20/12/2014

Le noir est ma couleur, 2 : La menace, Olivier Gay

Présentation. Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s'est retrouvé sur ce lit d'hôpital, ni qui est cette Manon qui l'obsède.

Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser... et éviter Alexandre.

Quand les Ombres passent à l'attaque et qu'un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise.

Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s'éloigneront-ils?

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Mon avis. J'avais beaucoup aimé le premier opus des aventures de Manon et Alexandre et j'étais ravie de les retrouver mais je craignais un éventuel essoufflement. Hé bien, ce ne fut nullement le cas...

Le lecteur replonge très vite dans l'action, aux côtés de cette équipe improbable qui d'ailleurs, au début du roman, n'en est plus une puisque la mémoire du jeune homme a été complètement effacée par le père de Manon...

Ne demeurent ainsi en lui que des impressions fugaces alors que Manon se demande bien comment elle sera capable de respecter l'interdiction formelle de le revoir. Je serai claire : elle ne le se demandera pas longtemps...

Le récit alterne de nouveau les points de vue des adolescents et fait encore la part belle à l'action puisque les Ombres refont surface, animées par d'obscurs (!) desseins. Pourtant, l'humour est toujours bel et bien présent, principalement dans le chef d'Alexandre, à la touchante carapace de cynisme.

Voir à nouveau s'apprivoiser les jeunes gens fut pour moi un régal (Ahhhhhlexandre), chacun désirant, avec ses spécificités, protéger l'autre, (in)consciemment...

L'avantage de n'avoir pas lu tout de suite ce tome 2, c'est que je ne devrai pas attendre (trop) longtemps avant de découvrir la suite.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (l'indéfinissable - roman appartenant à deux genres au moins - pour décembre) et "Jeunesse/Young Adult".

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21:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/12/2014

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger

Présentation. Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du martin, le jour de leurs 36 ans.

La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ? Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d'une malédiction familiale ?

Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire. Mais qui sait si le Destin et l'Amour, qui n'en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ?

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Mon avis. Une lecture agréable, rafraîchissante, qui donne le sourire aux lèvres...

Dès les premiers billets relatifs à la rentrée littéraire, mon intérêt a été attiré par ce livre. J'ai donc "postulé" pour le recevoir dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2014 organisés sur PriceMinister.

Il est toujours risqué d'en attendre beaucoup d'un livre, surtout quand il est question d'humour, car la déception peut être à la hauteur des espoirs [me revient en mémoire Pourquoi j'ai mangé mon père, de Roy Lewis qui a fait (sou)rire (presque) tout le monde, sauf moi].

L'intérêt du récit réside dans la situation initiale tout à fait originale : Mort(imer) attend la mort à laquelle il s'est préparé depuis son plus jeune âge puisque dans la famille, la grande faucheuse s'en vient chercher les hommes le jour de leur trente-sixième anniversaire, à 11 heures précisément. Mortimer a tout prévu et attend d'être, lui aussi, marqué du sceau de la malédiction séculaire. Il attend. Il attend. (Dés)espérément... Pour "rien". Pour "rien" ? Ce n'est pas si simple.

L'intérêt du récit réside aussi dans l'humour, parfois doux-amer, parfois caustique, distillé au fil du texte, ainsi que dans les personnages : les plus attachants, selon moi, sont le couple d'amis (les seuls, d'ailleurs) de Mortimer, Nassardine et Paquita.

 

  "Avec le recul, j'ai réalisé que mon père était un dépressif qui avait très mal vécu la perspective de son décès prématuré. Sa mort lui avait pourri la vie, en somme." [p. 35]

 

  "Je trouve que Mortimer, ça résonne aux oreilles comme un impératif.

   Allez, Morty, meurs !" [p. 40]

 

  "- Tu es belle comme la reine d'Angleterre, j'ai dit.

   - J'ai toujours eu une tête à chapeaux.

   Je lui ai répondu que c'était mieux que d'avoir une tête à claques." ´[p.175]

 

   "Tourner la page ne sert pas à grand-chose, quand c'est le livre entier que l'on voudrait changer." [p. 202]

 

Vous l'aurez compris, la sauce a pris pour moi. Indéniablement.

 

Merci à PriceMinister pour cette belle découverte, à laquelle j'attribue la note de 16.

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Ce titre entre aussi dans les challenges "des 170 idées" (151 : des bougies), "Rentrée littéraire 3 %" (18/6) ainsi que "A la découverte d'auteurs" (34).

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16:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

11/12/2014

Le voyage de Ruth, Donald McCaig

Présentation. "Les mamas s’pavanent pas. Elles voient c’qu’elles doivent voir et savent c’qu’elles doivent savoir. La plupart du temps, elles s’taisent. Elles laissent les autres leur dire c’qu’elles savent déjà. Les mamas hochent la tête et sourient."

1804, sur l’île de Saint-Domingue, un massacre n’épargne qu’une seule vie, celle d’une petite fille noire. Recueillie par deux Français, l’enfant qu’ils prénomment Ruth part vivre avec eux dans la bouillonnante ville de Savannah, au sud des États-Unis. Ainsi commence l’incroyable destin de celle qui grandira dans un pays à la veille de la guerre de Sécession, et tombera follement amoureuse d’un Noir libre, avant de devenir "la Mama" qui élèvera l’irrésistible Scarlett.

Derrière le masque de la domestique dévouée, on découvre la vie secrète et les pensées de Ruth. Elle aime avec férocité, et n’oublie jamais ceux qui ont succombé aux ravages de l’Histoire. Entre résilience et rêves brisés, Le Voyage de Ruth jette une nouvelle lumière sur l’une des inoubliables héroïnes d’Autant en emporte le vent.

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Mon avis. Mon avis sur ce récit est mitigé : autant j'ai aimé cette plongée dans l'Histoire relatée principalement par le point de vue de Ruth, autant j'ai peu apprécié la manière dont les événements sont très souvent racontés, à savoir une (longue) succession de faits manquant, à mon sens, d'énergie.

Le roman commence sur l'île de Saint-Domingue où l'on découvre une petite fille noire, Ruth, miraculeusement rescapée d'un massacre : elle entrera au service d'une "maîtresse femme" française, bien décidée à réussir à tirer son épingle du jeu en ces temps troublés, envers et contre tout, envers et contre tous. Elle et son mari se rendent à Savannah ; c'est là que Ruth grandira. Et souffrira.

La jeune fille traverse les ans et surmonte bien des épreuves, celles (très souvent) rencontrées par bon nombre de Noirs, esclaves ou pas, dans ce Sud ségrégationniste.

Dommage que l'écriture n'ait pas réussi à instaurer une proximité avec les personnages...

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "des 170 idées" (14 : ce qu'on voit le matin quand on se lève) et  "A la découverte d'auteurs" (33).

11:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

08/12/2014

Entourloupe

Une entourloupe pour l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (145).

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@Kot

Je voulais écrire un texte qui évoquerait une jeune (?) femme s'en allant d'un pas rapide et énergique à contre-courant de la fresque côtoyée chaque jour sur le chemin du travail.

Un jour - qui sait pourquoi ? -, elle se rendrait compte que l'existence qu'elle mène ne la conduit nulle part.

Un jour, ce tableau urbain lui dessillerait les yeux.

Un jour, elle poserait alors un regard lucide sur elle-même.

Un jour, elle déciderait de ramer vraiment à contre-courant.

Un jour, elle bifurquerait.

Consciemment.

Définitivement.

Histoire d'un texte que je n'ai pas écrit.

06:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (9) |

03/12/2014

Oublier Camille, Gaël Aymon

Présentation. Yanis est fou amoureux de Camille. Mais "assurer" avec une fille, prendre l'initiative, agir, c'est plus facile à dire qu'à faire. Devenir un homme, oui, mais quel homme ? Paralysé par le doute, Yanis est tenté d'esquiver, puis de fuir... pour oublier Camille. Au risque d'être rattrapé par ses sentiments.

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Mon avis. Cette fois, c'est le billet de Jérôme qui est à l'origine de cette lecture, concrétisée grâce à Babelio lors de sa Masse critique d'octobre.

J'ai apprécié ce récit qui, une fois est moins coutume, raconte un pan de l'existence d'un adolescent, Yanis, et non d'une adolescente.

Yanis souffre à cause de Camille : il est tombé sous le charme de la jeune fille. La réciprocité a été de mise. Oui, mais c'était sans compter sur l'incapacité de Yanis à réagir "comme il se doit" - à réagir tout court, d'ailleurs - lorsque Camille lui a ouvert son cœur...

Ce texte explore les doutes d'un adolescent qui se cherche, aime, se trouble, s'interroge, se remet en question. Un adolescent qui rencontre les préoccupations, parfois douloureuses, des jeunes de son âge. Un seul bémol : un livre trop court, selon moi. J'aurais volontiers cheminé plus longuement aux côtés de Yanis.

 

tous les livres sur Babelio.com

Ce titre entre dans les challenges "Rentrée littéraire presque 3 %" (17/6) "A la découverte d'auteurs" (32), ainsi que "Jeunesse/Young Adult" (6).

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21:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

01/12/2014

In extremis

Quelques bribes pour l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (144).

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© Romaric Cazaux

 

Elle avait travaillé des semaines durant afin de modeler son image, animée par la volonté de figer dans la pierre, pour les ans à venir, les traits de celui qui l'avait initiée au bonheur.

Quelques jours plus tard, en un geste ultime, il tirait sa révérence, désireux de faire la nique au serpent qui le rongeait de l'intérieur.

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (11) |

30/11/2014

Sauf quand on les aime, Frédérique Martin

Présentation. Claire, Juliette, Kader et Tisha ont une vingtaine d'années. C'est l'âge des premières épreuves initiatiques, celles que l'on traverse seul. Dans un monde où couple et travail ne sont plus des valeurs certifiées, tous quatre se sont regroupés en colocation. Ils se sont fabriqué une nouvelle famille. Amour et amitié se frôlent et parfois se heurtent.

Tisha bouscule tout le monde, Claire aime Tisha, Juliette n'aime pas Kader. Il y aura des dégâts, mais la petite bande résiste à la violence du dehors, tente à tout prix de préserver tendresse et solidarité.  À travers leurs histoires et leurs rencontres – M. Bréhel, Ethan, Daoud – s'ébauche le portrait d'une jeunesse silencieuse qui peine à rêver et à se mettre au monde. Mais une jeunesse qui reste vivante, drôle et lunaire. Une jeunesse qui a compris que l'amour – celui qu'on donne comme celui qu'on reçoit – est un soutien primordial.

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Mon avis. Si mes souvenirs sont bons, c'est le billet de Leiloona qui a d'abord attiré mon attention sur ce titre - dont j'ai apprécié d'emblée la couverture - ; bon nombre d'avis positifs sont venus s'ajouter au premier, mais j'avais de toute façon déjà acheté le livre entre-temps.

J'ai profité de ce WE durant lequel, fait exceptionnel, je n'avais "rien à faire pour l'école" [corrections et questionnaires d'examen terminés - rassurez-vous (!), les premières copies arrivent demain -], pour le découvrir. Que dire, sinon que j'ai adoré cette lecture...

C'est l'histoire de rencontres entre des êtres que la vie a malmenés, voire écorchés, d'une manière ou d'une autre. Des rencontres aux conséquences douloureuses mais aussi lumineuses. De celles qui, quoi qu'il arrive, ne laissent jamais indifférent. Ni les personnages. Ni le lecteur.

Focus sur une scène éprouvante : celle de Tisha qui se fait agresser dans un train. Elle n'est pas seule mais les passagers présents jugent plus prudent de "regarder et écouter ailleurs". Claire en fait partie, elle est tétanisée. S'interpose alors une dame qui réussit à amadouer l'agresseur, permettant ainsi à Tisha de s'éclipser dès l'entrée en gare. Claire commence à suivre Tisha ; bien lui en a pris car la jeune fille ne sait où aller...  Elle l'emmène alors dans l'appartement qu'elle partage avec Juliette et Kader. Quand il y en a pour trois, il y en a pour quatre...

Chacun tente de garder la tête hors de l'eau et de ne pas succomber à la souffrance, trop forte certains jours : Claire se sent plus souvent qu'à son tour "dispensable", hormis quand elle fait corps avec son violoncelle ; Juliette est orpheline et garde en elle la blessure de "sa nullité" infligée par son père ; Kader est contraint de s'accommoder d'un boulot "alimentaire" et souffre de l'amour "silencieux" qu'il porte à Juliette ; quant à Tisha, elle en a marre de "la boucler, subir les injures, les propositions dégueulasses à peine voilées, les compliments tordus, les regards agrippés à ses fesses et ses seins, les menaces. Le plus dur, c'est de laisser les mains se balader en souhaitant que ça suffira pour éviter le pire. Le plus dur, c'est cette trouille primitive, viscérale qu'elle et ses copines doivent encaisser en permanence, qu'elles tentent de dompter en se refilant des astuces et en crachant que - chie ta mère - c'est une des trois saloperies réservées aux femmes avec les règles et la grossesse." [p. 13]

 

Ces quatre-là essaient de se soutenir quand les larmes menacent de tout emporter, avec l'aide discrète d'un voisin retraité, profondément seul, Monsieur Bréhel. Un vieux monsieur enchanté par la magie du violoncelle qui vibre sous les doigts de Claire. Par Claire elle-même. Aussi.

La plume de l'auteure est poétique, comme pour insuffler un peu de légèreté à leur existence...

  "Quand elle repartait, il lui semblait avoir mené sa part de combat contre l'obscurité qui éponge les rues de leurs lumières." [p. 21]

  "Il y a là une confrontation systémique intéressante qu'il pourrait baptiser loi de Bréhel, en hommage à un certain Murphy qui semble avoir écrit la sienne exprès pour lui, Monsieur Bréhel, empereur de l'emmerdement maximal." [p. 140]

  "Ils étaient restés ainsi, gonflés de gratitude, soulagés pour un moment du désarroi de n'être rien au milieu de nulle part." [p. 181]

 

Un très beau récit. Poignant.

 

  "Se répéter qu'il y a tout à craindre des gens et des jours, des jours et des gens, sauf quand on les aime." [p. 222]

 

Ce titre entre dans les challenges "des 170 idées" (l'entrée d'une maison et tout ce qui fait penser à "Bienvenue à la maison"), "Rentrée rentrée littéraire presque 3 %" (16/6) et "A la découverte d'auteurs" (31).

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19:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (14) |

29/11/2014

En attendant Godot, Samuel Beckett

Présentation. Farce métaphysique, En attendant Godot tend vers le non-sens de l'attente d'une quelconque révélation. L'homme est seul, irrémédiablement, et c'est dans la démarche dramaturgique que Beckett cherche à donner un sens à l'existence.

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Mon avis. Mieux vaut tard que jamais : voici seulement que je découvre Beckett. [Dans la série "les classiques à lire", j'aimerais un jour me lancer dans Proust, dont - je l'avoue - je n'ai lu jusqu'à présent que des extraits].

Lorsque j'ai découvert Ionesco alors que j'étais en 5e (= seconde) - un bail, donc -, je n'avais pas accroché du tout. Avec l'âge (...), j'ai beaucoup aimé Rhinocéros mais c'est un texte qu'il faut, me semble-t-il, analyser en classe pour en tirer "la substantifique moelle". Et surtout, surtout, j'imagine qu'il faut l'apprécier en représentation.

Je crois qu'il en va de même pour Godot... que j'ai personnellement attendu longtemps. Vainement (!) d'ailleurs durant une bonne partie du texte. Plus efficacement vers la fin. [Même si le "héros" espéré par les protagonistes n'a pas pointé le bout du nez ;-)]

Pour cette année scolaire-ci, cela ne sera pas possible mais je compte bien, dans le futur, faire lire cette pièce par les élèves de rhéto et la travailler avec eux car je pense qu'elle mérite que l'on s'y attarde.

 

  "VLADIMIR. - Ne perdons pas notre temps en vains discours. (Un temps. Avec véhémence.) Faisons quelque chose, pendant que l'occasion se présente ! Ce n'est pas tous les jours qu'on a besoin de nous. Non pas à vrai dire qu'on ait précisément besoin de nous. D'autres feraient aussi bien l'affaire, sinon mieux. L'appel que nous venons d'entendre, c'est plutôt à l'humanité tout entière qu'il s'adresse. Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité c'est nous, que ça nous plaise ou non. Profitons-en, avant qu'il soit trop tard. Représentons dignement pour une fois l'engeance où le malheur nous a fourrés. Qu'en dis-tu ? (Estragon n'en dit rien.) Il est vrai qu'en pesant, les bras croisés, le pour et le contre, nous faisons également honneur à notre condition. Le tigre se précipite au secours de ses congénères sans la moindre réflexion. Ou bien il se sauve au plus profond des taillis. Mais la question n'est pas là. Que faisons-nous ici, voilà ce qu'il faut se demander. Nous avons la chance de le savoir. Oui, dans cette immense confusion, une seule chose est claire : nous attendons que Godot vienne." [p. 111 - 112]

Absurdement vôtre...

 

Ce titre entre dans les challenges "des 170 idées" (quelque chose de mou - le chapeau -),  "Un classique par mois", "Un genre par mois" (classique ou théâtre pour novembre) et "À la découverte d'auteurs (30).

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12:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

28/11/2014

Monsieur mon Amour, Alexandra de Broca

Présentation. Paris sous la Terreur. Marie-Thérèse, princesse de Lamballe, attend en prison son jugement. La mort est proche, elle le sent. Un seul homme peut la sauver, Philippe d'Orléans, cousin du Roi mais député et révolutionnaire convaincu. L'ennemi de Louis XVI. Dans une longue lettre bouleversante à celui qu'elle surnomme Monsieur mon Amour, elle évoque les souvenirs d'une époque dévastée par la Révolution. Pourquoi la plus vertueuse des princesses s'adresse-t-elle au plus débauché des hommes ? Parce qu'il est son beau-frère ? Parce qu'il l'a toujours protégée ? Ou parce qu'elle l'aime secrètement depuis plus de vingt ans ?

mr-mon-amour.jpgMon avis. Un livre que j'ai beaucoup apprécié et qui devrait plaire aux amateurs de romans historiques, d'autant plus s'ils s'intéressent à cette période trouble de la Révolution...

Ce récit épistolaire entraîne le lecteur à l'intérieur de la Force, la prison qui retient les Royalistes et autres traîtres (du moment) à la cause révolutionnaire, en attente de leur jugement, le plus souvent un aller simple pour la guillotine.

C'est dans une cellule de cet endroit sordide que l'on découvre Marie-Thérèse, princesse de Lamballe : cette femme dévouée corps et âme à Marie-Antoinette profite du (peu de) temps qui lui est imparti pour écrire à Philippe d'Orléans, celui qui prendra bientôt le nom de Philippe Égalité, son beau-frère, celui surtout qu'elle aime en secret depuis plus de vingt ans.

C'est une femme meurtrie qui s'exprime, meurtrie mais pas amère ; une femme qui aurait simplement aimé connaître l'amour réciproque, l'amour charnel aussi, celui qui lui a été refusé par cet être abominable et crapuleux qui fut son "mari", heureusement vite emporté par la maladie.

Avec une plume qui déroule son texte de manière fluide, l'auteure raconte, par petites touches, des épisodes de l'existence de Marie-Thérèse, prise dans le tourbillon de l'Histoire, aux côtés du couple royal. Un personnage se détache, touchant, un chêne dans la tourmente : son beau-père.

La princesse réussit à prendre du recul et analyser les faits qui l'ont conduite là ; pourtant, son amour pour celle que l'on appelle désormais "L'Autrichienne", ainsi que pour Philippe d'Orléans, demeure. Indéfectiblement. Deux êtres qu'elle garde dans l'écrin de son cœur, indissolublement liés, bien qu'ennemis.

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans le challenge  "À la découverte d'auteurs" (29).

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19:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/11/2014

Lumerote

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (143).

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©Romaric Cazaux

 

Depuis maintenant plusieurs mois, la "Madame Météo de la RTBF" termine son bulletin quotidien avec quelques mots relatifs au "black-out potentiel" du lendemain.

Traduction : le risque plus ou moins accru, selon l'endroit où l'on vit, de "délestage" en matière d'électricité. Voire de coupure nette et franche, l'espace de - théoriquement - quelques heures.

Il se fait qu'hier, le sigle était noir pour ma localité : délestage effectif.

Ce soir donc, éclairage à l'ancienne.

Premier jour du reste de notre vie en blanc et noir.

 

[Hiver 2014-2015. Quelque part en Belgique.]

06:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (22) |

21/11/2014

Ballade pour Georg Henig, Victor Paskov

Présentation. Cette Ballade raconte une magnifique histoire d’amitié entre un vieux luthier tchèque, Georg Henig, et un enfant de ­Bulgarie, Victor. Au-delà des sentiments et de la trans­mission du savoir, c’est l’amour de l’Art qui est ici chanté, et nous ne sommes pas près d’oublier la chanson du bois dont sont faits buffet et violons… 

À sa lecture, Tzvetan Todorov écrivit : "Cette Ballade est une petite merveille, un hymne à la musique en guise d’air de la liberté. C’est aussi un acte de combat, un livre politique dans le meilleur sens du mot. (…) ­Paskov sait brosser en quelques lignes des vignettes dignes de Woody Allen, extrêmement drôles et profondément mélancoliques."

Un enchantement.

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Mon avis Ce texte berce le lecteur dans une douce mélancolie, celle qui va unir un petit garçon, Victor, à son "grand-père de substitution", Georg Henig.

Henig est un vieux luthier dont Victor a fait la connaissance alors que le père de l'enfant vient commander au "maître" un "huitième de violon". L'enfant ne deviendra pas le prodige espéré mais la rencontre avec celui qui est capable d'apprivoiser l'âme des violons bouleversera définitivement sa vie.

  "À compter de ce jour, Georg Henig devint le quatrième membre de notre famille. Tous les matins, je lui apportais le petit déjeuner et, à midi, ma mère préparait les trois gamelles bleues que l'on pouvait superposer et je partais vers sa cave, où mon père jetait les fondements de son buffet."' [p. 53]

Car effectivement, le bois est essentiel dans le récit, matériau noble à la fois du violon que du buffet qui devient personnage.

 

J'ai apprécié ce récit qui noue le cœur et dépeint subtilement l'amitié indéfectible qui liera le vieil homme et l'enfant. Malgré (ou à cause ?) de la pauvreté, de la misère même. De la solitude aussi.

  "Mais pour l'âme du violon, je ne pus retenir ma langue plus longtemps et lui demandai :

   Grand-père Guéorgui, comment sais-tu exactement où la placer ?

   - Demander bois, lui dire tout seul. Tu vois carré ? Eh bien mettre doigt dans carré, attendre, attendre, attendre, mais bois se taire. Mettre doigt dans autre carré. Et encore attendre. Demander, déplacer ; quand bois voir maître patient, prendre temps, alors dire lui-même. Mettre là." [p. 146 - 147]

 

Traduction : Marie Vrinat.

 

Merci aux éditions de l'aube pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "À la découverte d'auteurs" (28), ainsi que "Comme à l'école".

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20:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/11/2014

Lourdingue

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (142).

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© Kot

 

Putain... c'qu'elle est lourdingue, l'emmerdeuse de français.

Déjà qu'avec elle, il faudrait qu'on s'tape cinquante livres sur l'année ! Comme si on n'avait qu'ça à faire. "Hé, ho, l'ancêtre, tu m'as d'jà bien regardée ? Y a pas qu'ton cours, non plus. Nanmého."

Et bla bla bli, et bla bla bla : "vous devez travailler régulièrement, on ne découvre pas avec horreur - intonation ironique, of course - son cours la veille de l'examen, on prend l'avance..."

Mais qu'est-ce qu'elle croit, l'autre ? Y a des choses plus importantes dans la vie qu'étudier, y s'ra toujours bien temps après.

Puis, ses feintes à la con, elle peut s'les garder, hein. Le jour où j'sou(rirai) en cours de français, c'est pas d'main la v(i)eille.

Et aujourd'hui, le pompon. THE cerise sur THE gâteau - ouais ben, l'anglais, c'est pas mon fort (tiens, i'm sembl' qu'y a un vieux schnock à la télé qui s'appelle comme ça -) non plus : j'ai pas fait UN pas dans la classe que son regard de la mort qui tue se fixe sur mon froc et elle sort : "Ah non, Margot, pas pour venir à l'école, ce n'est pas une tenue correcte".

J't'en foutrai moi, des tenues correctes. J'ai soupiré brrrruyamment en levant les yeux au ciel, histoire qu'elle comprenne qu'elle m'emmerdait grave mais bon, quand même, j'ai rien répondu. J'avais pas envie d'me taper deux heures de retenue.

Quand j'pense au fric dingue qu'j'ai dépensé pour ce froc. Merde, quoi. Va falloir penser à ne plus l'mettre quand j'vais en français.

Tant pis, demain, j'arrive dans sa classe avec des ch'veux roses et on va bien voir si elle moufte encore : y a rien dans le règlement sur la couleur des ch'veux ! J'ai vérifié !!!

06:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (16) |

16/11/2014

LDPA ou Livra'deux pour pal'Addict, 11e session

11e session de ce Livra'deux (modalités) ; je participe avec Morgaxia.

 

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Parmi les livres de sa PAL, j'ai sélectionné :

 

Orgueil et Préjugés de Jane Austen car j'aime beaucoup l'auteure.

Le jeu de l'ombre de Sire Cédric car c'est un récit que j'ai beaucoup apprécié.

Peur express de Jo Witek car je viens de découvrir l'auteure et je lirais moi-même volontiers ce livre, qu'une de mes collègues devrait d'ailleurs bientôt me prêter.

 

Morgaxia a choisi Peur express.

 

 

Elle m'a proposé :

 

Bourbon Kid, tome 2, L'œil de la lune, Anonyme : "J'adore cette série, en particulier son humour noir et son côté un peu décalé. Je voulais donc connaître ton avis en particulier en comparaison avec le tome 1."

Chasseurs de tête, de Jo Nesbo : "J'ai déjà lu un livre de cet auteur  (c'était Le Léopard) et j'avais aimé la complexité de son intrigue. Alors j'aurais voulu savoir ce que tu  pensais de lui."

Mémoire d'un maître faussaire, de William Heaney : "Je ne connais ni le livre ni l'auteur mais j'aime le fantastique et le résumé m'intrigue, j'aimerais donc avoir un avis."

 

Je choisis L'œil de la lune : il y a très longtemps que je l'ai dans ma PAL et comme j'ai a-do-ré L'homme sans nom, je me laisse volontiers tenter par ce deuxième opus.

19:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/11/2014

Sortie noire, Christian Laurella

Présentation. Après vingt ans passés derrière les barreaux, Daniel‚ prisonnier modèle et complètement amnésique‚ bénéficie d'un régime de semi-liberté et trouve un emploi dans une menuiserie.

En parallèle‚ deux femmes, dont l'une est au service de l'autre, habitent une maison isolée en province. L'arrivée d'une lettre annonçant la libération de Daniel va bousculer l'apparente quiétude qui semblait être le quotidien des deux femmes et allumer un feu d'enfer dans la maison.

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Mon avis. Un récit dont les pages se tournent aisément...

Plongée dans la "vie" de Daniel, ou plus exactement ce qu'il en reste : condamné à vingt ans de réclusion pour un crime dont il ne se souvient absolument pas, Daniel va pouvoir se frotter à la liberté retrouvée, à mi-temps du moins puisque le jour, il est autorisé à travailler à l'extérieur et le soir, il réintègre sa cellule jusqu'au lendemain suivant. Il est loin de se douter que cette situation aura une incidence particulière auprès d'Elisabeth, une vieille dame vivant avec sa "bonne", la machiavélique Marlène.

J'ai apprécié ce récit : je désirais savoir (jusqu')où l'intrigue allait m'entraîner, ou plus exactement ce qu'il allait advenir de Daniel et Marlène, les deux personnages sur lesquels est centrée la narration. Le lecteur passe de l'un à l'autre sans que cela ne pose problème, jusqu'à l'épilogue.

J'ai noté cependant quelques maladresses : les événements s'enchaînent, selon moi, trop rapidement/facilement ; en outre, la description de certains meurtres a un côté grand-guignolesque qui m'a un peu gênée.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

 

Ce récit entre dans le challenge "A la découverte d'auteurs" (27).

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14:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

11/11/2014

Les Géants, Benoît Minville

Présentation.

ÇA SE PASSE SUR LA CÔTE BASQUE.

Les Géants, ce sont eux :

Deux familles, un clan qui se serre les coudes depuis toujours.

Les parents, ouvriers et pêcheurs, gardent la tête haute.

Leurs fils ont le surf pour vocation, peu ou pas d'horizon.

 

ET SOUDAIN, LA VAGUE ARRIVE :

César, le grand-père revient.

Il a passé 20 ans en prison ; tout ce temps, on a fait croire qu'il était mort...

... et il a des comptes à régler.

 

DE LOURDS SECRETS À DÉTERRER.

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Mon avis. Décidément, les éditions Sarbacane font mouche avec cette collection Exprim' destinée aux (grands) adolescents. C'est une nouvelle fois le cas avec ces Géants.

Direction le Pays Basque où nous découvrons deux amis "à la vie à la mort", Marius et Estéban, soudés aussi par une passion commune : le surf.

  "Le mouvement. Tout résidait dans le mouvement. La vie n'était que mouvement, et ils étaient persuadés que le corps ne devenait réalité que dans l'alchimie du vent et de l'eau." [p. 44]

 

Pour eux, la vie, ce n'est pas "tout rose et violette" : les parents de Marius ont parfois du mal à nouer les deux bouts et le jeune homme est au chômage.

La famille d'Estéban, quant à elle, vit dans un mobil-home "en transhumance" lorsque le camping où elle réside accueille les vacanciers d'été ; elle tire toujours le diable par la queue. Estéban et sa maman se crèvent au travail pendant que le papa, Henriko, noie plus souvent qu'à son tour dans l'apéro sa honte et son orgueil blessé, depuis qu'un accident de travail l'a laissé sur le carreau et que Bartolo, son plus jeune fils, a été diagnostiqué "légèrement autiste". Nouvelle erreur de parcours pour ce père désormais sans repères. Les deux familles s'épaulent quand les temps sont vraiment trop durs.

Ban a trouvé son soleil en la personne d'Alma, la sœur de Marius mais personne n'est au courant de cette lumineuse relation. Personne ne peut l'être d'ailleurs même s'ils savent qu'un jour, il faudra bien le leur apprendre.

Le fragile (dés)équilibre est rompu lorsqu'en pleine nuit débarque chez Marius un homme qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam : son grand-père, officiellement mort depuis bien longtemps. Des lézardes apparaissent alors dans la cellule familiale qui s'effrite, lentement mais sûrement, avec l'arrivée inopinée de ce tonton grand-père (ex-)flingueur qui vient de recouvrer la liberté après vingt ans à l'ombre.

J'ai beaucoup aimé ce récit qui met le doigt là où ça fait mal : les relations parfois tendues entre adolescents et parents ; l'acceptation difficile du handicap ; le regard des autres lourd de signification ; les problèmes financiers qui rendent le sommeil difficile ; la remise en question des valeurs sur lesquelles on s'est construit ; la difficulté de (continuer à) croire en ses rêves, quoi qu'il puisse en coûter...

L'écriture est telle que l'on ressent une pression qui imprègne les pages à l'instar de la chaleur omniprésente : on tourne les pages, désireux de connaître la suite du récit, tout en redoutant de voir s'inscrire les mots/maux...

Un extrait de la bande-son.

 

Grand merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "A la découverte d'auteurs" (26) et "Jeunesse/Young Adult" (5).

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17:41 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

10/11/2014

Ma meilleure ennemie

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (141).

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 © Romaric Cazaux

 

La force de l'habitude ?

Peut-être.

 

Quand la distance s'est-elle s'installée ?

Oh, je ne sais pas vraiment.

 

Après dix ans, la complicité des débuts s'est émoussée.

Après vingt ans, les blancs ont commencé à émailler nos conversations.

Après trente ans, nous n'essayions même plus de combler les vides.

Aujourd'hui demeure envers et contre tout - envers et contre nous ? - notre "rendez-vous" hebdomadaire, celui qui nous conduit bon an mal an dans la brasserie où nos regards se sont croisés pour la première fois. 

Aujourd'hui, il est rare que nos yeux se posent ailleurs que sur la carte ou la pièce ceinturée de miroirs que nous connaissons désormais sur le bout des doigts.

Nous n'espérons plus rien.

 

Mais que voulez-vous ?

La force de l'habitude.

 

Ou bien...

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (21) |

08/11/2014

Outlander, Livre 2 : Le talisman, Diana Gabaldon

Présentation. 1968. À la mort de son mari, Claire Beauchamp emmène sa fille en Écosse, sur les lieux mêmes où, vingt ans plus tôt, elle a vécu d'extraordinaires aventures... Des aventures qui, dans ce second tome, vont conduire Claire et Jamie dans le Paris du siècle des Lumières.

Leur but ? Empêcher Charles-Eduard Stuart d'accéder au trône, un événement qui marquerait le début d'une répression sanglante dans les Highlands. Mais dans leur course effrénée, le couple découvrira à ses dépens qu'on ne peut modifier le cours de l'histoire impunément... La suite d'une série incontournable !

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Mon avis. Nul étonnement, j'imagine, si je vous dis que j'ai retrouvé avec grand plaisir le couple (...Jamie...) rencontré dans la première intégrale.

Le début du récit est déconcertant  : la narration commence en 1968 alors que nous avions laissé le couple au XVIIIe siècle. Claire, est revenue dans le présent et fait découvrir à sa fille Brianna l’Écosse si chère à son cœur (douloureux), plus précisément les Highlands.

Elle a cependant aussi une autre idée en tête : en savoir plus, grâce à Roger, le fils adoptif du révérend Wakefield - désormais décédé -, sur ce qu'il est advenu du clan Fraser et des autres familles engagées dans la lutte sanglante contre les Anglais.

Pour ce faire, elle devra livrer à sa fille et au jeune homme l'h(H)istoire incroyable qui lui est arrivée vingt ans plus tôt, au risque de perdre Brianna. C'est alors que nous replongeons, en sa compagnie, dans un passé qui se décline encore aux côtés de Jamie.

Focus sur les amoureux, toujours profondément épris l'un de l'autre - ce qui ne signifie nullement qu'ils soient du même avis à tout propos -, désireux, tant que faire se peut, d'éviter à leurs "compatriotes" le bain de sang "annoncé" face aux Anglais. Les voici donc, dans un premier temps, embarqués vers la France où ils auront fort à faire pour tâcher de modifier le cours de l'Histoire. Mais une telle éventualité est-elle envisageable ? Quels sont les risques encourus à la fois dans le passé et dans le futur ? D'autant que l'ombre de Jonathan Randall plane toujours sur le couple oh combien aventureux.

Le retour au XXe siècle est abrupt : pris par l'action, les alliances, les trahisons, les combats, on en avait presque oublié que Claire est bel et bien revenue dans notre présent. Presque.

Si j'ai beaucoup apprécié ce deuxième opus, j'ai trouvé qu'il souffrait parfois quelques longueurs, notamment lors de leur séjour en France, mais il est bien évident que je lirai la suite.

Un grand merci à J'ai Lu pour ce partenariat.

Traduction : Philippe Safavi.

17:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

05/11/2014

Impressions Lointaines, Elodie Agnesotti

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Une fois est peu coutume, je me suis lancée dans la lecture d'un recueil de poésie et ce fut réellement une incursion dans une bulle de légèreté...

La jeune auteure m'a contactée, me demandant si je souhaitais éventuellement découvrir ses textes ; après en avoir lu quelques-uns, j'ai accepté car je sentais que je risquais de les apprécier. Je ne m'étais pas trompée ; j'en ai d'ailleurs acheté la version "papier" afin de pouvoir lire quelques poèmes en classe, accompagnés de la photo initiatrice.

Ces "impressions lointaines" mettent le cap sur la Mongolie (m'est revenu en "images" le roman d'Annelise Heurtier, Là où naissent les nuages) et la Chine, alliant harmonieusement photographies et mots. Plaisir des yeux. Plaisir des sons. Plaisir des sens/d'essence..

J'ai beaucoup aimé ces très beaux textes qui emportent le lecteur hors des sentiers battus. Laissez-vous tenter...

 

I.

MONGOLIE

 

01h54

Oiseau de métal,

hublots fermés comme des paupières ;

ne plus savoir vraiment

si le soleil dort

derrière [p. 7]

 

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Nous sommes

les ombres malhabiles

d'une peinture d'enfant

 

Au coin

les couleurs

se dévorent entre elles

 

Coup de pinceau

comme un caprice :

une silhouette

En bord de ciel

 

la nuit mongole

se déshabille

 

à l'abri des étoiles [p. 11]

 

La vue est

sourde

depuis le toit des siècles

 

Au troisième

battement de ciel

même le vent

 

s'est tu dans mes pupilles [...] [p. 29]

 

II. CHINE

 

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peut-être

faut-il apprendre

à se noyer

et couler nos sommeils

 

dans les étendues

bleu regard

d'un rêve d'enfant

 

peut-être... [p. 38]

 

Ce recueil entre dans le challenge "A la découverte d'auteurs" (25).

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19:35 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/11/2014

Ces mains-là...

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (140).

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© Maman Baobab

 

J'aurais aimé que ma petite main se retrouve dans la tienne comme un oiseau se blottit dans son nid

J'aurais aimé que tes années soient gonflées d'amour à mon égard

J'aurais aimé pouvoir me réjouir d'aller te rendre visite

J'aurais aimé...

 

Au lieu de cela

Je garde de toi un souvenir à mille lieues de celui que j'aimerais laisser à mes petits-enfants

Un souvenir qui s'effiloche

A l'image de celui que tu m'as laissé

Pas même quelques miettes de tendresse

Pas même...

 

Ces mains-là

Jamais ne seront la mienne et la tienne

Comme jamais elles n'ont été la mienne et la tienne

Toi qui ne fus que la grand-mère aux grands yeux de colère

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (12) |

30/10/2014

Une autre idée du bonheur, Marc Levy

Présentation. Quand une vie ordinaire devient extraordinaire.

Philadelphie. Au premier jour du printemps 2010, Agatha sort de prison, mais pas par la grande porte. Après trente ans derrière les barreaux, il ne lui restait que quelques années à faire. Alors pourquoi cette évasion ?
Dans une station-service proche du campus, elle s'invite à bord de la voiture de Milly et l'entraîne dans sa cavale sans rien lui révéler de sa situation.
Dotée d'un irrésistible appétit de vivre, Agatha fait voler en éclats la routine confortable de Milly. Trente ans les séparent, mais au fil du voyage les deux femmes partagent ces rêves qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser et évoquent ces amours qui ne s'éteignent pas.
Cinq jours en voiture à travers les États-Unis... À chaque étape, une rencontre avec un personnage surgi du passé les rapprochera du secret d'Agatha.
Jusqu'où devons-nous aller dans notre quête insatiable du bonheur ? À quoi ne faut-il jamais renoncer ?

Dans ce roman, Marc Levy réaffirme notre besoin inconditionnel de liberté et nous fait aussi découvrir un pan méconnu de l'histoire américaine.

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Mon avis. Il y a longtemps que j'avais lu un récit de Marc Levy ; celui que j'ai préféré demeure l'un de ceux qui ont parfois déplu à ses fans inconditionnels, à savoir Les enfants de la liberté.

J'ai reçu celui-ci pour mon anniversaire et je n'ai pas tardé à l'ouvrir.

Ce roman se lit aisément et rapidement, je me suis retrouvée dans une espèce de road movie qui n'est pas sans rappeler Thelma et Louise ; en l'occurrence, ici, Agatha et Milly.

Le lecteur découvre dans un premier temps Tom, celui qui se lance à la poursuite d'Agatha : cette dernière vient de s'évader de prison alors qu'elle approchait "tout doucement" de sa libération. Ensuite, focus sur Milly dont l'existence, monotone, est réglée comme du papier à musique.

Les deux femmes, que tout sépare, vont faire un (long) bout de chemin ensemble : l'une évoque son passé pour "mieux" échapper à son futur ; l'autre tient peut-être là l'occasion d'écrire son avenir dans d'autres tonalités. Peut-être. Sur leurs traces, le fameux Tom qui, visiblement, a bien connu la fugitive.

J'ai passé un agréable moment en compagnie des personnages malgré un (fameux) bémol : la fin que j'ai trouvée (beaucoup) trop "facile".

 

La couverture illustre l'idée n° 42 du challenge des 170 idées (borne, point de repère d'une ville).

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20:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

28/10/2014

Challenge "Un mois = une consigne"

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Je me suis inscrite à un nouveau challenge pour 2015 : "Un mois = une consigne".

Il s'agit de lire au moins un livre par mois répondant à une consigne particulière, à savoir :

 

Janvier : Lire un roman sorti/édité en 2014.


Février : Quel est ton genre favori ? Lis donc un livre de ce genre...


Mars : Lire un roman dont le nom ou prénom de l'auteur commence par T.


Avril : Si on lisait une romance pour l'arrivée du printemps ? Vous n'aimez pas ça ? Ok alors vous pouvez lire un roman Young Adult...


Mai : Lire un livre de moins de 200 pages.


Juin : En été, on va lire un roman d'un auteur francophone.


Juillet : Sous le parasol, on va lire un roman dont l’héroïne est une femme.


Août : Un livre jaune sera entre vos mains en ce mois d'août.


Septembre : C'est la rentrée alors on va lire un livre de la rentrée littéraire.


Octobre : Halloween viendra frapper à ta porte, alors tu liras un roman effrayant.


Novembre : Envie de découvrir un auteur ? C'est le moment: sors de ta pal un livre dont tu ne connais pas encore l'auteur...


Décembre : La neige couvrira la couverture de ton roman (couverture blanche ou à motif de neige).

 

Pour les renseignements, c'est ICI.

20:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Challenge "Comme à l'école", session 10

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Les modalités ?

Il s'agit de lire au moins un titre commençant par une lettre imposée (mode 1) ou un livre ayant un rapport avec le thème imposé (mode 2) ou encore un livre combinant les 2 : lettre et thème imposés (mode 3).

Cette dixième session court du 27/10/14 au 01/01/15 ; la lettre est le "C" (premier mot du titre sans l'article éventuel) ; le thème est "musique".

Je me suis inscrite en mode 2 pour cette session.

 

De plus amples renseignements sont disponibles chez Gr3nouille.

20:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/10/2014

Renaissance, Jean-Baptiste Dethieux

Présentation. Le psychiatre m’avait pourtant prévenu. Il ne fallait pas tenter cette plongée dans les abîmes, tout seul. Surtout pas ! Vouloir remonter le temps ou plutôt le dérouler sans l’aide d’un compagnon de route, d’un guide de haute montagne aguerri, grand connaisseur du terrain et de tous les pièges que représente cette virée dans les recoins de ma mémoire, c’était de la folie !

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Mon avis. Ce récit entraîne le lecteur dans les méandres d'une mémoire entre parenthèses, qui ressemble à une plongée en eaux troubles.

Une histoire d'absences se (dé)voile au lecteur : celles auxquelles Jean Malenc est visiblement sujet, son esprit semblant dériver plus souvent qu'à son tour sur des rives nébuleuses ; celles relatives à la disparition des deux femmes de sa vie, à savoir sa femme Liz et sa fille et Blanche.

L'homme est bien décidé à faire la lumière sur ce qu'il leur est arrivé, même s'il doit, pour cela, remuer un passé qui risque de mettre au jour des secrets enfouis.

Ce roman se lit facilement et, dans d'incessants allers et retours, égare le lecteur sur les sentes à peine tracées de sous-bois étranges au bout desquelles s'esquissent quelques réponses...

Merci aux éditions Taurnada pour cette découverte.

Ce titre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 2 %" (15/6) et "A la découverte d'auteurs" (24).

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20:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Méandres

Une nouvelle participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (139).

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© Kot

 

Si près, si loin...

Elle marche devant moi et je ne vois qu'elle, mes yeux s'abreuvent de ses courbes parfaites ; son déhanchement à peine perceptible fait naître en moi des délices que je n'ose pas encore me formuler...

Depuis des semaines, elle passe de temps à autre devant la boutique. Oh, je suppose que je ne l'ai pas remarquée la première fois, elle a dû n'être qu'une image fugace bien vite envolée jusqu'à ce qu'un mercredi matin, je la voie nettement se détacher sur le fond de ma routine. Peut-être en raison de sa robe rouge. Éclair flamboyant dans ma grisaille quotidienne au milieu de l'encadrement de la vitrine. Feu rétinien. Arrêt sur image qui s'éternise à tel point que lorsque je me secoue enfin et franchis la porte de ma boutique, elle a disparu. Je rentre dans mon antre, me demandant si j'ai rêvé. Je retrouve les couleurs variées des tatouages des clients, jeunes ou moins jeunes, venus imprimer dans leur chair qui un désir, qui un soupir, qui un espoir.

Deux jours plus tard, nouvelle fulgurance, le temps de boire du bleu sous de longs cheveux châtain. Cette fois, je me dégrise presque instantanément et pousse la porte qui s'ouvre vers cet ailleurs que j'ai à peine entrevu. J'ai planté là le type venu marquer son avant-bras avec le clown du maître King, sans doute poussé par les blagues de mauvais goût perpétrées ces dernières semaines dans le nord de la France par des plaisantins en "mâles" de sensations. Je l'avoue, je l'ai suivie quelques centaines de mètres avant de rebrousser chemin. Piteuse mine de celui qui n'ose.

Depuis des semaines, client ou pas client, je scrute chaque jour la rue, avide de revoir la piétonne de mon cœur. Lorsque son image s'immisce dans mon champ de vision, je m'évade et parfois, je plante là le futur tatoué :

- "Je reviens tout de suite".

Je dispose mes pas dans les siens. Discrètement. Avant de faire demi-tour.

Pourtant, un jour prochain, j'oserai :

- "Mademoiselle ? Mademoiselle ?"

Je le sais.

06:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (14) |

25/10/2014

Le massacre des innocents, Mallock

Présentation. La tour Eiffel, un ciel bleu, un soleil citron, une petite fille en robe jaune à pois blancs, ses parents, son frère, un policier en sueur. Brutalement, l'homme en uniforme ouvre le feu ! Ainsi commence la nouvelle enquête du commissaire Mallock.

Un peu partout en France, les massacres s'enchaînent. Virus ? Secte ? Terrorisme ? Le mystère est total, la panique à son comble. Le pays apprend à vivre avec le couvre-feu et l'armée dans la rue. Mallock et son équipe enquêtent dans une atmosphère de folie furieuse. Le commissaire, autant redouté pour son expertise que célèbre pour ses intuitions, saura-t-il arrêter le massacre des innocents ?

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Mon avis.  J'ai profité de la sortie du livre en poche pour en proposer une lecture commune ; après les troisième, quatrième et premier volets (j'ai fait les choses dans le désordre), voici donc le deuxième pour lequel il vaut mieux (aussi) avoir le cœur bien accroché - tout comme les tripes d'ailleurs -.

J'ai retrouvé avec plaisir Mallock, tant le commissaire que (la plume de) l'auteur, même si l'on sait que l'enquête risque de ne pas être une partie de plaisir.

Le massacre des innocents, c'est en quelle sorte la chronique d'une barbarie annoncée, savamment dosée, minutieusement programmée, "artistiquement" mise en scène.

Le début du récit donne d'emblée le ton, proposant aux regards écœurés, qui en ont pourtant déjà vu d'autres, toutes les nuances du sang : "Du rouge partout, et sur toutes ses formes. Traînées, gouttes, flaques, éclaboussures, jets... Ici et là, des débris d'os et de cervelle tentaient d'imposer, en surnageant sur cette vasque sanglante, leur blancheur tragique. Des rivières de sang et d'urine se rejoignaient pour prendre la couleur du cuivre, avant de se précipiter dans le vide en repeignant les poutrelles." [p. 31]

 

Le grand chef du Fort est en vacances à Andernos-les-Bains et laisse s'étendre la fêlure qui fait désormais partie de son quotidien depuis la mort de son fils, quand il doit rentrer au "36" suite aux épisodes de crise de démence qui se répètent sur le territoire. Eros et Thanatos semblent prendre plaisir à se lancer dans une sarabande macabre.

Bien vite, Mallock et son équipe sont lancés dans une course contre le temps, ce grand horloger devenu désormais l'artisan de la mort.

Difficile d'interrompre la lecture une fois le livre commencé car les enquêteurs pataugent (!) et l'on se demande comment ils vont pouvoir stopper cette hémorragie. Mallock devra recourir, une fois de plus, à ses talents cachés afin de capturer les bribes d'intuition qui surgissent çà et là et espérer entrevoir le bout du tunnel car l'instigateur de ces massacres est diablement intelligent.

  "- Tu sais, j'en ai déjà tant vu que seul le bonheur m'étonne encore." [p. 75]

La fin du récit m'a émue ; la dernière phrase m'a laissée K.O.

 

Dans un registre plus léger, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous un des autres talents de l'attachant commissaire :

  "Il ne fallait pas couper les tomates en tranches trop épaisses. Comme la mozzarella d'ailleurs. Ni trop fines non plus. C'était une question d'équilibre. Le coefficient d'imprégnation de l'huile dans le légume et dans la porosité accueillante du fromage faisait partie des petits secrets d'une recette apparemment facile.

  "Tout en déplorant de devoir pousser plus avant la provocation, il faut bien reconnaître que j'adore les tomates." [Pierre Desproges]

   - Cœur de bœuf, articula-t-il pour lui-même.

   Le nom des tomates faisait partie de leur charme. Du moins aux yeux d'Amédée, qui s'y retrouvait étrangement. Lui aussi était boursouflé et tordu par la vie, plus soucieux d'être généreux que de paraître, lourd et puissant comme un bœuf, le cœur battant gorgé de sang.

   Après les tomates, contrairement à ce qu'il est d'usage de faire, Mallock trancha trois petits oignons nouveaux en fines rondelles et commença à couper la bufflonne en admirant sa déliquescence lactée. En fait, lorsqu'elle était de cette qualité, Giustina, il n'utilisait pas de couteau, mais la déchirait avec les doigts. Ça mettait en valeur les fibres et respectait la texture du fromage frais. L'huile d'olive et les condiments pénétreraient sans peine une aussi tendre pâte." [p. 108 - 109]

 

  "L'huile et le vinaigre doivent toujours être choisis avec le plus grand soin. [...]

   Dans un saladier, au fond duquel il avait mis une petite poignée de sel, il versa deux cuillerées de vinaigre de Xérès, plus quelques gouttes de véritable balsamique. Il remua pour faire dissoudre le sel, avant d'y jeter ses tomates. Au-dessus, il posa la mozzarella déchirée, la saupoudra de six tours de moulin à poivre - Penja du Cameroun - et fit couler son huile d'olive. C'était important de marier séparément les tomates au vinaigre, et le fromage à l'huile. Il laissa reposer dix minutes. [...]

   Au moment de servir, il fit tomber quelques gouttes de Tabasco et mélangea vigoureusement légume et fromage sans se soucier de l'apparence. [...] Dernière touche personnelle : peu partisan du basilic trop marqué, Mallock ajouta quelques morceaux de persil plat ciselés frais. Pour la couleur, mais pas seulement. Il trouvait que la verdure allongeait, en bouche, le goût de la tomate. Puis, touche finale, il termina de saler l'ensemble par une petite pluie de fleur de sel." [p. 114 - 115]

 

L'avis de Cécile ;

13:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

22/10/2014

Vers le bleu, Sabrina Bensalah

Présentation. Ornella et Anoushka vivent dans une caravane avec une mère loufoque et immature.
Alors que la petite Anoushka prépare l’élection de Mini-Miss Camping, Ornella se prépare à quitter le trio devenu étouffant pour enfin vivre sa vie, sa vie à elle ! Malheureusement, elle sera devancée par "La Mère", qui se sauve avec un vieil ami d’enfance fraîchement retrouvé… Et Ornella, qui rêvait de liberté, doit assumer l’éducation de sa sœur, l’impayable Noush.

Mais rapidement, Noush se révèle très débrouillarde. Elle entraîne sa sœur dans de drôles de combines pour survivre – et parsème de fantaisie le difficile quotidien.

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Mon avis. Un texte touchant qui raconte le quotidien de deux sœurs qui, par la force des choses de leur mère, ont grandi trop vite...

Ornella et Anoushka, alias Nel et Noush, vivent dans une caravane avec leur mère, ou en tout cas celle qui leur a donné naissance car pour le reste, c'est une autre paire de manches...

Nel a dû renoncer à sa dernière année de lycée, faute de moyens, et est contrainte de "jouer à la maman de substitution" pour sa petite sœur ; elle supporte d'ailleurs à peine "la Mère" qui lui a bel et bien confisqué son adolescence et pense davantage à "tortiller du cul" qu'à élever ses filles. Du jour au lendemain, cette figure qui n'a de maternel que le titre plie armes et (très peu) de bagages et disparaît en compagnie d'un ex qui a refait surface.

Noush souffre de l'absence de sa maman, tandis que Nel souffre davantage pour sa sœur, oscillant entre tristesse, colère et dégoût. Elle va devoir se "débrouiller" seule ou presque - certains des habitants du camping étant discrètement présents - avec la gamine qui n'est pas de tout repos et colore la vie de ceux qui la côtoient davantage dans des tons vifs que pastel...

Durant ce même été, quelques villas achetées à prix d'or par de riches touristes sont vandalisées, mettant ainsi en exergue une (im)pitoyable spéculation immobilière.

L'auteure décrit cette dure réalité grâce à des mots à la fois percutants et enchanteurs, souvent empreints d'humour, à l'image de Noush en quelque sorte...

 

  "Désolée, mon gars. Désolée si ma soeur se comporte mal mais, tu vois, la vie pour nous n'a rien d'un arc-en-ciel... Ce serait plutôt un nuage gris qui menace sans cesse de nous ratatiner d'une bonne pluie de grêle.

   Mais un jour les couleurs. Un jour le bleu - et alors Noush rotera la bouche fermée." [p. 14]

  "Les étoiles ont continué de filer et de tracer de mille feux ma ligne de vie dans le sombre du ciel." [p. 136]

  "Mais reviens vite, et offre-moi le temps qu'il te restera. Quelques minutes tes bras, autour de mon existence." [p. 170]

Merci aux éditions Sarbacane pour ce partenariat - qui me permet (à nouveau) d'ajouter un titre sur les listes de lecture proposées à mes élèves -.

 

Ce roman illustre les challenges "Rentrée littéraire 2 %"  (14/6), "A la découverte d'auteurs" (23), "Un genre par mois" et "Jeunesse/Young Adult" (4).

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15:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

21/10/2014

Battista revenait au printemps, Renata Ada-Ruata

Présentation. Titto et Neto partagent une même tendresse pour Ghitta, leur grand-mère. Un même attachement à leur village, perdu dans les montagnes du Piémont italien. Une même admiration pour le maître d’école, qui n’a de cesse de les voir s’ouvrir au monde. De mêmes émois amoureux avec la fantasque Angiolina. Et un même travail saisonnier, qui les emmène chaque année avec leurs aînés dans la vallée alors que l’Histoire gronde, sous la montée du fascisme dans une Italie divisée.

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Mon avis. Une douce balade en compagnie de Titto sur les routes d'Italie, de Suisse et de France... Un roman qui se doit d'être lu sans hâte aucune, au fil du regard porté par Titto sur l'existence.

Ce récit est d'abord déconcertant en raison de l'énonciation perpétuellement "en mouvement" : Titto se désigne d'une phrase à l'autre par le "je" ou le "tu" ; le "nous" englobe Titto et son ami Neto ou bien Titto et d'autres membres de sa famille ou encore les deux garçons et leur maître d'école ; le "vous" fait référence à ce dernier ou à Titto et d'autres personnages... Bref, passée la première surprise qui m'a fait relire l'un ou l'autre passage, histoire de voir si je m'étais "emmêlé les pinceaux", j'ai adopté ce rythme de narration étrange.

  "Ensuite, j'ai réfléchi à ce récit que je tente d'écrire. J'ai repris mes pages d'écriture et je les ai relues. Je me suis dit que vous les trouveriez certainement sans queue, ni tête. Je n'avais pas su construire un récit et puis cette lubie de vouloir raconter à deux voix, moi et un autre, moi et vous, et les autres, toutes ces voix mêlées." [p. 281]

 

Titto vit dans un petit village de montagne piémontais ; jeune adolescent, il se lance sur les routes hivernales du pays avec les hommes de la famille - père, oncles, cousins selon les années - afin d'en ramener un peu d'argent grâce à leur travail de rémouleurs et réparateurs de chaudrons, casseroles et autres récipients. Une fois la belle saison de retour, ils s'en reviennent au pays aider les femmes demeurées au village.

Titto est profondément attaché à Neto, son cousin ; un lien si fort qu'il n'est souvent nul besoin pour eux de mots pour se comprendre. Tous deux aiment profondément Ghitta, leur grand-mère. C'est elle qui donnera à Titto le goût des histoires, aidée en cela par le maître d'école qui entretiendra toujours chez le jeune garçon le goût des mots, dans un monde où la lecture "pour le plaisir" est très souvent considérée comme inutile.

  "Des questions, je m'en posais, sur tout. Je ne demandais rien au père parce qu'il avait pour habitude de répondre à un Pourquoi par un, Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas. Tu repartais un peu honteux mais surtout fâché, et si tu baissais la tête, c'était pour qu'il ne voie pas ta colère. Quand Grand-mère assistait à ce genre de scène, elle attendait que le père s'éloigne et elle me donnait son explication à elle [la réponse du poète chez Pierre Bottero en quelque sorte].

   Pourquoi la lune n'est jamais pareille ? Eh bien parce que les merveilles ne se découvrent que petit à petit, aussi la Lune ne nous montre son visage en entier que toutes les trois semaines, et encore quand il n'y a pas de nuages pour nous la cacher, parce que les nuages sont jaloux. Pourquoi le taureau quand il vient, il monte sur la vache ? Il vient parce qu'il est amoureux, aussi il est normal qu'il essaie de la prendre das ses bras, non ? Je faisais remarquer que ce n'étaient pas des bras mais des pattes. Nos pattes de devant à nous s'appellent des bras, répondait-elle." ´[p. 111]

  "Et j'ai entendu la voix de Grand-mère qui me redisait que les pleurs lavent le cœur, font du bien à l'âme et que les larmes de douleur étaient les diamants noirs du ciel." [p. 235]

 

Inutile de vouloir se hâter avec ce texte qui se déroule comme la chronique "d'une écriture annoncée", au fil des mois rythmés par la nature, la marche, la recherche d'un toit, le froid, avant le retour auprès de Ghitta. Pendant ce temps, petit garçon (naïf) devient grand et se découvre, si proche et à la fois si éloigné des siens...

   "Ce qui m'apportait du plaisir d'ailleurs, ce n'étaient pas les mêmes choses que lui [= son père]. Là où il entendait le son d'un travail bien fait, toi tu entendais le chant de la pierre contre le métal, là où il voyait le travail terminé, tu voyais une courbe parfaite, et le brillant de la lame t'emportait vers la surface argentée des lacs et le scintillement de la lune. Ton regard différent n'empêchait pas le travail de se faire". [p. 101]

Merci aux éditions de l'aube pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 2 %" (13/6) et "A la découverte d'auteurs" (22).

21:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/10/2014

Faux-semblants

Une nouvelle (très brève) participation à l'atelier d'écriture proposé par Leiloona : Une photo quelques mots (138).

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© Marion Pluss

 

Façade de circonstance

Mannequins de photos verglacées

À l'image du givre destructeur

Illusions perdues

Cendres éparpillées

De ce qui fut notre union

"Forfait mariage"

Miettes d'autrefois

Qui gagne a perdu...

06:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

17/10/2014

Typos, 2 : Poison noir, Guido Sgardoli

Présentation. Dans une société où l'information est un mensonge, Typos défend la vérité.
Un virus, appelé le "poison noir" sème la panique à Maximum city. Cette micro-bactérie qui s'attaque aux récoltes entraîne une crise alimentaire et économique sans précédent. Une puissante société, AgroGen, prétend avoir trouvé un anti-virus. Mais pour l'équipe de Typos, cette solution miracle cache quelque chose.
Le pouvoir en place menace l'avenir des hommes. Une mission de tous les dangers...

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Mon avis. J'ai retrouvé avec plaisir la fine équipe rencontrée dans le premier opus : Arlequin, Dusker, Gipsy et Morph . J'avais apprécié le tome précédent mais j'ai davantage aimé celui-ci.

C'est à partir des curieuses démangeaisons cutanées d'Arlequin que commencent les investigations du groupe : un champignon noir a décimé les cultures et comme par hasard, la puissante multinationale AgroGen semble avoir trouvé le remède miracle à ce fléau.

Les jeunes gens, chapeautés par Sybil, un de leurs professeurs, et Seth, le papa d'Arlequin désormais exilé dans l'espace, se mettent en recherche des informations susceptibles de faire la lumière sur cette affaire. Dans l'ombre, l'inévitable "homme au chapeau". Terrible.

L'enquête est dangereuse et ceux qui leur viennent en aide, volontairement ou pas, risquent d'en payer le prix fort. J'ai particulièrement aimé la manière dont le personnage de Gipsy acquiert de la profondeur...

Pas de temps mort dans cet épisode qui touche à un sujet sensible et actuel.

Traduction : Faustina Fiore.

Merci à Flammarion pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenge "Rentrée littéraire 2 %" (12/6), "A la découverte d'auteurs" (21), "Un genre par mois" et "Jeunesse/Young Adult".

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15:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

15/10/2014

Les mots qu'on ne me dit pas, Véronique Poulain

Présentation. “Salut, bande d’enculés !" C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison. Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds. Je vais leur prouver que je dis vrai. “Salut, bande d’enculés !” Et ma mère vient m’embrasser tendrement.

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte. Son père, sourd-muet. Sa mère, sourde-muette. L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot. Le quotidien. Les sorties. Les vacances. Le sexe. D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie. D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

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Mon avis. Un beau texte, aux phrases courtes et percutantes, qui évoque la surdité : celle des parents de l'auteure entendante. Un monde où le silence des mots le dispute aux bruits des gestes.

Le récit se construit à partir de situations liées à ce quotidien particulier, tantôt cocasses, tantôt touchantes, tantôt grinçantes : la vie avec ses différences, montrées (in)délicatement du doigt ; celle où la narratrice navigue entre deux eaux, (très) agacée par ces parents hors-normes. (Très) fière d'eux aussi.

   "Je suis bilingue. Deux cultures m'habitent.

   Le jour : le mot, la parole, la musique. Le bruit.

   Le soir : le signe, la communication non verbale, l'expression corporelle, le regard. Un certain silence." [p. 13]

   "Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaison, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'ils sous-entendent ?" [p. 217]

  "Dans la famille, la vraie muette, c'est moi.

   Pour tout ce qui concerne l'affectif, les sentiments, muette comme une carpe. [...]

   Je peux me fermer comme une huître.

   M'enfermer dans un monde qui n'appartient qu'à moi.

   Un monde de silence.

   Pour l'autre, c'est pénible.

   Pour moi, c'est un cauchemar." [265 - 266]

 

Ce livre - en lecture commune - entre dans les challenges "Rentrée littéraire presque 2 %" (11/6) et "A la découverte d'auteurs" (20).

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13:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) |