30/10/2014

Une autre idée du bonheur, Marc Levy

Présentation. Quand une vie ordinaire devient extraordinaire.

Philadelphie. Au premier jour du printemps 2010, Agatha sort de prison, mais pas par la grande porte. Après trente ans derrière les barreaux, il ne lui restait que quelques années à faire. Alors pourquoi cette évasion ?
Dans une station-service proche du campus, elle s'invite à bord de la voiture de Milly et l'entraîne dans sa cavale sans rien lui révéler de sa situation.
Dotée d'un irrésistible appétit de vivre, Agatha fait voler en éclats la routine confortable de Milly. Trente ans les séparent, mais au fil du voyage les deux femmes partagent ces rêves qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser et évoquent ces amours qui ne s'éteignent pas.
Cinq jours en voiture à travers les États-Unis... À chaque étape, une rencontre avec un personnage surgi du passé les rapprochera du secret d'Agatha.
Jusqu'où devons-nous aller dans notre quête insatiable du bonheur ? À quoi ne faut-il jamais renoncer ?

Dans ce roman, Marc Levy réaffirme notre besoin inconditionnel de liberté et nous fait aussi découvrir un pan méconnu de l'histoire américaine.

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Mon avis. Il y a longtemps que j'avais lu un récit de Marc Levy ; celui que j'ai préféré demeure l'un de ceux qui ont parfois déplu à ses fans inconditionnels, à savoir Les enfants de la liberté.

J'ai reçu celui-ci pour mon anniversaire et je n'ai pas tardé à l'ouvrir.

Ce roman se lit aisément et rapidement, je me suis retrouvée dans une espèce de road movie qui n'est pas sans rappeler Thelma et Louise ; en l'occurrence, ici, Agatha et Milly.

Le lecteur découvre dans un premier temps Tom, celui qui se lance à la poursuite d'Agatha : cette dernière vient de s'évader de prison alors qu'elle approchait "tout doucement" de sa libération. Ensuite, focus sur Milly dont l'existence, monotone, est réglée comme du papier à musique.

Les deux femmes, que tout sépare, vont faire un (long) bout de chemin ensemble : l'une évoque son passé pour "mieux" échapper à son futur ; l'autre tient peut-être là l'occasion d'écrire son avenir dans d'autres tonalités. Peut-être. Sur leurs traces, le fameux Tom qui, visiblement, a bien connu la fugitive.

J'ai passé un agréable moment en compagnie des personnages malgré un (fameux) bémol : la fin que j'ai trouvée (beaucoup) trop "facile".

 

La couverture illustre l'idée n° 42 du challenge des 170 idées (borne, point de repère d'une ville).

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20:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

28/10/2014

Challenge "Un mois = une consigne"

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Je me suis inscrite à un nouveau challenge pour 2015 : "Un mois = une consigne".

Il s'agit de lire au moins un livre par mois répondant à une consigne particulière, à savoir :

 

Janvier : Lire un roman sorti/édité en 2014.


Février : Quel est ton genre favori ? Lis donc un livre de ce genre...


Mars : Lire un roman dont le nom ou prénom de l'auteur commence par T.


Avril : Si on lisait une romance pour l'arrivée du printemps ? Vous n'aimez pas ça ? Ok alors vous pouvez lire un roman Young Adult...


Mai : Lire un livre de moins de 200 pages.


Juin : En été, on va lire un roman d'un auteur francophone.


Juillet : Sous le parasol, on va lire un roman dont l’héroïne est une femme.


Août : Un livre jaune sera entre vos mains en ce mois d'août.


Septembre : C'est la rentrée alors on va lire un livre de la rentrée littéraire.


Octobre : Halloween viendra frapper à ta porte, alors tu liras un roman effrayant.


Novembre : Envie de découvrir un auteur ? C'est le moment: sors de ta pal un livre dont tu ne connais pas encore l'auteur...


Décembre : La neige couvrira la couverture de ton roman (couverture blanche ou à motif de neige).

 

Pour les renseignements, c'est ICI.

20:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Challenge "Comme à l'école", session 10

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Les modalités ?

Il s'agit de lire au moins un titre commençant par une lettre imposée (mode 1) ou un livre ayant un rapport avec le thème imposé (mode 2) ou encore un livre combinant les 2 : lettre et thème imposés (mode 3).

Cette dixième session court du 27/10/14 au 01/01/15 ; la lettre est le "C" (premier mot du titre sans l'article éventuel) ; le thème est "musique".

Je me suis inscrite en mode 2 pour cette session.

 

De plus amples renseignements sont disponibles chez Gr3nouille.

20:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/10/2014

Renaissance, Jean-Baptiste Dethieux

Présentation. Le psychiatre m’avait pourtant prévenu. Il ne fallait pas tenter cette plongée dans les abîmes, tout seul. Surtout pas ! Vouloir remonter le temps ou plutôt le dérouler sans l’aide d’un compagnon de route, d’un guide de haute montagne aguerri, grand connaisseur du terrain et de tous les pièges que représente cette virée dans les recoins de ma mémoire, c’était de la folie !

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Mon avis. Ce récit entraîne le lecteur dans les méandres d'une mémoire entre parenthèses, qui ressemble à une plongée en eaux troubles.

Une histoire d'absences se (dé)voile au lecteur : celles auxquelles Jean Malenc est visiblement sujet, son esprit semblant dériver plus souvent qu'à son tour sur des rives nébuleuses ; celles relatives à la disparition des deux femmes de sa vie, à savoir sa femme Liz et sa fille et Blanche.

L'homme est bien décidé à faire la lumière sur ce qu'il leur est arrivé, même s'il doit, pour cela, remuer un passé qui risque de mettre au jour des secrets enfouis.

Ce roman se lit facilement et, dans d'incessants allers et retours, égare le lecteur sur les sentes à peine tracées de sous-bois étranges au bout desquelles s'esquissent quelques réponses...

Merci aux éditions Taurnada pour cette découverte.

Ce titre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 2 %" (15/6) et "A la découverte d'auteurs" (24).

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20:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Méandres

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (139).

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© Kot

 

Si près, si loin...

Elle marche devant moi et je ne vois qu'elle, mes yeux s'abreuvent de ses courbes parfaites ; son déhanchement à peine perceptible fait naître en moi des délices que je n'ose pas encore me formuler...

Depuis des semaines, elle passe de temps à autre devant la boutique. Oh, je suppose que je ne l'ai pas remarquée la première fois, elle a dû n'être qu'une image fugace bien vite envolée jusqu'à ce qu'un mercredi matin, je la voie nettement se détacher sur le fond de ma routine. Peut-être en raison de sa robe rouge. Éclair flamboyant dans ma grisaille quotidienne au milieu de l'encadrement de la vitrine. Feu rétinien. Arrêt sur image qui s'éternise à tel point que lorsque je me secoue enfin et franchis la porte de ma boutique, elle a disparu. Je rentre dans mon antre, me demandant si j'ai rêvé. Je retrouve les couleurs variées des tatouages des clients, jeunes ou moins jeunes, venus imprimer dans leur chair qui un désir, qui un soupir, qui un espoir.

Deux jours plus tard, nouvelle fulgurance, le temps de boire du bleu sous de longs cheveux châtain. Cette fois, je me dégrise presque instantanément et pousse la porte qui s'ouvre vers cet ailleurs que j'ai à peine entrevu. J'ai planté là le type venu marquer son avant-bras avec le clown du maître King, sans doute poussé par les blagues de mauvais goût perpétrées ces dernières semaines dans le nord de la France par des plaisantins en "mâles" de sensations. Je l'avoue, je l'ai suivie quelques centaines de mètres avant de rebrousser chemin. Piteuse mine de celui qui n'ose.

Depuis des semaines, client ou pas client, je scrute chaque jour la rue, avide de revoir la piétonne de mon cœur. Lorsque son image s'immisce dans mon champ de vision, je m'évade et parfois, je plante là le futur tatoué :

- "Je reviens tout de suite".

Je dispose mes pas dans les siens. Discrètement. Avant de faire demi-tour.

Pourtant, un jour prochain, j'oserai :

- "Mademoiselle ? Mademoiselle ?"

Je le sais.

06:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (14) |

25/10/2014

Le massacre des innocents, Mallock

Présentation. La tour Eiffel, un ciel bleu, un soleil citron, une petite fille en robe jaune à pois blancs, ses parents, son frère, un policier en sueur. Brutalement, l'homme en uniforme ouvre le feu ! Ainsi commence la nouvelle enquête du commissaire Mallock.

Un peu partout en France, les massacres s'enchaînent. Virus ? Secte ? Terrorisme ? Le mystère est total, la panique à son comble. Le pays apprend à vivre avec le couvre-feu et l'armée dans la rue. Mallock et son équipe enquêtent dans une atmosphère de folie furieuse. Le commissaire, autant redouté pour son expertise que célèbre pour ses intuitions, saura-t-il arrêter le massacre des innocents ?

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Mon avis.  J'ai profité de la sortie du livre en poche pour en proposer une lecture commune ; après les troisième, quatrième et premier volets (j'ai fait les choses dans le désordre), voici donc le deuxième pour lequel il vaut mieux (aussi) avoir le cœur bien accroché - tout comme les tripes d'ailleurs -.

J'ai retrouvé avec plaisir Mallock, tant le commissaire que (la plume de) l'auteur, même si l'on sait que l'enquête risque de ne pas être une partie de plaisir.

Le massacre des innocents, c'est en quelle sorte la chronique d'une barbarie annoncée, savamment dosée, minutieusement programmée, "artistiquement" mise en scène.

Le début du récit donne d'emblée le ton, proposant aux regards écœurés, qui en ont pourtant déjà vu d'autres, toutes les nuances du sang : "Du rouge partout, et sur toutes ses formes. Traînées, gouttes, flaques, éclaboussures, jets... Ici et là, des débris d'os et de cervelle tentaient d'imposer, en surnageant sur cette vasque sanglante, leur blancheur tragique. Des rivières de sang et d'urine se rejoignaient pour prendre la couleur du cuivre, avant de se précipiter dans le vide en repeignant les poutrelles." [p. 31]

 

Le grand chef du Fort est en vacances à Andernos-les-Bains et laisse s'étendre la fêlure qui fait désormais partie de son quotidien depuis la mort de son fils, quand il doit rentrer au "36" suite aux épisodes de crise de démence qui se répètent sur le territoire. Eros et Thanatos semblent prendre plaisir à se lancer dans une sarabande macabre.

Bien vite, Mallock et son équipe sont lancés dans une course contre le temps, ce grand horloger devenu désormais l'artisan de la mort.

Difficile d'interrompre la lecture une fois le livre commencé car les enquêteurs pataugent (!) et l'on se demande comment ils vont pouvoir stopper cette hémorragie. Mallock devra recourir, une fois de plus, à ses talents cachés afin de capturer les bribes d'intuition qui surgissent çà et là et espérer entrevoir le bout du tunnel car l'instigateur de ces massacres est diablement intelligent.

  "- Tu sais, j'en ai déjà tant vu que seul le bonheur m'étonne encore." [p. 75]

La fin du récit m'a émue ; la dernière phrase m'a laissée K.O.

 

Dans un registre plus léger, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous un des autres talents de l'attachant commissaire :

  "Il ne fallait pas couper les tomates en tranches trop épaisses. Comme la mozzarella d'ailleurs. Ni trop fines non plus. C'était une question d'équilibre. Le coefficient d'imprégnation de l'huile dans le légume et dans la porosité accueillante du fromage faisait partie des petits secrets d'une recette apparemment facile.

  "Tout en déplorant de devoir pousser plus avant la provocation, il faut bien reconnaître que j'adore les tomates." [Pierre Desproges]

   - Cœur de bœuf, articula-t-il pour lui-même.

   Le nom des tomates faisait partie de leur charme. Du moins aux yeux d'Amédée, qui s'y retrouvait étrangement. Lui aussi était boursouflé et tordu par la vie, plus soucieux d'être généreux que de paraître, lourd et puissant comme un bœuf, le cœur battant gorgé de sang.

   Après les tomates, contrairement à ce qu'il est d'usage de faire, Mallock trancha trois petits oignons nouveaux en fines rondelles et commença à couper la bufflonne en admirant sa déliquescence lactée. En fait, lorsqu'elle était de cette qualité, Giustina, il n'utilisait pas de couteau, mais la déchirait avec les doigts. Ça mettait en valeur les fibres et respectait la texture du fromage frais. L'huile d'olive et les condiments pénétreraient sans peine une aussi tendre pâte." [p. 108 - 109]

 

  "L'huile et le vinaigre doivent toujours être choisis avec le plus grand soin. [...]

   Dans un saladier, au fond duquel il avait mis une petite poignée de sel, il versa deux cuillerées de vinaigre de Xérès, plus quelques gouttes de véritable balsamique. Il remua pour faire dissoudre le sel, avant d'y jeter ses tomates. Au-dessus, il posa la mozzarella déchirée, la saupoudra de six tours de moulin à poivre - Penja du Cameroun - et fit couler son huile d'olive. C'était important de marier séparément les tomates au vinaigre, et le fromage à l'huile. Il laissa reposer dix minutes. [...]

   Au moment de servir, il fit tomber quelques gouttes de Tabasco et mélangea vigoureusement légume et fromage sans se soucier de l'apparence. [...] Dernière touche personnelle : peu partisan du basilic trop marqué, Mallock ajouta quelques morceaux de persil plat ciselés frais. Pour la couleur, mais pas seulement. Il trouvait que la verdure allongeait, en bouche, le goût de la tomate. Puis, touche finale, il termina de saler l'ensemble par une petite pluie de fleur de sel." [p. 114 - 115]

 

L'avis de Cécile ;

13:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

22/10/2014

Vers le bleu, Sabrina Bensalah

Présentation. Ornella et Anoushka vivent dans une caravane avec une mère loufoque et immature.
Alors que la petite Anoushka prépare l’élection de Mini-Miss Camping, Ornella se prépare à quitter le trio devenu étouffant pour enfin vivre sa vie, sa vie à elle ! Malheureusement, elle sera devancée par "La Mère", qui se sauve avec un vieil ami d’enfance fraîchement retrouvé… Et Ornella, qui rêvait de liberté, doit assumer l’éducation de sa sœur, l’impayable Noush.

Mais rapidement, Noush se révèle très débrouillarde. Elle entraîne sa sœur dans de drôles de combines pour survivre – et parsème de fantaisie le difficile quotidien.

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Mon avis. Un texte touchant qui raconte le quotidien de deux sœurs qui, par la force des choses de leur mère, ont grandi trop vite...

Ornella et Anoushka, alias Nel et Noush, vivent dans une caravane avec leur mère, ou en tout cas celle qui leur a donné naissance car pour le reste, c'est une autre paire de manches...

Nel a dû renoncer à sa dernière année de lycée, faute de moyens, et est contrainte de "jouer à la maman de substitution" pour sa petite sœur ; elle supporte d'ailleurs à peine "la Mère" qui lui a bel et bien confisqué son adolescence et pense davantage à "tortiller du cul" qu'à élever ses filles. Du jour au lendemain, cette figure qui n'a de maternel que le titre plie armes et (très peu) de bagages et disparaît en compagnie d'un ex qui a refait surface.

Noush souffre de l'absence de sa maman, tandis que Nel souffre davantage pour sa sœur, oscillant entre tristesse, colère et dégoût. Elle va devoir se "débrouiller" seule ou presque - certains des habitants du camping étant discrètement présents - avec la gamine qui n'est pas de tout repos et colore la vie de ceux qui la côtoient davantage dans des tons vifs que pastel...

Durant ce même été, quelques villas achetées à prix d'or par de riches touristes sont vandalisées, mettant ainsi en exergue une (im)pitoyable spéculation immobilière.

L'auteure décrit cette dure réalité grâce à des mots à la fois percutants et enchanteurs, souvent empreints d'humour, à l'image de Noush en quelque sorte...

 

  "Désolée, mon gars. Désolée si ma soeur se comporte mal mais, tu vois, la vie pour nous n'a rien d'un arc-en-ciel... Ce serait plutôt un nuage gris qui menace sans cesse de nous ratatiner d'une bonne pluie de grêle.

   Mais un jour les couleurs. Un jour le bleu - et alors Noush rotera la bouche fermée." [p. 14]

  "Les étoiles ont continué de filer et de tracer de mille feux ma ligne de vie dans le sombre du ciel." [p. 136]

  "Mais reviens vite, et offre-moi le temps qu'il te restera. Quelques minutes tes bras, autour de mon existence." [p. 170]

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat - qui me permet (à nouveau) d'ajouter un titre sur les listes de lecture proposées à mes élèves -.

 

Ce roman illustre les challenges "Rentrée littéraire 2 %"  (14/6), "A la découverte d'auteurs" (23), "Un genre par mois" et "Jeunesse/Young Adult" (4).

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15:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

21/10/2014

Battista revenait au printemps, Renata Ada-Ruata

Présentation. Titto et Neto partagent une même tendresse pour Ghitta, leur grand-mère. Un même attachement à leur village, perdu dans les montagnes du Piémont italien. Une même admiration pour le maître d’école, qui n’a de cesse de les voir s’ouvrir au monde. De mêmes émois amoureux avec la fantasque Angiolina. Et un même travail saisonnier, qui les emmène chaque année avec leurs aînés dans la vallée alors que l’Histoire gronde, sous la montée du fascisme dans une Italie divisée.

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Mon avis. Une douce balade en compagnie de Titto sur les routes d'Italie, de Suisse et de France... Un roman qui se doit d'être lu sans hâte aucune, au fil du regard porté par Titto sur l'existence.

Ce récit est d'abord déconcertant en raison de l'énonciation perpétuellement "en mouvement" : Titto se désigne d'une phrase à l'autre par le "je" ou le "tu" ; le "nous" englobe Titto et son ami Neto ou bien Titto et d'autres membres de sa famille ou encore les deux garçons et leur maître d'école ; le "vous" fait référence à ce dernier ou à Titto et d'autres personnages... Bref, passée la première surprise qui m'a fait relire l'un ou l'autre passage, histoire de voir si je m'étais "emmêlé les pinceaux", j'ai adopté ce rythme de narration étrange.

  "Ensuite, j'ai réfléchi à ce récit que je tente d'écrire. J'ai repris mes pages d'écriture et je les ai relues. Je me suis dit que vous les trouveriez certainement sans queue, ni tête. Je n'avais pas su construire un récit et puis cette lubie de vouloir raconter à deux voix, moi et un autre, moi et vous, et les autres, toutes ces voix mêlées." [p. 281]

 

Titto vit dans un petit village de montagne piémontais ; jeune adolescent, il se lance sur les routes hivernales du pays avec les hommes de la famille - père, oncles, cousins selon les années - afin d'en ramener un peu d'argent grâce à leur travail de rémouleurs et réparateurs de chaudrons, casseroles et autres récipients. Une fois la belle saison de retour, ils s'en reviennent au pays aider les femmes demeurées au village.

Titto est profondément attaché à Neto, son cousin ; un lien si fort qu'il n'est souvent nul besoin pour eux de mots pour se comprendre. Tous deux aiment profondément Ghitta, leur grand-mère. C'est elle qui donnera à Titto le goût des histoires, aidée en cela par le maître d'école qui entretiendra toujours chez le jeune garçon le goût des mots, dans un monde où la lecture "pour le plaisir" est très souvent considérée comme inutile.

  "Des questions, je m'en posais, sur tout. Je ne demandais rien au père parce qu'il avait pour habitude de répondre à un Pourquoi par un, Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas. Tu repartais un peu honteux mais surtout fâché, et si tu baissais la tête, c'était pour qu'il ne voie pas ta colère. Quand Grand-mère assistait à ce genre de scène, elle attendait que le père s'éloigne et elle me donnait son explication à elle [la réponse du poète chez Pierre Bottero en quelque sorte].

   Pourquoi la lune n'est jamais pareille ? Eh bien parce que les merveilles ne se découvrent que petit à petit, aussi la Lune ne nous montre son visage en entier que toutes les trois semaines, et encore quand il n'y a pas de nuages pour nous la cacher, parce que les nuages sont jaloux. Pourquoi le taureau quand il vient, il monte sur la vache ? Il vient parce qu'il est amoureux, aussi il est normal qu'il essaie de la prendre das ses bras, non ? Je faisais remarquer que ce n'étaient pas des bras mais des pattes. Nos pattes de devant à nous s'appellent des bras, répondait-elle." ´[p. 111]

  "Et j'ai entendu la voix de Grand-mère qui me redisait que les pleurs lavent le cœur, font du bien à l'âme et que les larmes de douleur étaient les diamants noirs du ciel." [p. 235]

 

Inutile de vouloir se hâter avec ce texte qui se déroule comme la chronique "d'une écriture annoncée", au fil des mois rythmés par la nature, la marche, la recherche d'un toit, le froid, avant le retour auprès de Ghitta. Pendant ce temps, petit garçon (naïf) devient grand et se découvre, si proche et à la fois si éloigné des siens...

   "Ce qui m'apportait du plaisir d'ailleurs, ce n'étaient pas les mêmes choses que lui [= son père]. Là où il entendait le son d'un travail bien fait, toi tu entendais le chant de la pierre contre le métal, là où il voyait le travail terminé, tu voyais une courbe parfaite, et le brillant de la lame t'emportait vers la surface argentée des lacs et le scintillement de la lune. Ton regard différent n'empêchait pas le travail de se faire". [p. 101]

Merci aux éditions de l'aube pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 2 %" (13/6) et "A la découverte d'auteurs" (22).

21:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/10/2014

Faux-semblants

Une nouvelle (très brève) participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (138).

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© Marion Pluss

 

Façade de circonstance

Mannequins de photos verglacées

À l'image du givre destructeur

Illusions perdues

Cendres éparpillées

De ce qui fut notre union

"Forfait mariage"

Miettes d'autrefois

Qui gagne a perdu...

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

17/10/2014

Typos, 2 : Poison noir, Guido Sgardoli

Présentation. Dans une société où l'information est un mensonge, Typos défend la vérité.
Un virus, appelé le "poison noir" sème la panique à Maximum city. Cette micro-bactérie qui s'attaque aux récoltes entraîne une crise alimentaire et économique sans précédent. Une puissante société, AgroGen, prétend avoir trouvé un anti-virus. Mais pour l'équipe de Typos, cette solution miracle cache quelque chose.
Le pouvoir en place menace l'avenir des hommes. Une mission de tous les dangers...

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Mon avis. J'ai retrouvé avec plaisir la fine équipe rencontrée dans le premier opus : Arlequin, Dusker, Gipsy et Morph . J'avais apprécié le tome précédent mais j'ai davantage aimé celui-ci.

C'est à partir des curieuses démangeaisons cutanées d'Arlequin que commencent les investigations du groupe : un champignon noir a décimé les cultures et comme par hasard, la puissante multinationale AgroGen semble avoir trouvé le remède miracle à ce fléau.

Les jeunes gens, chapeautés par Sybil, un de leurs professeurs, et Seth, le papa d'Arlequin désormais exilé dans l'espace, se mettent en recherche des informations susceptibles de faire la lumière sur cette affaire. Dans l'ombre, l'inévitable "homme au chapeau". Terrible.

L'enquête est dangereuse et ceux qui leur viennent en aide, volontairement ou pas, risquent d'en payer le prix fort. J'ai particulièrement aimé la manière dont le personnage de Gipsy acquiert de la profondeur...

Pas de temps mort dans cet épisode qui touche à un sujet sensible et actuel.

Traduction : Faustina Fiore.

Merci à Flammarion pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenge "Rentrée littéraire 2 %" (12/6), "A la découverte d'auteurs" (21), "Un genre par mois" et "Jeunesse/Young Adult".

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15:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

15/10/2014

Les mots qu'on ne me dit pas, Véronique Poulain

Présentation. “Salut, bande d’enculés !" C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison. Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds. Je vais leur prouver que je dis vrai. “Salut, bande d’enculés !” Et ma mère vient m’embrasser tendrement.

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte. Son père, sourd-muet. Sa mère, sourde-muette. L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot. Le quotidien. Les sorties. Les vacances. Le sexe. D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie. D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

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Mon avis. Un beau texte, aux phrases courtes et percutantes, qui évoque la surdité : celle des parents de l'auteure entendante. Un monde où le silence des mots le dispute aux bruits des gestes.

Le récit se construit à partir de situations liées à ce quotidien particulier, tantôt cocasses, tantôt touchantes, tantôt grinçantes : la vie avec ses différences, montrées (in)délicatement du doigt ; celle où la narratrice navigue entre deux eaux, (très) agacée par ces parents hors-normes. (Très) fière d'eux aussi.

   "Je suis bilingue. Deux cultures m'habitent.

   Le jour : le mot, la parole, la musique. Le bruit.

   Le soir : le signe, la communication non verbale, l'expression corporelle, le regard. Un certain silence." [p. 13]

   "Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaison, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'ils sous-entendent ?" [p. 217]

  "Dans la famille, la vraie muette, c'est moi.

   Pour tout ce qui concerne l'affectif, les sentiments, muette comme une carpe. [...]

   Je peux me fermer comme une huître.

   M'enfermer dans un monde qui n'appartient qu'à moi.

   Un monde de silence.

   Pour l'autre, c'est pénible.

   Pour moi, c'est un cauchemar." [265 - 266]

 

Ce livre - en lecture commune - entre dans les challenges "Rentrée littéraire presque 2 %" (11/6) et "A la découverte d'auteurs" (20).

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13:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) |

13/10/2014

Indomptables, Philippe Arnaud

Présentation. Ils vivent dans deux mondes différents. Jean-Jules grandit à ciel ouvert dans son pays, le Cameroun, à l’abri du manguier où il retrouve chaque jour son ami Mohamadou. Olivia naît en France, en guerre contre le monde entier sans savoir pourquoi.

De l’enfance à l’adolescence, Jean-Jules mord la vie à pleine dents, pendant qu’Olivia déchire la sienne de toute sa rage. Pour se rencontrer, il leur faudrait traverser les mers et les enfers…

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Mon avis. J'ai passé un bon moment avec Jean-Jules et Mohamadou, deux enfants camerounais que l'on suit au fil des ans jusqu'à ce qu'ils deviennent jeunes adultes.

La vie n'est pas facile : trouver quoi se nourrir est une lutte quotidienne. Mais les rencontres régulières des deux garçons sous le manguier leur apportent du soleil au coeur. Une amitié indéfectible qui les marque à jamais. Même quand le papa de Mohamadou "s'intégrise" petit à petit et régente sa famille comme jamais auparavant, y compris "physiquement" ; même quand Mohamadou lui-même est bien obligé de mentir à Jean-Jules. Question de survie.

Quant à Olivia, elle intervient de temps à autre au fil du texte jusqu'à ce que le lien s'esquisse entre les deux continents, à l'unisson de ces personnages bouleversés et bouleversants. Une ouverture sur le monde...

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat.

Ce roman entre dans les challenges "Rentrée littéraire - un peu plus d' - 1 %" (10/6), "A la découverte d'auteurs" (19) "Un genre par mois" et "Jeunesse/Young Adult".

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17:05 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Il était une fois...

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (137).

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© Romaric Cazaux

 

En 2014, celle que l'on appelait la crise avait atteint en Europe un point que l'on pensait (espérait) culminant. Partout, des voix s'élevaient contre de potentielles dérives nationalistes ; partout le tonnerre grondait contre les mesures anti-sociales livrées au grand jour.

Le 7 octobre, les forces belges de la coalition gouvernementale à venir étaient parvenues à un pré-accord relatif au recul de l'âge de la retraite. Cerise ôtée du gâteau s'amenuisant inexorablement.

Depuis bien des années, l'idée me titillait de "tout" lâcher ; "tout" étant un grand mot puisque ma femme avait pris longtemps auparavant la poudre d'escampette et mes enfants semblaient se souvenir très peu de moi. J'étais parti. Définitivement. À la recherche de moi-même. Et vous savez quoi ? Je me suis trouvé. Enfin. Débarrassé des leurres encombrants...

 

 

05:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (9) |

06/10/2014

Un hiver en enfer, Jo Witek

Présentation. "Edward avait l'impression de se trouver dans un cauchemar. À regarder sa mère si calme, si parfaite, déblatérer les preuves criantes de l'isolement dément qu'elle lui faisait subir, Edward comprit qu'elle était vraiment dangereuse. Complètement tarée. Je n'aurai pas le temps de trouver les preuves avant de devenir dingue, moi aussi, pensa-t-il. C'est peut-être ce qu'elle cherche. M'emporter dans son délire. Il faut que je me casse d'ici, et vite !"

Pour échapper à l'enfer familial, Edward, adolescent fragile, se réfugie dans sa vie virtuelle. Prisonnier des liens malsains d'une mère qui n'a jamais su l'aimer et soudain l'étouffe, l'isole. En plein cœur de l'hiver, Edward se sent en danger de mort. Deux êtres. Deux folies ? Une seule vérité sera possible.

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Mon avis. J'ai beaucoup apprécié ce roman découvert grâce au billet lu sur Charabistouilles : un thriller qui met le doigt sur diverses souffrances que peuvent rencontrer les adolescents, à savoir le mal-être, le harcèlement, le décès d'un parent, le désamour de la part de l'autre, la naissance d'une belle amitié, la fuite dans le virtuel...

Edward est un adolescent qui tâche de donner le change mais souffre intérieurement : enfant unique, il adore son père qui le lui rend bien ; en revanche, il a toujours été très éloigné de sa mère qui n'a jamais réussi à lui donner une once d'amour.

Au lycée (huppé) où il étudie, les choses se passent mal : comme d'autres logés à la même enseigne, il fait partie des souffre-douleur régulièrement harcelés et rackettés par un groupe de "fils à papa".

Rose, sa mère, revient à la maison après un séjour en hôpital psychiatrique et le jeune homme a bien du mal à prendre sur lui pour ne pas rejeter de manière trop ostensible celle qui ne lui a jamais témoigné d'affection, même si aujourd'hui elle assure qu'elle est guérie.

C'est alors le drame : ses parents sont victimes d'un accident de voiture au cours duquel son papa décède. La tension monte petit à petit, dans tous les sens du terme, et si dans un premier temps, l'adolescent apprécie la nouvelle facette de sa maman, il en arrive bientôt à déchanter, avant d'être carrément effrayé par celle-ci, plus malade psychologiquement que jamais. À moins que ce ne soit lui qui devienne paranoïaque...  Le lecteur en arrive également à ne plus savoir sur quel pied danser cette sarabande macabre. Transir ou pas, telle est la question...

 

Ce roman entre dans les challenges "Rentrée littéraire - un peu plus d'- 1 %" (9/6) ; "À la découverte d'auteurs" (18)  ; "Un genre par mois" consacré en octobre à la littérature jeunesse ou young adult ; "Jeunesse/Young Adult".

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18:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Lune noire, John Steinbeck

Présentation. Les échos de la guerre ne parvenaient qu'à peine dans ce village perdu au fin fond de la Scandinavie. Jusqu'au jour où les premiers soldats nazis apparurent au sommet de la côte...
Quel comportement adopter ? C'est finalement une forme de résistance qui va prévaloir, malgré ceux qui, à l'instar du commerçant Corell, préfèrent jouer le jeu de l'occupant. Une résistance sourde, silencieuse, obstinée, animée par le maire, Orden, et son vieil ami le médecin Winter, qui va d'abord contraindre l'ennemi à la terreur, puis l'acheminer peu à peu vers l'angoisse, le désespoir...
C'est en 1942 que l'auteur de À l'est d'Eden - plus tard prix Nobel de littérature - publia ce roman, édité clandestinement en France. Un huis clos où le village, cerné par la neige, apparaît peu à peu comme un microcosme de l'Europe confrontée à la barbarie totalitaire.

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Mon avis. Un texte susceptible de devenir le point de départ d'une intéressante réflexion mais j'ai été moins captivée par celui-ci que par ceux lus auparavant.

Le récit commence par l'arrivée éclair dans le village des Allemands : en deux coups de cuillère à pot, la messe est dite. Apparemment, en tout cas. S'ensuivent alors des brimades et la volonté pour les occupants de montrer leur supériorité.

Mais c'est sans compter avec la rébellion latente des villageois, soucieux de ne pas se laisser faire ; ils s'organisent et, mine de rien, en arrivent à faire peser sur les épaules allemandes un découragement progressif. À tel point que les rôles semblent s'inverser...

  " - Nous nous sommes engagés dans un sacré travail, n'est-ce pas ?

    - Oui, répondit le maire, le travail le plus vain du monde, la seule chose qui ne peut pas être faite.

   - C'est-à-dire ?

   - Écraser en permanence l'esprit des hommes." [p. 73]

 

Ce livre entre dans le challenge "Un classique par mois".

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17:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Un regard

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (136).

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© Kot

Enfin, Esteban pouvait courir vers son futur, un futur qu'il attendait depuis longtemps, un futur aux couleurs de son papa retrouvé...

Le petit garçon n'avait pas compris pourquoi, du jour au lendemain, son papa n'était plus rentré à la maison. Il n'avait pas compris pourquoi sa maman pleurait souvent le soir. Il n'avait pas compris pourquoi il n'avait pu alors voir son papa que quelques heures de temps en temps, sans dormir chez lui. Il n'avait pas compris pourquoi son papa et sa maman ne lui tenaient plus chacun la main, au même moment. Il n'avait pas compris pourquoi les repas se déroulaient souvent avec maman, parfois avec papa, jamais avec papa et maman.

Mais il avait compris qu'aujourd'hui, il allait enfin passer un week-end complet avec papa.

Esteban courait vers son futur, un futur qu'il attendait depuis longtemps, un futur aux couleurs de son papa. Aussi. Avec un regard vers sa maman, comme pour lire dans ses yeux son accord. Aussi.

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

05/10/2014

Challenge Jeunesse/Young Adult

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Je me suis inscrite au Challenge Jeunesse/Young Adult proposé par Mutinelle et Kalea, dans la catégorie 2 : "Badine avec les royaumes de l'enfance".

Il s'agira donc pour moi de lire 20 ouvrages Jeunesse ou Young Adult d'ici au 30 septembre 2015 ; si je vois que je dépasse ce nombre (à en juger par les dernières années, ce devrait être le cas), je pourrai toujours passer dans la catégorie supérieure.

Pour les renseignements, c'est ICI.

 

Le 06/10/14 : Un hiver en enfer, Jo Witek.

Le 13/10/14 : Indomptables, Philippe Arnaud.

Le 17/10/14 : Typos, 2 : Poison noir, Guido Sgardoli.

Le 22/10/14 : Vers le bleu, Sabrina Bensalah.

11:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

01/10/2014

Le poison d'amour, Eric-Emmanuel Schmitt

Présentation. Quatre adolescentes en quête d'amour s'échangent des messages sur leurs désirs et leur impatience. Entre rêves sentimentaux et pression sociale, les jeunes filles aspirent à devenir des femmes. Jusqu'au jour où...

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Mon avis. Je me suis laissé emporter dans cette lecture par la couverture ainsi que par le sujet touchant à l'adolescence.

Elles sont quatre, quatre amies soudées, interpellées par la découverte de l'amour, avec ses joies, ses émerveillements. Ses errements et ses souffrances, aussi.

Le récit se présente sous la forme d'extraits du journal de chacune des jeunes filles : Julia, Anouchka, Colombe et Raphaëlle.

J'ai commencé par "tiquer" à la lecture du début, là où s'exprime Julia : j'ai eu l'impression de lire une prose artificielle mais cette impression s'est vite estompée par la suite.

Chacune des adolescentes se pose un grand nombre de questions relatives à l'amitié et à l'amour ; chacune a en outre fort à faire avec sa propre vie et l'image qu'elle donne aux autres, parfois bien différente de ce qu'elle ressent en son for intérieur.

Le fil conducteur devient bien vite, à côté de la profonde amitié qui les rassemble, la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette, au centre de bon nombre de préoccupations, avouées ou non.

Ce roman se lit facilement et met en évidence les excès et les doutes inhérents à ce que l'on appelle l'âge ingrat.

 

Quelques phrases qui font mouche :

  "Sommes-nous si ennemis que nous ne puissions même pas jouer à être ennemis ?" [p. 49]

  "Colombe a raison. Aujourd'hui, avec les couples qui se font, se défont et se refont ailleurs, être un enfant requiert beaucoup d'indulgence envers ses géniteurs." [p. 63]

  "Le destin me gâte ! C'est tellement bon d'aimer que ça finit par faire mal.' [p. 138]

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

 

La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 92 du challenge des 170 idées  : une pomme. Ce roman entre en outre dans le challenge "Rentrée littéraire - un peu plus d'- 1 %" (8/6).

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17:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

29/09/2014

Nalki, T. 1 : Matricule 307, Alice Adenot-Meyer

Présentation. Nous sommes en Serdane, pays écrasé sous le joug d'une dictature brutale et corrompue.
En rentrant de leur cours de musique, Nalki, quinze ans, et sa sœur Perle, treize ans, sont accueillis par des policiers venus les arrêter. Les deux adolescents sont séparés de leurs parents et déportés dans un camp de redressement.
Soumis au travail forcé, ils vivent des heures particulièrement difficiles et rêvent de trouver un moyen pour regagner leur liberté.

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Mon avis. C'est le billet de Melisende (merci à toi, Meli !) qui m'a fait découvrir et acheter ce récit. En voici encore un qui rejoindra les propositions susceptibles d'intéresser mes élèves.

Le récit commence à dérouler sa partition alors que Nalki s'en revient du Conservatoire, en compagnie de sa sœur, Perle. Tous deux portent la musique dans le cœur, jusqu'au bout des doigts : lui, le violon ; elle, le violoncelle.

Arrivés chez eux, ils entrouvrent la porte de l'enfer : la police a investi leur domicile, leurs parents ont disparu et ils sont aussitôt emmenés à Blache, un camp de redressement destiné à (re)mettre "sur le droit chemin" ceux qui auraient dévié de la route uniforme tracée par le dictateur serdan Sorbier Pamor.

L'horrible lieu fait inévitablement penser aux camps de concentration nazis : séparation des filles et garçons, appel interminable dans le froid, brimades, coups, humiliations, faim, travaux forcés. Le seul "tort" pour bon nombre d'entre eux : avoir de la famille forsenne. Les citoyens de nationalité forsenne sont devenus, depuis quelque temps, des parias.

"Les détenus marchaient dans un silence presque total. Le chemin s'ouvrait devant eux, taillé comme une blessure dans les profondeurs sauvages de la forêt. [p. 47]

  "Face à la violence et l'agressivité qui sévissaient dans le camp, il se sentait démuni. Tous ses repères s'effondraient. [p. 54]

  "Nalki et Saule avaient cessé de compter les jours. Ils évaluaient la durée de leur détention à trois semaines environ.

   Un enfer, du lever au coucher.

   Le pire était sans conteste la faim. Elle torturait Nalki en permanence, tournait à l'obsession.

   Abruti, les membres douloureux, tremblant de froid et affamé tout au long de la journée, il tombait la nuit dans un sommeil trop agité pour être reposant.

   Perle, il ne l'apercevait qu'à l'appel, tôt le matin. Au fil des jours, le visage de la jeune fille se tendait, se creusait. Le frère et la sœur échangeaient de loin des regards sinistres." [p. 55]

 

Nalki est intelligent : il comprend vite qu'il a intérêt à faire profil bas s'il veut survivre dans cet enfer ; pourtant, il a parfois bien du mal à se contrôler car la révolte face à l'injustice gronde au plus profond de lui.

C'est alors qu'une infime lumière vient éclairer le gouffre noir dans lequel il est plongé : la musique n'a pas joué sa dernière note. Mais se retrouver aux prises avec le colonel Vladàn n'est pas une sinécure. Vraiment pas....

J'ai beaucoup aimé l'écriture d'Alice Adenot-Meyer : même si le récit s'adresse aux adolescents, la langue est très riche et ne tombe jamais dans la facilité.

Les personnages sont nuancés, ce qui les rend particulièrement intéressants : je pense à Nalki, heureux de s'épargner les corvées imposées et manger à sa faim en intégrant l'orchestre du camp mais se sentant coupable par rapport à ses compagnons d'infortune ; je pense au colonel Vlatàn, un être face auquel il est difficile de savoir sur quel pied danser. "Jouer" au funambule devient alors un art...

Je lirai bien sûr le tome 2.

 

La couverture de ce titre me permet d'illustrer l'idée n° 17 du challenge des 170 idées : un instrument de musique. J'ajoute en outre un auteur au challenge "A la découverte d'auteurs" (17).

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14:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

Gainsbye

Une deuxième (très brève) participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (135).

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Je précise que comme j'avais vu sur FB qu'il y avait une inscription sur la photo, j'en ai regardé uniquement les 2/3 supérieurs et "il" a spontanément surgi.

 

 

 

 

 

"Dieu" n'est plus un fumeur de gitanes

Les volutes bleues s'en sont envolées.

Fumée d'évanescence.

Lunettes cerclées de la mort font la nique au vivant.

Gainsbarre s'est barré un après-midi martial.

A tiré sa révérence musicale.

Pour retrouver Gainsbourg.

Qui sait ?

06:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

24/09/2014

Simon, Anna, les lunes et les soleils, Verena Hanf

Présentation. Lorsque sa compagne le quitte brutalement et sans explication, Simon s’effondre. Pour ne pas perdre totalement pied, il décide d’aller passer quelques jours dans le village alsacien où il a vécu les moments les plus heureux de son enfance. C’est là, dans un petit hôtel, qu’il fait la connaissance d’Anna, venue mettre de l’ordre dans un passé douloureux.

Bientôt, la neige se met à tomber et la machine des souvenirs s’éveille. Simon écoute l’histoire d’Anna, qui le distrait de la sienne et de sa tristesse. Ils ignorent l’un et l’autre que ce récit va mettre au jour le ressort caché de leurs existences – et peut-être leur offrir une vie nouvelle…

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Mon avis. Une lecture agréable qui emporte le lecteur sur les chemins nostalgiques du passé...

Il y est question de Simon qui vient d'être abandonné par sa femme. Il ne comprend pas. Il se souvient de "la déserteuse" avec amertume ; pourtant, des jours durant, il s'accroche à son portable, dans l'espoir de voir quelques mots s'afficher sur l'écran.

Il y est question d'Anna venue vider la maison de sa mère décédée, occasion de mettre de l'ordre dans sa vie, à tous points de vue.

Il y est question de la rencontre entre Simon et Anna dans l'unique hôtel d'un petit village vosgien, un retour aux sources en quelque sorte pour chacun avant de trouver la force de continuer à aller de l'avant. Simon se laisse emporter par l'histoire racontée par Anna, celle de sa maman.

La nature et les détails relatifs aux expressions, aux objets, aux couleurs, impriment une tonalité mélancolique, non dénuée d'humour, à ce beau texte...

  "La salle à manger de l'hôtel, il faut l'admettre, a gagné avec la rénovation. Elle paraît plus spacieuse, la lumière est douce. Sa chaleur et un fumet de soupe donnent envie de s'y attarder. J'ai le choix entre sept tables, je les ai comptées, trois rondes, quatre carrées. Je choisis une carrée, côté fenêtre. La pluie bat, la nuit est noire, la vitre est couverte de buée. Le plancher craque sous les pieds, Rouge cerise me tend la carte et me sourit." [p. 23]

  "Pour le repas du soir, nous sommes à nouveau à trois dans la salle à manger. Le trio d'hier - deux assis, une en mouvement. Rouge cerise est plutôt rouge fraise aujourd'hui, les fossettes restent les mêmes. Anna a toujours son long cou et ses perles en corail. J'ai enfin rasé ma barbe de huit jours et j'ai mis un pull bordeaux. On pourrait faire ménage à trois : variations en rouge. Je commande un pichet de pinot noir. La déserteuse ne mettait jamais de couleurs vives. Que du noir, du blanc, du beige et du gris." [p. 35]

Merci à Francis Dannemark pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 1 %" (7) et "A la découverte d'auteurs"(16).

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19:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

23/09/2014

Huis clos suivi de Les mouches, Jean-Paul Sartre

Présentation.

GARCIN : - Le bronze...
(Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent... (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses.
(Il rit.) Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous nous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril ... Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de grill : l'enfer, c'est les Autres.

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Mon avis. Au préalable, je bats ma coulpe : je n'avais jusqu'à présent jamais lu ces pièces ; je crois même n'avoir jamais lu Sartre. Il vaut mieux tard que jamais. Je dois dire que j'ai été heureusement surprise...

Huis clos met en scène Garcin, Inès et Estelle, trois personnages qui se retrouvent en enfer, dans une pièce fermée à clef ; à partir de ce lieu, chacun est capable d'observer ce qui se déroule sur terre auprès des siens.

La confrontation de ces personnalités différentes aboutit à une réflexion sur les actes posés et leur incidence dans l'existence de chacun ainsi que sur les relations qu'ils entretiennent, maintenant qu'ils sont soumis à cette claustration forcée. "L'enfer, c'est les Autres" : le regard posé par les autres sur soi engendre les (ré)actions.

Les mouches relate le retour incognito d'Oreste à Argos alors que sa mère Clytemnestre, veuve d'Agamemnon, vit depuis bon nombre d'années avec Égisthe, son amant, celui qui a assassiné le grand Agamemnon. Les mouches symbolisent le poids des remords de tous ceux qui ont cautionné, ne serait-ce que par leur silence, le meurtre du roi. La confrontation entre le frère et la soeur, Oreste et Électre, mettra en évidence les notions de liberté et de vengeance. Fluctuantes selon les circonstances et les actes effectivement posés.

  "À présent, les instants vont s'enchaîner comme les rouages d'une mécanique, et nous n'aurons plus de répit jusqu'à ce qu'ils soient couchés tous les deux sur le dos, avec des visages pareils aux mûres écrasées. Tout ce sang !" [p. 184]

 

Ce livre me permet, après une pause, de renouer pour ce mois de septembre avec le challenge "Un classique par mois".

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21:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

22/09/2014

L'air de Rien

Depuis longtemps, je me dis que je devrais participer à l'atelier d'écriture proposé chaque semaine par Leiloona et je ne prends jamais le temps de jeter quelques mots sur le papier... ou plus exactement, de tapoter sur le clavier. Je me suis enfin décidée car une idée a surgi dès que j'ai vu cette photo (Une photo quelques mots, 134e).

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L'air de Rien

Elle avait décidé, à nouveau, de venir au rendez-vous, encore que le mot soit en l’occurrence mal choisi puisque la rencontre s’était par le passé le plus souvent conjuguée au singulier. Combien de fois lui avait-elle répondu par l’affirmative alors que lui s’était la plupart du temps contenté de l’absence ? Elle en avait aujourd'hui perdu le compte.

Pourtant, elle espérait encore et toujours, elle réussissait presque à croire à ses excuses. Presque. Illusion d’une présence à venir jusqu’à la prochaine fois.

Elle tentait, vaille que vaille, de ne pas arriver trop à l’avance sur le lieu ; jamais elle n’avait réussi à feindre un quelconque retard, c’était tout simplement au-dessus de ses forces : et si jamais il arrivait bien avant elle et ne l’attendait pas ?

Impossible de tromper l’attente, alors elle était devenue maîtresse dans l’art de faire "comme si", son portable devenu son meilleur ennemi. L’air de rien. L’air de Rien.

Les secondes s’égrenaient, tourbillonnant en minutes. Longues. Très longues. Trop longues. Jusqu’au message annihilant l’espoir du jour. Suite (?) au prochain épisode. (Triste) mine de Rien.

 

Les autres textes inspirés par cette photo sont ICI.

06:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (8) |

19/09/2014

Tristan et Yseult, Krystin Vesterälen

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Mon avis. Le récit relate l'histoire originelle du célèbre couple dans une version destinée à être "contée". Le texte très vif va donc à l'essentiel et permet d'appréhender facilement les péripéties vécues par les amants devenus légendaires.

Il est précédé d'informations relatives aux personnages qui permettent d'en saisir leurs personnalités et le rôle joué dans l'intrigue ; enfin, les dernières pages évoquent le cadre historique de l'action, dévoilant le décor d'un banquet avec les mets présentés, les animations proposées ainsi que les vêtements portés.

Une belle incursion dans cet univers médiéval grâce à ce "livre-passerelle"

"entre le jadis et le maintenant

entre l'oralité et l'écrit

entre le conteur et les auditeurs

entre l'auteur et les lecteurs" [K. Vesterälen]

Merci à l'auteure pour ce partenariat.

 

Le récit entre dans le challenge "À la découverte d'auteurs" (15).

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20:21 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/09/2014

La gueule du loup, Marion Brunet

Présentation. "Elles se tiennent à bras-le-corps pour continuer leur montée dans la nuit noire, brutalisées par le vent, le déluge et les caillasses sur leurs pieds nus.
Du village, quelques lumières – aucune aide en perspective."

À 18 ans, le bac en poche et des projets plein la tête, Mathilde et Lou partent à Madagascar pour des vacances de rêve, dans "un paysage de carte postale". Mais le voyage qui s’offre à elles n’aura rien de l’idylle insulaire qu’elles imaginent…

Du monde bruissant des contes de l’enfance aux clameurs froides des ténèbres adultes, les deux amies vivront une expérience terrible – de celles qui laissent des traces pour toujours.

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Mon avis. Un récit qui m'a tenue en haleine...

De Marion Brunet, j'ai lu (l'excellent) Frangine et L'ogre au pull vert moutarde ; j'étais curieuse de découvrir un genre tout à fait différent et je n'ai pas été déçue. Il devrait plaire aux adolescents avides de suspense.

Le prologue donne d'emblée le ton: "Elles essaient de courir mais glissent, leurs jambes molles, affaiblies par la panique. Elles ne pensent plus. Terrifiées, elles grimpent maladroitement le long des talus du cimetière. Lou tombe, mains dans la boue, bouche ouverte ; pousse un cri au milieu du fracas de l'orage. Mathilde, derrière elle, évite la chute de justesse, se penche pour aider son amie." [p. 11]

Deux amies, Mathilde et Lou, sont en vacances à Madagascar, histoire de décompresser après le bac et avant de s'engager sur le chemin esquissé de la rentrée. Elles sont complices et pourtant, ces vacances seront l'occasion pour Lou, l'effacée, d'exprimer à son amie son agacement lancinant lié à son statut de "suiveuse contrainte et forcée". Une découverte pour Mathilde qui ne pressentait pas que sa personnalité trop énergique pouvait devenir parfois une souffrance pour Lou.

J'ai apprécié cette confrontation révélant une fêlure entre les deux jeunes filles qui ne remet pourtant pas en cause leur profonde amitié.

"- C'est pas ça... C'est juste que tu bouffes tout sur ton passage, avec ton enthousiasme ! Je sais même pas si j'avais envie de venir : je ne me suis même pas posé la question. T'as trop d'énergie, d'émotions ! C'est génial et en même temps... j'ai l'impression que ça me bouffe.

   Le silence, à nouveau. Mathilde encaisse, soufflée par la minute-vérité qui lui tombe sur la gueule. Son ventre gargouille d'émotions contraires, desquelles surnagent colère et vexation." [p. 25 - 26]

Alors qu'elles se cherchent un modus vivendi qui conviendrait à chacune, elles doivent faire face à un personnage maléfique qui transformera leurs vacances de façon dramatique alors qu'elles font la connaissance d'une jeune Malgache, Fanja. La course pour la (sur)vie est lancée...

J'ai aimé aussi découvrir l'île par l'intermédiaire du regard des jeunes filles. Cerise sur le gâteau : l'écriture qui rend parfaitement la tension palpable présente au fil du récit - émaillé de beaux textes poétiques et d'angoissants extraits en italiques -, à tel point que j'ai, durant quelques secondes, été tentée d'aller lire les dernières lignes afin d'être éventuellement "apaisée" (j'ai bravement résisté).

  "Tana la rouge se referme sur elle, la noie dans les cris des mendiants et les rires des gosses - qui sont les mêmes." [p. 42]

 

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat.

 

Un livre qui entre dans le challenge "Rentrée littéraire 1 %" (6 : objectif d'ores et déjà atteint).

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21:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

15/09/2014

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness [d'après une idée originale de Siobhan Dowd], Jim Kay

Présentation. Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. À minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l'apparence d'un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour : sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.

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Mon avis. Ce livre, je l'ai acheté suite au billet de Lelf et depuis, il "traînait" dans ma PAL ; quand Nelcie me l'a proposé parmi d'autres dans le cadre du challenge LDPA, je l'ai sélectionné. Réaction à chaud ? Mais pourquoi diable ai-je attendu si longtemps avant de le lire ? C'est pour moi un coup de cœur...

Ce roman présente deux facettes : l'histoire à proprement parler et les illustrations de Jim Kay, en adéquation parfaite avec le propos qui met en scène Connor, un jeune garçon dont l'existence est profondément bouleversée par le cancer qui ronge sa maman, une maladie qui semble gagner du terrain.

À cela s'ajoute le fait qu'il est devenu le souffre-douleur de sa classe. Seule Lily prend sa défense mais Conor repousse son aide. Quant à son papa, il vit désormais "en Amérique" où il a désormais refait sa vie : autant dire que les relations s'effilochent entre père et fils.

Conor fait régulièrement le même cauchemar et depuis peu, un monstre à l'apparence d'arbre fait irruption dans ses nuits, avec la "consigne imposée" de lui raconter des histoires auxquelles le petit garçon ne comprend rien. Doit-il craindre cet if étrange ? Ce dernier est-il un allié ?

 

"Il regarda la colline derrière la maison, le clocher de l'église qui épinglait les nuages.

   Et l'if qui se balançait doucement au-dessus du cimetière, comme un géant assoupi.

   Conor se força à l'observer, pour se convaincre que c'était juste un arbre, un arbre comme n'importe quel arbre, comme tous ceux qui bordaient la voie ferrée.

   Un arbre. Ce n'était qu'un arbre. Rien d'autre.

   Un arbre qui prenait peu à peu la forme d'un visage géant, qui le regardait dans un rayon de soleil, et qui tendait les bras, et l'appelait - Conor... [p. 37]

 

Malgré le propos poignant, le récit se lit sans difficulté, les mots sonnent juste, mettant le doigt là où la douleur est intense : Conor a perdu ses repères et souffre avec et aux côtés de sa maman, pressentant que l'heure est grave. Il est pourtant obligé (d'essayer) de composer avec la maladresse de son entourage, bien démuni face à la maladie : sa maman elle-même, son papa, sa grand-mère si peu "maternelle" avec qui il est forcé de cohabiter.

  "- C'est ce que je voulais dire, soupira son père. C'est ce que je sous-entendais quand j'ai dit que tu allais devoir te montrer courageux.

   - C'est ce que tout le monde dit. Comme si ça signifiait vraiment quelque chose." [p. 99]

 

Un très beau texte destiné à tous. Coïncidence (?) : la sortie en poche est prévue en octobre ; c'est (vraiment) l'occasion d'en profiter.

 

Traduction : Bruno Krebs.

 

Outre le challenge LDPA, ce livre illustre les challenges "Comme à l'école" ainsi que "À la découverte d'auteurs" (14).

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19:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

14/09/2014

Manuel de survie à l'usage des incapables, Thomas Gunzig

Présentation. Comment un jeune employé malheureux, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se retrouvent-ils liés par la conjonction fortuite d’un attentat frauduleux et d’un licenciement abusif ?

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Mon avis. Déconcertant, tel est l'adjectif qui me vient à l'esprit à propos de ce récit...

Ce roman hors-norme commence sur un baleinier harponnant une baleine "Nike" et forcé de la relâcher. Il se poursuit avec l'évocation de Jean-Jean, un pauvre type employé dans un supermarché qui obéit au doigt et à l'œil à sa femme ; une armoire à glace qui œuvre dans le rayon fruits et légumes de ce même supermarché ; quatre loups, des frères unis dans l'adversité qui ne connaissent qu'une seule loi : la leur.

Il m'a fallu un peu de temps avant de me prendre au jeu (?) de cette histoire centrée sur une société de consommation à outrance où les relations de force entre les uns et les autres sont mises en exergue. Mais une fois que les pièces du puzzle commencent à s'assembler, j'ai pris goût à la découverte.

Les personnages sont la plupart du temps dépeints selon des caractéristiques animales : c'est bien sûr le cas des quatre loups, mais également de Marianne, la femme "castratrice" de Jean-Jean, "mamba vert modèle", ou encore de Blanche de Castille Dubois, spécialiste ès Sécurité Intérieure pour les supermarchés Eichmann, associée à la loutre "increvable".

  "Tout le monde savait qu'on n'avait pas d'ennuis avec les quatre jeunes loups à trois conditions : ne pas se mêler de leurs affaires, éviter de prononcer leur nom et ne pas s'approcher trop près de la porte de leur appartement parce que Noir était paranoïaque et qu'il fallait éviter qu'il vous suspecte d'écouter aux portes.

   Personne ne savait vraiment ce qui pouvait se passer si quelqu'un venait à enfreindre une de ces trois règles, mais personne n'avait vraiment envie de le savoir." [p. 70]

  "Un type comme lui, qui rentre après une journée de merde pour attaquer une soirée de merde en compagnie d'une fille aussi sèche et froide qu'une peau de serpent.

   Et ça, que le contact avec Marianne lui faisait parfois penser à celui d'avec un serpent, c'était sans doute normal d'ailleurs, vu le modèle de Marianne : l'entrée de gamme Hewlett-Packard, connu pour sa résistance aux maladies, pour son calme, pour sa fiabilité générale. Tout ça obtenu en saupoudrant délicatement les chaînes ADN avec du code de mamba vert dont la production naturelle de neurotoxine était une garantie contre une large palette de maladies dégénératives du système nerveux [...]." [p. 77]

 

Les chemins de ce "charmant" petit monde vont se croiser et se recroiser jusqu'à ce que la boucle soit bouclée ; curieusement, les pires ordures se retrouvent parfois - rarement, il est vrai - pourvues d'une once d'humanité...

 

Ce roman entre dans les challenges des 170 idées (ampoule) et "À la découverte d'auteurs" (13).

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19:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

13/09/2014

Correspondances, Valence Rouzaud

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Mon avis. Une fois n'est pas coutume, j'ai eu l'occasion de recevoir ces lettres poétiques de Valence Rouzaud - que je remercie -, réunies dans le recueil Correspondances. La poésie est un genre que je lis peu mais dans lequel il m'arrive de plonger de temps à autre.

Ces lettres écrites à divers moments entre 2000 et 2012 à des destinataires variés évoquent les aléas de l'acte d'écrire de ceux qui, vaille que vaille, s'adonnent à la poésie, qu'il s'agisse de l'anonyme ou de poètes illustres. Des mots qui font mouche...

  "De mon imaginaire j'ai fait mon bureau, où à coup sûr s'écrivent mes rêves." [p. 14]

  "Nous sommes tous des rois, il suffit de trouver son royaume." [p. 32]

  "Rien n'y a fait, je n'ai eu aucun lecteur mais j'ai vécu en poète." [p. 37]

  "Vieux comme un mage et jeune comme un jeu, pendants des années j'ai choisi d'écrire, puisque l'âme ne prend son bain que dans les livres. Certains voient la poésie comme une collation, alors que c'est un festin." [p. 63]

 

Ce recueil entre dans le challenge "À la découverte d'auteurs" (12).

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20:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Meurtre sous le signe du zen, Oliver Bottini

Présentation. Quand son supérieur la tire de ses vapeurs alcoolisées, le commissaire Louise Bonì se rebelle : il neige à gros flocons. Son mari l'a quittée par temps de neige, son frère s'est tué en voiture à cause de la neige et c'est dans la neige qu'elle a abattu un pédophile meurtrier. Quel danger peut bien présenter un moine bouddhiste qui marche, pieds nus dans ses sandales ?
Une énigme angoissante qui mènera l'enquêtrice jusqu'au plus profond de la forêt, du trafic d'enfants, de l'ignominie. Et de son propre abîme.

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Mon avis. J'ai vraiment apprécié ce livre, malgré son rythme lent. C'est typiquement le genre de récit que vous pouvez laisser au bord du chemin si vous souhaitez de l'action à tout prix ; dans le cas contraire, laissez-vous tenter...

Au point de départ, un moine bouddhiste, apparemment blessé, marche dans le paysage enneigé, sans s'arrêter ou presque.

Louise, alias Luis pour ses collègues, enquêtrice "imbibée" plus souvent qu'à son tour (une bouteille de Jägermeister est sa "meilleure ennemie") est envoyée dans le petit village allemand avec pour mission d'en apprendre plus sur ce curieux moine.

Louise est sur la sellette en raison de son alcoolisme chronique : elle est censée jauger la situation et passer la main pour se mettre au vert. En d'autres termes, se retrouver en congé forcé de désintoxication.

Les réflexions de l'enquêtrice ont autant d'importance dans le récit que le fil, très ténu dans un premier temps, des recherches. Elle sait qu'elle va devoir lever le pied mais elle pressent que derrière "cette affaire qui n'en est pas (encore) une" se cache probablement une horrible réalité. Tenace, elle s'incruste. Envers et contre tout. Envers et contre tous. Si tant est qu'elle soit capable de rester lucide alors que survient le drame.

  "Elle savait qu'elle devait lui demander quelque chose, mais elle ne se rappelait plus quoi. [...]

   Sur le coup de minuit, un nom commença à émerger tout doucement de la mémoire de Louise pour s'imposer à son esprit. Au début, l'image qu'il évoquait se composait uniquement de deux immenses lobes d'oreille. Puis elle entendit une voix décontractée." [p. 216 - 217]

 

Les rencontres faites deviendront peut-être des bouées de sauvetage. Peut-être.

 

Merci aux éditions de l'aube pour ce partenariat.

Traduction : Didier Debord.

Ce livre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 1 %" (5) et "À la découverte d'auteurs" (11).

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17:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

11/09/2014

Contrecoups, Nathan Filer

Présentation. Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Par la mort de son grand frère, dix ans auparavant. Par la culpabilité. Par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps…

Matthew a 19 ans et il souffre de schizophrénie, une maladie qui "ressemble à un serpent". Pour comprendre son passé et s’en libérer, Matthew dessine, écrit. Il raconte l’enfance étouffée par la perte, la douleur silencieuse de ses parents ; l’adolescence ingrate brouillée par les nuages de marijuana; la lente descente dans la folie, l’internement… Mais aussi, avec un humour mordant, le quotidien parfois absurde et toujours répétitif de l’hôpital psychiatrique, les soignants débordés, l’ennui abyssal… Et le combat sans cesse renouvelé pour apprivoiser la maladie, et trouver enfin sa place dans le monde.


Bouleversant, tourmenté, souvent drôle, Contrecoups est un roman tendre et courageux, porté par une voix absolument unique.

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Mon avis.

Une lecture peu commune relative à un sujet particulier...

Ce roman raconte l'histoire de Matthew, un garçon pas comme les autres qui souffre d'une maladie sournoise : la schizophrénie.

  "J'ai une maladie, une affection qui sonne comme un serpent et y ressemble. Chaque fois que j'apprends quelque chose de nouveau, elle l'apprend aussi." [p. 83]

 

Le jeune homme relate, à travers un texte peu conventionnel qui ressasse certaines phrases tel un leitmotiv, les émotions sur lesquelles il tâche de mettre des mots, sa perception du monde et de ses proches, l'événement (douloureusement) marquant de son existence : le décès accidentel, quelques années auparavant, de son frère aîné, prémices d'une descente aux enfers pour Matthew. Un autre personnage sort du lot : Nanny Noo, sa grand-mère. Présence tendre et lumineuse.

  "Je découvrais notre nouveau portrait de famille : nous trois, assis côte à côte, les yeux fixés sur l'espace occupé d'habitude par Simon." [p. 27]

  "Je dirais que ce que je fais en ce moment, c'est un peu pareil : je m'intègre dans mon propre récit et je le raconte de l'intérieur." [p. 229]

 

J'ai d'abord eu un peu de mal à entrer dans l'histoire, décousue s'il en est, mais petit à petit, j'ai cheminé volontiers aux côtés de Matthew, de plus en plus touchant, sans que jamais le récit n'en devienne larmoyant.

Traduction : Philippe Mothe.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce roman participe aux challenges "Rentrée littéraire 1 %" (4),  À la découverte d'auteurs" (10) et "Comme à l'école".

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18:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |