moucher de façon bien sentie son adversaire du moment. Mais intérieurement, elle souffre d’être cataloguée "intello", une de celles que les autres laissent la plupart du temps de côté, sauf quand ils ont besoin d’elles pour (recopier) l’un ou l’autre travail.

En outre, elle ne sait (in)visiblement pas y faire avec les garçons et c’est quand elle va se rebeller de manière (très) "énergique" avec un Enzo par trop entreprenant (ce lourdement "chiant" a presque failli se retrouver émasculé) qu’elle met la main (en l’occurrence le pied) dans un engrenage particulièrement dangereux.

C’est l’escalade : il est hors de question pour Enzo, un des caïds du collège, de ne pas laver l’affront dont il a été "victime". C’est alors qu’intervient la diffusion sur le Net d’une séquence qui humilie Marion…

Marion, blessée au plus profond d’elle-même, décide alors de se venger et prépare minutieusement son coup mais sans mesurer l’ampleur de son geste et surtout, surtout, ses conséquences.

J’ai apprécié ce récit qui devrait plaire aux jeunes ; le personnage de Marion est tout à fait représentatif de l’adolescente qui se débat dans les filets imposés par sa vie : un père parti au loin et qu’elle soupçonne d’avoir oublié jusqu’au prénom de ses enfants, une mère qui souffre elle aussi de solitude, de rares connaissances qui ne feront jamais office d’amis, pas même de copains.

Deux rayons de soleil, malgré tout, dans son existence : la guitare alliée au chant, ainsi que son frère de huit ans, Barnabé alias Barny, une vraie pipelette, un petit bonhomme qui amène dans le récit de savoureux moments d’humour.

La tension monte progressivement et je dois avouer que j’ai dû retenir ma respiration lors de la séquence musclée qui précède l’épilogue…

   "Mon carnet noir, celui rempli de mes compositions, de mes poèmes en slam ou en musique, de quelques pensées parfois profondes et souvent futiles mais si précieuses à mes yeux. Pas un journal intime, plutôt un déversoir d’orage comme en creusent les terrassiers au bord du canal pour qu’il ne déborde plus sur les magasins du quai et n’inonde plus leurs caves. Un déversoir de tout ce que je ne savais pas dire, des mots, des lignes, des strophes tellement personnelles…" [p. 35]

   "Marion, celle qui ne fait jamais de vagues, celle qui savait si bien se faire oublier, revenait. Ah bon, elle était absente ? J’avais pas remarqué… avaient sans doute murmuré quelques-uns des élèves de ma classe." [p. 105]

Ce récit illustre la rage dans la série "Toutes les émotions dans une collection" ; merci à Flammarion pour ce partenariat.

14:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | | Envoyer cette note

21/04/2013

Dès l'aube, Isabelle Florel

Présentation. 1942. Madeleine, veuve depuis peu, surprend un inconnu dans sa remise. Un clandestin, prêt à tout pour passer la ligne de démarcation et entrer en zone libre dès l'aube. Malgré ses réticences, elle lui offre l'hospitalité. Enveloppés dans cette nuit singulière, ils se lient dans l'attente et le silence... Elle partira ensuite à la recherche du clandestin qu'elle a hébergé chez elle le temps d'une nuit.

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Mon avis. Un court roman dont le point de départ se trouve être la rencontre fugace entre Madeleine, veuve dont la maison se situe tout près de la ligne de démarcation, côté occupé, et un inconnu désireux de passer en zone libre.

Un échange intense entre deux personnes qui, malgré sa brièveté, laissera une empreinte indélébile sur l'existence de la jeune femme. À tout le moins.

Le récit se lit aisément et m’a entraînée sur des sentiers que je ne pensais pas parcourir dans le sens où, contrairement à ce que j'avais perçu, c'est sur les traces du passé de ce Simon entrevu que se lancera Madeleine, et non à sa poursuite.

Un trajet à rebours en quelque sorte qui la plongera, malgré elle (?), dans l’enfer de cette guerre qu’elle avait, jusqu’alors, réussi à tenir, tant que faire se peut, à distance respectable...

Merci aux Éditions J'ai Lu pour ce partenariat.


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 119 du challenge des 170 idées : des cheveux.

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16:56 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | | Envoyer cette note

Lire sous la contrainte, session 7

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Dans le cadre du challenge "Lire sous la contrainte", Philippe nous propose, pour cette 7e session, de lire un(des) titre(s) comportant un infinitif.

 

Échéance : le 26 mai.

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13:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | | Envoyer cette note

20/04/2013

Journal de lecture

J'ai donné à mes élèves, avant le congé de Pâques, les ultimes propositions de lecture de cette année scolaire ; à charge pour eux de lire un des romans et d'en réaliser un "journal de lecture", travail important dans tous les sens du terme.


Cette année, ils ont le choix entre


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Les Éveilleurs, Livre I : Salicande de Pauline Alphen


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La Grande Guerre, 1 : 49 jours de Fabrice Colin


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Room, Emma Donoghue


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Les Cornes d'ivoire, t. 1 : Afirik, Lorris Murail



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Le monde dans la main, Mikaël Ollivier


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Au pays des kangourous, Gilles Paris

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17/04/2013

Deux fois n'est pas coutume, Janet Evanovich

Présentation. Stéphanie Plum est chasseuse de primes. Sa spécialité : ramener les libérés sous caution récalcitrants au tribunal. Un job sans grande surprise, sauf quand il s'agit de mettre la main sur Kenny Mancuso. Un vrai coriace, trempé dans une affaire de trafic d'armes, qui passe son temps à découper des cadavres et à envoyer les morceaux à Stéphanie. Sans compter les cercueils disparus d'une entreprise de pompes funèbres... Un vrai casse-tête.

Évidemment, tout irait mieux si Morelli, flic et pot de colle, n'était pas toujours pendu à ses basques. Heureusement, Stéphanie a une grand-mère qui s'y connaît en flingues et en salons funéraires.

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Mon avis. Je cherchais dans ma PAL un livre comportant un chiffre/nombre dans le cadre du challenge "Lire sous la contrainte" et me suis décidée pour celui-ci, supposant que je devrais logiquement passer un bon moment, sans "prise de tête".

Car l’objectif poursuivi avec ce type de récit est avant tout de se payer une (bonne) tranche de (sou)rire avec Stéphanie, la "chieuse" (vous me permettez cet écart de langage ?) en service (presque) commandé et, accessoirement, de la voir (tenter de) résoudre quelques énigmes permettant de retrouver les "cavaleurs".

Il est question dans cette deuxième aventure relative à Stéphanie de retrouver Kenny Mancuso, impliqué dans de sombres trafics, voire dans un meurtre. Et comme il se fait que ce fugitif appartient à la famille de Joe Morelli, ce dernier ne la quitte pas d'une semelle, ce qui ennuie prodigieusement la jeune femme. À tout le moins apparemment car c’est "une espèce d’ex" qu’elle prend plaisir à (faire semblant de) détester.

Un autre personnage tire ici aussi son épingle du jeu : la grand-mère de Stéphanie, plus gaffeuse encore que sa petite-fille - si tant est que cela soit possible - et comme bon nombre d'épisodes se déroulent dans un funerarium où mamie Mazur passe beaucoup de temps lors des "expositions", les situations cocasses s'enchaînent malgré le lieu.

La palme revient à la scène au cours de laquelle Stéphanie reçoit un paquet livré en express, paquet qu'elle déballe en famille (père, mère, grand-mère ainsi que Morelli) et qui contient le membre raide (oui, oui, celui auquel vous osez penser) d'un macchabée.


   "Tout le monde fixa la chose avec cette horreur pétrifiée qu'on réserve habituellement aux accidentés de la route et aux grands brûlés.

   Ce fut mamie Mazur qui parla la première, avec un zeste de mélancolie.

   - Ça faisait un bout de temps que je n'en avais plus vu, dit-elle.

    Ma mère se mit à hurler, levant les bras au ciel, les yeux hors de la tête.

   - Jetez-moi ça dehors ! Mais où va le monde ? Que vont dire les voisins ?

   Mon père, assis au salon, se décolla de son fauteuil et vint dans l'entrée pour voir l'origine de ce tohu-bohu.

   Qu'est-ce qui vous arrive ? demanda-t-il, s'infiltrant dans la mêlée.

   Un pénis, lui répondit ma grand-mère. Stéphanie l'a reçu au courrier. On ne s'est pas fichu d'elle, soit dit en passant. [...]

   Du caoutchouc ? fit mamie Mazur. Non, ça m'a tout l'air d'être un vrai. Un peu plus décoloré que dans mon souvenir, peut-être." [p. 218]


Je continuerai sans nul doute à découvrir de temps à autre la suite des péripéties de Mademoiselle Plum.


Traduction : Philippe Loubat-Delranc.


Ce roman me permet d’ajouter une lecture au challenge "À vos nombres" et de remplir ainsi "mon contrat" mais je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin ; il entre aussi dans la session 6 (chiffre, nombre) de "Lire sous la contrainte" ; enfin la couverture me permet d’ajouter l’idée n° 31 au challenge des 170 idées : quelque chose dont on peut faire la collection (armes). 

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18:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

16/04/2013

Challenge Foire aux Questions, ronde 2

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Le thèmeCulture/Religion


La question 2 : quelle culture, religion ou pays vous intrigue le plus ? Pourquoi ?

Les pays scandinaves m'intriguent : en fait, on a souvent tendance, "par chez nous", à montrer en exemple la Scandinavie en matière d'enseignement et d'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, deux sujets qui m'interpellent puisque je suis professeur et handicapée.

En matière d'accessibilité pour les PMR, l'idée est répandue dans mon coin d'Europe que l'Amérique du Nord est aussi à la pointe. Quand j'irai enfin rencontrer Bruce (il finira bien par me trouver une petite place dans son agenda, je vous le dis), je le saurai.

En quelque sorte l'envie d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs...


Lire un livre écrit par un auteur qui vient d’un autre pays, n’importe lequel !

Cela ne me pose pas de problème étant donné ceux qui attendent bien bravement dans ma PAL et puisque je viens de commencer Impossible de grandir de Fatou Diome (auteure franco-sénégalaise), va pour celui-là.


Échéance : 15 juin.

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15/04/2013

"Comme à l'école", session 2

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Cette 2e session court du 15/04 au 15/06 ; la lettre est le "O" (premier mot du titre sans l'article éventuel) ; le thème est "Métier".

Je me suis inscrite en mode 2 pour cette session : je lirai donc un livre dont le titre et/ou la couverture évoque un métier.

De plus amples renseignements sont disponibles chez Gr3nouille.

21:39 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | | Envoyer cette note

Le rêve d'Amanda Ruth, Michelle Richmond

Présentation. La narratrice est Jenny, l’amie d’Amanda Ruth dont le rêve était d’aller au moins une fois en Chine, sur la terre de ses ancêtres, le long du Yang-Tsé-Kiang, le troisième fleuve le plus long du monde, jusqu’aux vieux villages du barrage des Trois-Gorges. Seulement voilà, Amanda a été étranglée chez elle en Alabama et c’est pour disperser ses cendres dans l’eau du fleuve que Jenny fait le voyage quatorze ans après. [...]

Jenny a une autre raison d’entreprendre cette longue croisière ; elle espère ainsi retrouver l’amour de Dave, son mari, qu’elle est en train de perdre. Le destin cependant en décide autrement et chacun d’eux fait une rencontre décisive qui les éloigne l’un de l’autre plus qu’ils ne pensaient.

Jenny, sur le navire, tombe sous le charme de Graham, un homme charmant mais dont un douloureux secret pèse lourd sur la dernière partie de ce voyage qui se révèle pour la narratrice une véritable recherche de sa propre vérité.

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Mon avis. J’avais énormément apprécié L’année brouillard de Michelle Richmond (qui m'avait valu le premier commentaire d'auteur sur mon blog) et lorsque le mot "rêve" a été tiré au sort pour la 15e session du challenge "Un mot, des titres…", je n’ai pas hésité longtemps et me suis lancée dans la découverte de ce récit. Je l’ai apprécié même si je n’ai pas été conquise comme lors de la lecture de L’année brouillard.

Mélancolie, tristesse, douleur, souffrance sont pour moi les maîtres-mots de ce roman qui raconte le(s) rêve(s) d’Amanda Ruth au fil de la "croisière" réalisée quatorze ans plus tard par celle qui fut son amie, sa véritable amie.

Amanda Ruth, une jeune fille "qui aime d’autres filles", est assassinée alors qu’elle a dix-huit ans et Jenny a été marquée à vie, et par cette amie irremplaçable, et par ce drame. Elle se retrouve en "croisière" sur le Yang-Tsé-Kiang, décidée à éparpiller les cendres d’Amanda Ruth dans le barrage des Trois-Gorges. Amanda Ruth avait en effet un rêve : celui de se rendre sur la terre de ses ancêtres ; en effet, son père est chinois mais, au grand dam de celle-ci, il a choisi de garder un silence absolu sur son pays d’origine.

Jenny espère également que ce voyage va pouvoir la rapprocher de son mari qui l’a quittée quelques mois auparavant ; elle l’aime encore et sent qu’elle joue son va tout…

C’est au rythme d'un fleuve parfois tumultueux, parfois calme que Jenny dévide l’écheveau de leurs histoires, évoquant tantôt les souvenirs (in)souciants avec son amie disparue, sa propre vie avec Dave en train de s’effilocher et cette rencontre inattendue avec Graham, un passager du bateau qui, lui aussi, jouera un rôle fondamental dans ce que Jenny décidera de faire des années à venir…


Traduction : Sophie Aslanides.


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 10 du challenge des 170 idées : une(des) main(s).

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14/04/2013

L'apothicaire, Henri Lœvenbruck

Présentation. "Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..."

Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï.

Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L'Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l'âme humaine.

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Mon avis. Un grand merci aux Éditions J’ai Lu qui m’ont proposé cette "immersion médiévale" extrêmement intéressante et divertissante. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir l’auteur dans un registre différent puisque je n’ai, jusqu’à présent, lu que l’intégrale de La Moïra ainsi que la saison 1 de Sérum (1, 2, 3, 4, 5, 6).

Une plongée au cœur du Moyen Âge, période pétrie de religion, de religiosité même, avec ce qu’elle comporte d’abus ; y apparaît d'ailleurs bien évidemment l’Inquisition, institution sanguinaire s’il en est…

Nous sommes au début du XIVe siècle et le récit commence par la découverte du personnage qui donne au livre son titre : l’apothicaire Andreas Saint-Loup. Celui-ci tient commerce à Paris, c’est un homme brillant, érudit, chez qui la raison occupe une place essentielle… la religion, nettement moins, ce qui lui a déjà valu "quelques soucis".

Enfant abandonné sur le parvis d’une église, il a été recueilli et instruit par l’abbé Boucel avant de s’en aller faire son apprentissage à Saint-Jacques de Compostelle et de s’en revenir ouvrir apothicairerie à Paris, dans la rue Saint-Denis, non loin du quartier où les fillettes au langage fleuri font commerce de leurs charmes.

Les réflexions qui concernent ce récit commencent avec l'apparition soudaine, dans le logis d'Andreas, d'une pièce à l'entresol dont notre homme n'a nul souvenir, pas plus lui que ceux qui vivent à ses côtés. Premier fait troublant.

En outre, un tableau le représentant semble "avoir perdu", subitement, la personne figurée avec lui et dont il ne se souvient pas non plus. Deuxième fait troublant.

Il n'en faut "pas plus" pour qu'Andreas veuille à tout prix (tenter de) faire la lumière sur ces faits qui heurtent considérablement sa personnalité rationnelle. Il va y risquer la vie ainsi que celle de ceux qui le côtoient...

Parallèlement, le lecteur découvre Aalis, une jeune Biterroise, fille de drapiers, contrainte de quitter sa ville natale suite à un drame qui la marquera à jamais. Son chemin finira bien sûr par croiser celui de l'apothicaire, lancé sur des chemins extrêmement dangereux en compagnie de Robin, son apprenti.

J'ai apprécié les personnages du récit : l'apothicaire lui-même, désireux de trouver des réponses plausibles, entendez par là rationnelles, aux questions suscitées par ces énigmes ; Robin, curieux de tout, un jeune homme qui pousse parfois Andreas dans ses derniers retranchements, aidé en cela d'Aalis qui nous montre, si besoin était, qu'il ne faisait décidément pas bon être (jeune) fille (jolie) à cette époque.

Un colossal travail de documentation qui plonge le lecteur dans une période historique terriblement dure et extrêmement riche à la fois, à tous égards. Le suspense est présent, tout comme l'aventure, la réflexion relative à la société, la superstition, la soif de pouvoir, les (tristes) excès de l'Église, l'ésotérisme...

J'ai aussi goûté les remarques adressées par le narrateur au lecteur, nombreux clins d'œil permettant d'apporter quelque éclairage parfois nécessaire.

Le périple de l'apothicaire et ses compagnons vous entraînera sur les routes de France, de Navarre et bien plus loin encore ; vous y croiserez, (pas) au hasard (du tout) des pages, les Templiers, Philippe le Bel, le Grand Inquisiteur en fonction, tout comme les petites gens qui aussi font l'H(h)istoire.

Et si d'aventure, vous ne jurez que par la raison et la logique... hé bien, lisez-le quand même : la logique est bel et bien à l'œuvre. En témoigne la dernière ligne.

 

La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 27 du challenge des 170 idées : un livre.

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17:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | | Envoyer cette note

12/04/2013

Ma chère folie, Céline Gierts

Présentation. Bienvenue dans le monde de Chloé, jeune femme internée observant un monde à la fois absurde et attendrissant.
Un récit poignant, vivant au cœur de l'humanité qui nous rappelle combien les frontières sont étroites.


"Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente."  Saint-Exupéry

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Mon avis. C’est Philippe qui m’a gentiment prêté ce roman qu’il a lui-même "chroniqué" (et qualifié de "coup de cœur") voici quelques semaines et j’ai profité du challenge Foire aux Questions pour le lire.

Quelle belle découverte, quel texte superbe et à fleur de peau, à l’image de Chloé, l’héroïne bien malgré elle de ce récit circonscrit par les murs blancs d’un hôpital psychiatrique où l’on soigne (tente de soigner) les bleus à l’âme.

Chloé a vingt ans, elle a décidé d’écrire cette non-vie, cette "vie" à côté, cette "vie" en dehors. Ou plutôt en dedans, en fait. En compagnie des fourmis laborieuses qui la côtoient sans la voir, ces dames en blanc pour qui elle n'a pas d'existence :

"Je m'appelle Chloé, je tiens à mon nom, c'est tout ce qu'il me reste de mon identité.

Rares sont les personnes en blanc qui le prononcent quand elles entrent dans la chambre. Je ne dis pas MA chambre car tout est organisé pour qu'elle ne m'appartienne pas. On ne peut rien accrocher aux murs, la porte s'ouvre au gré de la volonté des visiteurs et non de la mienne, je ne peux rien posséder dans ce lieu, même pas mon propre corps que je lave et habille aux heures imposées sans aucune intimité. D'ailleurs, je me suis détachée de ce corps, de ma pudeur. Je ne vis plus que dans ma tête, seul endroit où je peux contrôler les choses ou au moins essayer..."[p. 15]

Il y a pourtant Clochette pour qui elle semble exister : "Parfois, la douce infirmière blonde du lundi chuchote "Bonjour Chloé" et sa voix résonne en moi comme une caresse, une vague de tendresse que je me répète en boucle en balançant mon corps pour accompagner cette mélodie magique..." [p. 16].

Renée aussi est présente, "la plus colorée du tableau", qui anime des ateliers créatifs. Tout comme Paula et son "grand sac à merveilles" ; avec elle se tisse un lien ténu. Et puis Thomas, aux bras abîmés, au regard (dé)voilé par ses longues mèches noires, ce jeune homme dont elle n'a jamais entendu le son de la voix mais qui emplit le vide de sa présence.

"Mes yeux pleurent de plus belle. Merci Thomas d'être différent des autres, d'aimer comme moi, toutes les fleurs, même celles qu'on n'attend pas, merci de ne pas faire de différence. Merci de comprendre que je ne peux pas supporter ton regard qui ressemble au mien, de comprendre que j'ai froid mais que je suis incapable de rentrer." [p. 86 - 87]

Les mots de Chloé sont poignants, transcrits tel un chuchotement, comme une plume envolée lui permettant d'exprimer l'indicible, évoquer son absence à notre monde et sa pleine présence au sien. Différent.

Un récit émouvant mais qui, malgré (à cause de) l'enfermement, évoque la liberté, légère comme les oiseaux racontés par Chloé. À tire-d'ailes. À tire d'elle...

"Lorsqu'on nous enlève le trop peu que l'on a pour rester en vie, seuls l'attente et l'espoir nous tiennent debout." [p. 137]


La couverture me permet aussi d'illustrer l'idée n° 145 du challenge des 170 idées : quelque chose de carré (cases échiquier) ; ce titre entre aussi dans le challenge "littérature belge".

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20:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | | Envoyer cette note

06/04/2013

Louis le Galoup, 2 : Les Nuits d'Aurillac, Jean-Luc Marcastel

Présentation. Pourchassés par le Scalaire et ses limiers infernaux, Louis, Sévérin et la Roussotte ont fui leur village au bout du monde, abandonnant derrière eux innocence et enfance. Sur les conseils de Thierry, le galoup blanc, resté en arrière pour retenir leurs monstrueux poursuivants, les trois compagnons descendent la vallée pour se rendre à Aurillac et trouver asile chez Maistre Lebreton. Mais encore faut-il entrer dans la ville et, une fois dedans, pouvoir en ressortir... Les murailles peuvent vite se transformer en piège mortel, surtout quand on y est enfermé avec les loups. Dans la nuit qui monte, une tourmente approche, terrible, carnivore, sans repos, et cette tourmente a un nom... Malemort. Le Grand Veneur chasse et sa proie... c'est Louis.

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Mon avis. Nouvelle plongée dans l’univers particulier de Jean-Luc Marcastel en (belle) compagnie de Louis, Séverin et La Roussotte (me sens un peu concernée, là). La langue est conforme au souvenir que j’en ai gardé : chantante, fleurie, diablement (!) imagée, colorée, aux chaleureuses tonalités médiévales…

Les trois jeunes gens arrivent fourbus à Aurillac, poursuivis par les troupes maléfiques au service de l’infâme Malemort et si je devais ne retenir qu’un seul mot pour évoquer cet opus, ce serait le mot "atmosphère", une "belle gueule (!) d’atmosphère". Une manière de peur, comme prendrait volontiers plaisir à l’évoquer, je crois, l’auteur, une peur qui sourd de la pierre dégouttante de pluie d’Aurillac, inquiétude déclinée sous toutes ses formes : tantôt sourde appréhension, tantôt angoisse prégnante ou encore effroi, voire terreur lorsque les troupes à la cape noire sillonnent ruelles et venelles.

Peu de progression véritable dans le périple du Galoup et de ses compères d’infortune : il est surtout question de survivre à ces quelques jours enfermés dans cet antre désormais sous l’emprise du Malin fait loup, en compagnie de Maistre Lebreton et Dame Saniya.

Un épisode qui va voir Louis prendre la pleine mesure de son étrange personnalité, celle qui deviendra ce qu'il en fera.


   "C'était la première fois de sa vie que Louis posait les pieds et ce qu'il y avait au-dessus dans une ville.

   Aurillac !

   Il en avait entendu parler, bien sûr. Les bavards, Castanier le premier, en avaient plein la gueule, des histoires sur Aurillac. Mais avec ce cep de menterie qui leur tenait lieu de langue, et qui vous brodait sornettes comme vieille femme napperons, on se méfiait de leurs paroles. [...]

   Le travail du feu et du fer chantait sur mille tons. Ici, on martelait aussi léger que le bec d'un pinçon picorant quelques graines, là, on martyrisait l'oreille à grands coups sonores et puissants.

   Le métal se mariait au métal en une danse violente ou subtile.

   Ce métal, il débordait de partout, poussant dans la rue comme chiendent. Il rutilait devant chaque échoppe de son éclat gris. Il étincelait en reflets roux sur quelques marmites de cuivre, jetait des oeillades mauvaises depuis le tranchant d'une faux..." [p. 42 - 46]


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 166 du challenge des 170 idées : un appartement, une maison...

22:18 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | | Envoyer cette note

05/04/2013

Challenge Foire aux Questions

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Ce challenge est le prolongement de celui intitulé "Quelle est ta réponse ?"

Toutes les modalités, reconcoctées par roxinelle, sont reprises ici.


Le premier thème : culture/religion.

Ronde 1 : qu'aimez-vous le plus dans votre culture/religion ? Expliquez.

J'évoquerai la Belgique : j'apprécie beaucoup notre capacité à ne pas nous prendre au sérieux (à moins qu'il ne s'agisse de notre incapacité à nous prendre au sérieux), notre autodérision, notre humour parfois quelque peu déjanté.

Et puisque nos amis québécois sont nombreux à participer à ce challenge, voici un digne représentant de cet "humour à la belge", j'ai nommé Jean-Luc Fonck, du groupe Sttellla.

La main verte ; Les tartines ; Les Américains.


Livre 1 : lire un livre écrit par un auteur de chez vous.

J'ai décidé de lire Ma chère folie de Céline Gierts, une auteure de ma région dont Philippe m'a prêté le roman.

11:19 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | | Envoyer cette note

Traquée, Melinda Leigh

Présentation. Beth, jeune veuve remariée à un important politicien, découvre un terrible secret sur son nouvel époux. Elle doit alors prendre la fuite avec ses deux enfants pour échapper à une mort certaine. Lorsqu'elle décroche un job d'intendante dans une propriété isolée de Pennsylvanie, elle pense avoir enfin trouvé la cachette idéale. Hélas, son nouvel employeur meurt brutalement...

Quand l'inspecteur de police Jack O'Malley hérite de ce ranch, il n'est pas préparé à partager sa nouvelle demeure avec cette femme, manifestement terrifiée par quelque chose ou par quelqu'un, et encore moins au trouble qu'il ressent à chaque fois qu'il la croise. Tandis que Jack enquête sur le passé de Beth, une habitante des environs est sauvagement assassinée...

Melinda Leigh est américaine. Traquée, son premier roman, a remporté dès sa parution un grand succès aux États-Unis dans la catégorie "Suspense romantique".

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Mon avis. Même si ce roman n’est pas exceptionnel, on s'en doute, il se trouve que j’ai passé un (très) bon moment en compagnie de Beth et Jack ; un récit de vacances, en quelque sorte : ça tombe bien, je suis en congé scolaire.

Le texte propose au lecteur ce qu’il s’attend exactement à découvrir à la lueur de la 4e de couverture, ni plus, ni moins ; ainsi, l’appellation "romantique" est-elle ici pleinement justifiée. En revanche, la phrase "Elle a dix heures pour disparaître et sauver ses enfants" est trompeuse puisqu’elle ne concerne que le prologue.

À partir du premier chapitre - pour ceux qui n’auraient pas lu préalablement la présentation de l’éditeur -, autrement dit lorsqu’on assiste à la rencontre entre les deux héros, on sait exactement ce qu’il va se passer. La seule question est "quand ?" (accessoirement "où ?") et le lecteur assiste (oserais-je dire impuissant ?) à ces échanges électriques entre ce désormais ex-policier, très bien de sa personne (c'est un euphémisme) et cette femme en fuite avec ses deux enfants, très attachants et visiblement eux aussi terrorisés.

Parallèlement à cette traque menée de main de maître (!) par l'ordure de mari, le lecteur suit de temps à autre le parcours du "Tueur des berges", un serial killer particulièrement sadique qui aime "s’amuser un petit moment" avec ses victimes. Là non plus, point de surprise, on comprend très vite de qui il s'agit, malgré la (tentative de) fausse piste.

Je pense n’avoir jamais lu un roman dans lequel le mot "entrejambe" revient aussi souvent (il est bien sûr inutile que je précise qu’il est question d’entrejambes masculins ; ces messieurs - pour certains pas aussi alléchants que Jack, loin s’en faut – sont visiblement en pleine santé). En témoigne cet extrait révélateur de "la chose" qui m’a fait éclater de rire :

 

   "Et maintenant, qu'allait-il faire ?

   S'il soulevait la question avec elle, elle prendrait à coup sûr la poudre d'escampette.

   Serait-ce une si mauvaise chose au fond ? Avait-il vraiment besoin de ce tracas supplémentaire dans sa misérable vie ? C'est à peine s'il parvenait à contenir ses ardeurs, tandis qu'elle, par contre, continuait de l'ignorer. Boitiller du matin au soir avec une demi-érection commençait à le rendre irritable." [p. 129]

 

Pourquoi évoquer une "agréable lecture" ? Tout simplement parce que Jack, ma foi, ne m’a pas (du tout) laissée indifférente (...) ; que j’avais envie de savoir "où et quand" (enfin !) ; que je voulais quand même m’assurer que la crapule BCBG n’allait pas arriver à ses fins ; que j'espérais assister à l’arrestation du Tueur des berges…

Alors ? Alors ?

Alors... Motus et bouche cousue... Libre à vous de vous laisser tenter...

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

10:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | | Envoyer cette note

04/04/2013

Monsieur Blaireau et Madame Renarde, 1 : La rencontre, Brigitte Luciani et Ève Tharlet

Présentation. Glouton, Carcajou et Roussette sont d'accord sur un point : blaireaux et renards ne sont pas faits pour s'entendre ! Mais les parents ne partagent pas cet avis.

Pire : Monsieur Blaireau et Madame Renarde décident qu'ils vont tous vivre dans le même terrier !

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Mon avis. Un très bel album qui évoque, côté animal, les familles recomposées avec ce qu’elles peuvent impliquer, inévitablement, de difficultés liées au quotidien.

Madame Renarde débarque un beau jour avec sa fille Roussette dans le terrier de Monsieur Blaireau ; elles ont été contraintes de fuir le leur et Monsieur Blaireau, qui vit avec ses deux fils, Glouton et Carcajou, accepte de les héberger temporairement.

Mais il s’avère que le temporaire risque de devenir définitif, ce qui ne plaît pas aux enfants, surtout à Roussette : celle-ci prend très souvent les choses de haut avec ses deux compagnons si bien que ces derniers, accueillants au départ, finissent par y trouver ombrage. La cohabitation paraît impossible…

Les dessins sont de toute beauté, les superbes aquarelles enchantent le regard, mariant avec bonheur douceur, légèreté et précision ; j'ai d'ailleurs préféré acheter le grand format pour pouvoir les savourer pleinement.


Cet album me permet de participer, une deuxième fois, à la première session du challenge "Comme à l'école" ; il illustre en outre l'idée n° 142 du challenge des 170 idées : quelque chose avec des poils.

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13:23 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | | Envoyer cette note

03/04/2013

La Décision, Isabelle Pandazopoulos

Présentation. En plein cours de maths, Louise, jeune fille sans histoires, excellente éléve de Terminale S, a un malaise. Samuel, le délégué, l’accompagne aux toilettes. Du sang s’écoule, Louise ne répond plus. Hémorragie ? Suicide ?

En fait, la jeune fille a accouché. Elle ne savait pas qu’elle était enceinte, mais elle a donné naissance à un petit garçon de 3,3 kg. Pourtant, Louise affirme qu’elle n’a jamais couché avec personne… Alors que s’est-il vraiment passé ? En état de choc, la jeune fille ne peut accepter la réalité. Pourtant, il lui faut décider du sort de son enfant : le garder ou le confier pour adoption. Elle n’a que quelques semaines. Et un long chemin à faire…

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Mon avis. J’ai reçu ce livre en tant que chroniqueuse onlitplusfort ; n’étant pas a priori spécialement intéressée par le sujet, je l’ai laissé de côté avant de le sortir de ma PAL en ce début de congé pascal.

Sans préambule, le lecteur est plongé dans l’histoire de Louise, cette élève de Terminale, jolie, brillante, sans souci particulier apparent ; un jour d’octobre, elle arrive nauséeuse en cours de math, souffrant de crampes très douloureuses au point de quitter précipitamment la classe. Dans les toilettes, l’inimaginable : elle met au monde un petit garçon.

Déni de grossesse à la puissance 10 car Louise clame haut et fort que jamais, au grand jamais, elle n’a eu de relations sexuelles de sa vie. Incompréhension pour tous : pourquoi ne veut-elle maintenant "re-connaître" les faits ? Incompréhension pour elle surtout : elle se débat (presque) seule contre tous, tel un insecte enfermé sous globe qui n’entrevoit aucune issue, se heurtant à la paroi quelle que soit la direction empruntée, inexorablement privé d’air.

Le récit propose le regard de divers protagonistes impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans cette histoire : parents, amis, psychologues… et bien sûr, Louise elle-même.

Il s'agit dans un premier temps de laisser s'immiscer en elle l'idée qu'elle a accouché ; quant à éventuellement "se sentir mère", c'est une tout autre histoire, foncièrement, intimement douloureuse, celle qui mènera à la Décision, un mot à la majuscule essentielle et dont le sens occupe toute la place de cette immense béance...


   "Les larmes ont cessé de couler mais le nœud qui me serrait la gorge ne s'était pas dissous. J'étouffais. Il fallait que je sois seule. J'ai repoussé ma mère. C'était pas du chagrin. Ça n'avait pas de nom, ça ne se consolait pas, ça ne s'oubliait pas, c'était là, c'était moi tout entière. [...] J'ai croisé son regard qui me fixait avec une anxiété qu'elle a tenté de masquer en esquissant un sourire. J'ai posé un baiser furtif sur sa joue en passant, ça l'a émue aux larmes, elle aurait bien voulu me prendre dans ses bras. Elle était encore pleine de toutes ces illusions que, moi, j'avais perdues, pleine de larmes et de sentiments quand j'étais vide.

   Elle était mère, j'avais refusé de l'être." [p. 94 - 97]


Une belle écriture pour un récit poignant.


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 6 du challenge des 170 idées : un objet d'enfance (landau).

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11:52 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (8) | | Envoyer cette note