24/08/2016

La dame à la camionnette, Alan Bennett

Présentation. Miss Shepherd, vieille dame excentrique, vit dans une camionnette aux abords de la résidence londonienne d’Alan Bennett. Victime de l’embourgeoisement du quartier et de quelques vauriens, elle finit par installer son véhicule dans la propriété de l’auteur.

Commence alors une incroyable cohabitation entre la marginale et la célébrité, qui durera près de vingt ans.

Entre disputes, extravagances et situations drolatiques, la dame à la camionnette n’épargne rien à son hôte ni au lecteur. Bennett, en excellent conteur, saisit leur duo et livre, au-delà des anecdotes, un tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus.

Un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine.

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Mon avis. J'interromps avec ce récit ma litanie des "(très) belles découvertes", entamée voici maintenant quelques semaines. Ce court roman se lit. Point barre. [Pour être complète, je peux ajouter que j'ai lu un bon tiers de Deux veuves pour un testament, de Donna Leon avant de l'abandonner : je m'y ennuyais et comme tant de livres m'attendent, j'ai préféré jeter l'éponge].

Ce livre rassemble, pêle-mêle, des réflexions de l'auteur relatives à sa cohabitation insolite avec Miss Shepherd, une vieille dame qui vit dans sa camionnette et finit par s'installer sur la propriété de l'auteur avec lequel elle a des contacts plus ou moins (ir)réguliers. D'après ce qu'il explique à la fin du volume, il a pris durant vingt ans des notes au sujet de celle qu'il appelle Miss S. ; c'est à partir de celles-ci qu'il a rédigé ce texte.

Évoquer sur la quatrième de couverture un "tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus" ainsi qu'"un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine" me semble pour le moins exagéré. Si ces facettes-là vous intéressent, vous risquez fort d'être déçus ; personnellement, je parlerais plutôt d'une "esquisse de tableau" et de "quelques traces d'humour, çà et là".

Merci à Nahe pour le prêt.

Traduction : Pierre Ménard.

Titre VO : The Lady in the van (1989).

12:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

22/08/2016

Sous la surface, Martin Michaud

Présentation. La veille du Super Tuesday, jour crucial des élections primaires américaines, l’écrivaine et ancienne top-modèle Leah Hammett atterrit à l’aéroport de Lowell, Massachussets, en compagnie de son mari, Patrick Adams, candidat favori à l’investiture démocrate.

Vingt-cinq ans après avoir quitté sa ville natale sans y être jamais revenue, Leah voit son passé ressurgir avec violence. Des fantômes qu’elle croyait avoir ensevelis à jamais viennent la hanter, ravivant d’anciennes blessures, et laissant planer sur le présent leur ombre oppressante.

Commence alors un jeu cruel, dont Leah ne maîtrise pas les règles, et qui la précipite au cœur d’une toile complexe, faite de faux-semblants, de pièges retors et de secrets inavouables. Drames, histoires d’amour brisées et trahisons deviennent l’épicentre d’un ouragan, celui qui dévaste l’existence de chaque personnage et remue, sous la surface, les eaux troubles du pouvoir, à Washington…

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Mon avis. Un récit qu'il est difficile de lâcher une fois commencé...

Ce livre explore les arcanes de la politique américaine qui n'en sort nullement grandie, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais j'imagine que politique US ou d'un autre pays, c'est bonnet blanc et blanc bonnet...

Focus sur Leah Hammet, la femme de Patrick Adams, candidat (très bien placé) à l'investiture démocrate en cette année d'élection présidentielle. C'est entre autres via ce personnage principal féminin que se dévoilent les méandres de l'intrigue, pan après pan.

Le livre navigue entre passé plus ou moins proche et présent avec Leah en (superbe) fil conducteur. Indéfectible soutien de son mari en cette dernière ligne droite, elle atterrit à Lowell, un lieu quitté vingt-cinq ans auparavant, siège d'un drame qui a laissé Leah pantelante. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts mais la souffrance (qu'elle croit) enfouie demeure toujours présente. Il suffit de quelques mots pour que soit ravivée la douleur du passé.

Le "syndrome du chapitre court" joue impeccablement bien son rôle : le lecteur se laisse aisément emporter, se disant qu'il va lire le chapitre suivant, puis un autre... jusqu'à ce que se tournent les dernières pages. Et quand on pense avoir démêlé le sac de nœuds, l'ultime partie s'en vient refermer habilement la boucle.

  "Le temps passe et, à mesure que nos illusions se désagrègent, on a tous quelque chose à cacher. Lorsque le sommeil nous échappe, on espère que le matin tendra un voile sur nos remords. Mais quand on se réveille, la réalité tranche le monde en deux. Et tandis que mon passé enroulait ses doigts autour de ma gorge pour m'asphyxier, les coups répétés sur la porte des toilettes et la voix angoissée de Gene m'ont ranimée." [p. 35]

  "L'appât était en place.  L'appât ou le piège : tout était une question de point de vue." [p. 88]

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" (thriller - polar - policier pour août).

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20:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

19/08/2016

Battle Royale, Koushun Takami

Présentation. Dans un pays asiatique imaginaire, existe un programme gouvernemental connu sous le nom de "Battle Royale". Chaque année, une classe de 3ème est choisie au hasard, emmenée sur une île coupée du monde, et les collégiens doivent combattre entre eux jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un survivant...
Ceci afin de servir d'exemple à la population, à la jeunesse particulièrement, et aussi de recueillir des statistiques sur le temps mis par le champion à éliminer ses camarades.

Version contemporaine survitaminée de Sa Majesté des Mouches de William Golding, Battle Royale a défrayé la chronique à sa publication, avant de devenir l'un des plus grands best-sellers de l'édition nippone.

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Mon avis. Une excellente découverte...

J'ai beaucoup entendu parler de Battle Royale lors de la sortie de Hunger Games : nombreux sont celles qui, parmi les personnes ayant lu les deux, ont indiqué que Suzanne Collins s'était très probablement inspirée du roman de Takami.

J'avais moi-même beaucoup apprécié les tomes 1 et 2 de la série américaine, moins le dernier - et pas du tout la fin -.  Effectivement, les ressemblances sont nombreuses et personnellement, je trouve que Battle Royale est meilleur, tant dans l'histoire et le traitement des personnages que dans l'écriture...

Le récit présente une classe de 3e tirée au sort pour participer au programme intitulé "Battle Royale" : 42 élèves sont dans un car qui les emmène en voyage de fin d'année. Voilà pour la théorie. La "pratique" est tout autre : 21 garçons et 21 filles de ~15 ans sont parqués sur une île déserte et vont devoir s'affronter. Un seul d'entre eux "remportera" cette épreuve imposée par un État asiatique totalitaire : tous les autres y auront perdu la vie.

  "Shûya avala sa salive. Dans le sac à moitié ouvert, on reconnaissait sans doute possible M. Masarô Hayashida, le prof principal de la classe de 3e B. Enfin, plus exactement l'ancien prof principal. On pouvait effectivement comprendre pourquoi Sakamochi s'était présenté comme le nouveau. Le précédent n'aurait plus les moyens d'assurer ses fonctions.

   Le costume bleu-gris bon marché de M. Hayashida était trempé de sang. De ses lunettes à large monture noire qui lui avaient valu le sobriquet de "Libellule", il ne restait que la moitié gauche. Ce qui n'était pas très étonnant, puisque de toute façon la tête elle-même avait perdu sa moitié droite. Derrière le seul verre correcteur restant, un œil rouge évoquant une bille dressait vers le plafond son regard atone. Le reste du crâne se résumait à un amas de cheveux agglutinés par une sorte de gelée grise - de la cervelle très probablement. [...]

  "M. Hayashida a eu, disons, quelques difficultés à accepter le bien-fondé du choix de votre classe pour le Programme, reprit Sakamochi d'une voix tranquille en se passant la main dans les cheveux. Je dois dire que cette sélection l'a pris quelque peu au dépourvu..."

   Plus personne ne pipait mot. Chacun venait enfin d'admettre que ce qu'ils venaient de voir, ce qui s'était produit depuis leur perte de conscience, était réel. Ça n'avait rien d'une erreur, ni d'une plaisanterie. Ils allaient bel et bien devoir s'entre-tuer." [p. 60 - 62]

 

Point de complaisance dans ce récit qui présente de façon plus ou moins détaillée chacun des participants ; si certains reviennent de manière récurrente, d'autres ne font que (tré)passer. Quelques-un(e)s parmi eux deviennent rapidement des "machines à tuer" qui se "prennent au jeu" ; quelques-un(e)s décident de s'unir pour faire face aux adversaires, sachant pourtant qu'ils deviendront rivaux, quoi qu'il leur en coûte. Alors...

La réflexion relative aux disparités en matière de comportement face à une situation extrême est vraiment intéressante et cela, même si l'une ou l'autre des personnalités est stéréotypée ; pas de temps mort (!) durant ce récit qui m'a solidement ferrée. Je me suis parfois quelque peu emmêlé les pinceaux dans les noms des protagonistes, mais sans que cela n'entrave véritablement la lecture... Une dernière chose : la fin est à la hauteur de l'ensemble ; mais dans une optique radicalement différente, le récit aurait également pu, selon moi, s'achever au chapitre 76.

Emportée dans mon élan, j'ai commencé à regarder le film tiré du livre, réalisé (2001) par Kinji Fukasaku : j'ai arrêté après une petite demi-heure. Les scènes et les personnages incarnés par les acteurs sont tellement "caricaturaux" qu'ils en devenaient complètement risibles alors que le propos ne l'est nullement.

Traduction : Patrick Honnoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay.

Titre VO : Battle Royale (1999).

 

Avis de ceux qui ont participé à cette lecture commune : La blonde framboise ;

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (23/24) et "Comme à l'école" (bleu).

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21:21 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

15/08/2016

Outlander, 7 : L'écho des cœurs lointains, partie II, Diana Gabaldon

Présentation. Tandis que la guerre d'Indépendance bat son plein dans les colonies sécessionnistes américaines, le couple Fraser parvient enfin à regagner l’Écosse. Toutefois, retenu par des problèmes familiaux, Jamie doit à regret laisser son épouse repartir dans les colonies, où ses patients ont besoin d'elle. Séparés par les circonstances, réussiront-ils à se retrouver dans un pays où le conflit fait rage ? Pendant ce temps, au XXe siècle, leur fille Brianna et son mari Roger ont fait l'acquisition du manoir familial de Lallybroch. Ils suivent les aventures de Claire et de Jamie grâce aux lettres que ces derniers leur ont laissées dans un coffre.

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Mon avis. Au risque de me répéter à nouveau : je ne suis toujours pas lassée des (més)aventures de Claire et Jamie ; après avoir terminé ce tome, je me suis d'ailleurs lancée dans la découverte de la série télévisée (je n'en avais vu jusque-là que quelques épisodes de manière tout à fait disparate). Inutile de dire que je suis autant sous le charme de Sam Heughan que du "Jamie de papier"...

Ce deuxième volume de L'écho des cœurs lointains continue à mettre l'accent sur la Révolution américaine et par là même, sur des combats, depuis de simples escarmouches aux batailles plus importantes, entre loyalistes et troupes continentales.

C'est l'occasion de "revoir" bon nombre de personnages en dehors du couple vedette, certains sur le continent américain, d'autres en Écosse : Ian sur qui plane toujours l'ombre d'Archie Bug, William Grey avec lequel les Fraser sont contraints de jouer à cache-cache, John Grey qui a fort à faire avec sa nièce, les quakers Denzell et Rachel Hunter, Brianna et Roger dans le Lallybroch du XXe siècle, ou encore Ian père et Jenny.

Je lirai la suite avec plaisir...

Traduction : Philippe Safavi.

Titre VO : An echo in the bone.

Merci aux éditions J'ai lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (bleu).

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14:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

09/08/2016

Les Assassins, R. J. Ellory

Présentation. Sur 18.000 meurtres par an aux États-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu'ils ont été commis à la date anniversaire d'un meurtre passé, œuvre chaque fois d'un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s'inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?

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Mon avis. J'ai découvert l'auteur "sur le tard", entendez par là voici seulement un peu moins d'un avec Seul le silence, et aussitôt, je me suis demandé comment j'avais pu passer aussi longtemps à côté. Depuis, j'ai lu Les neuf cercles, Les anonymes et voici que j'ai terminé Les Assassins. À nouveau, j'ai été solidement ferrée par l'écriture de R. J. Ellory. À nouveau, les pages se sont tournées aisément. À nouveau, je me suis vite attachée aux personnages.

Ce roman fait "la part belle" aux tueurs en série les plus célèbres (quel travail de documentation !) avec un fil conducteur : John Costello, 16 ans en 1984. Il a vu la mort de près : lui et sa petite amie, Nadia, ["espoir" en russe] se sont fait agresser par le Marteau de Dieu.  Lui en a réchappé. Pas Nadia.

  "Pendant longtemps, John Costello tenta d'oublier ce qui s'était passé.

   Fit semblant, peut-être, que ça n'était jamais arrivé.

   Le diable se présenta sous la forme d'un homme, enveloppé par l'odeur des chiens.

   À voir sa tête, on aurait cru qu'un inconnu lui avait donné un billet de 50 dollars dans la rue. Un air surpris. Une sorte d'émerveillement satisfait.

   John Costello se souvenait d'un bruit d'ailes affolées lorsque les pigeons fuirent la scène.

   Comme s'ils savaient." [p. 9]

 

On découvre le drame qui a touché Costello, ce drame qui a à jamais laissé une plaie béante dans son existence, faisant de lui un être "différent".

  "Aujourd'hui, il vit à New York.

   Il consigne tout par écrit. [...]

   Le lundi il mange italien, le mardi français, le mercredi des hot dogs avec ketchup et moutarde allemande, le jeudi il s'en remet au hasard. Le vendredi il mange iranien - gheimeh, ghormeh, barg. Un petit restaurant près de Penn Plaza, dans le quartier de Garment où il vit. L'endroit s'appelle le Persépolis. Le week-end, enfin, il mange chinois ou thaï, et s'il est inspiré, il se fait du gratin de thon.

   Pour le déjeuner, il va toujours au même endroit, à une rue et demie du journal où il travaille.

   Les rituels. Toujours les rituels.

   Et il compte les choses. [...]

   Les chiffres le rassurent." [p. 17 - 18]

 

L'on retrouve ensuite Costello en 2006 à New York, alors que sont commis d'horrible homicides. A priori, pas de points communs entre ceux-ci. A priori seulement. Car Costello qui, doté d'une mémoire phénoménale, emmagasine les faits relatifs aux tueurs en série, se rend très vite compte que ces crimes imitent dans les moindres détails certains perpétrés dans le passé par de célèbres tueurs en série.

L'inspecteur Ray Irving, un de ces flics qui ne s'accorde pas de vie privée, est chargé de ces affaires qui n'en deviendront finalement qu'une : il entre en contact avec John Costello par l'intermédiaire de Karen Langley, journaliste au New York City Herald et supérieure directe de Costello.

J'ai apprécié suivre l'enquête menée par Irving, une enquête qui patauge très longtemps tandis que se poursuivent inlassablement les "exécutions minutieusement programmées" - par un chat qui s'amuse avec des souris -, d'autant qu'il manque cruellement de moyens.

J'ai aimé la psychologie des personnages, d'un Costello toujours "plus ou moins" suspecté d'être lui-même l'assassin, à un Irving lassé, revenu de (presque) tout, en passant par Langley, soucieuse de préserver Costello, tant que faire se peut. Sans oublier certains des intervenants ponctuels dépeints de telle manière qu'ils prennent vie alors qu'ils ne font que (tré)passer...

  "Irving se massa les tempes. Il était exténué, mais il savait qu'il n'arriverait pas à dormir.  Il voulait de la compagnie, le genre de celle que Deborah Wiltshire lui avait donnée avec une telle facilité. Il voulait du sens, un but, il voulait de l'espace et de la raison, une explication simple à la vie qu'il menait. Il voulait savoir ce qu'il faisait, et pourquoi." [p. 215]

Traduction : Clément Baude.

Titre VO : The anniversary man (2015).

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" (thriller - policier pour août).

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20:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

05/08/2016

La dernière Geste, 1 : Si loin du soleil, Morgan of Glencoe

Présentation. Depuis des siècles, les Humains traitent les fées, créatures magiques dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.
L’alliance du Royaume de France, de l’Empire du Japon et du Sultanat Ottoman se partage désormais l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ces féroces aristocraties oppriment leurs peuples et écrasent dans le sang toute révolte, qu’elle soit humaine ou féerique.

En choisissant les dangers de la liberté plutôt que la soumission aux règles de sa caste, la princesse Nekohaima Yuri va se forger ses propres valeurs et bientôt, mettra en péril la plus grande puissance du monde.
Au cœur de cette métamorphose, une amitié très improbable…

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Mon avis. Un texte d'une grande qualité littéraire que je vous recommande si vous lisez en numérique : il n'est, en effet, pas (encore) sorti en version papier.

Dès les premières page, on est happé par la princesse Yuri, douze ans, qui n'a jamais pu être véritablement une "petite fille" puisque dès son plus jeune âge, elle a dû tenir son rang avec une dignité exemplaire : aucun frémissement ne peut troubler l'impassibilité de son visage. Celui-ci doit demeurer lisse en toute circonstance, à l'instar des pages à écrire de son (?) existence...

Ce jour-là, son père, l'Ambassadeur de l'Empire Japonais, a décidé de lui montrer combien les fées ne sont que des animaux en la faisant assister à une joute entre un Aeling et une Selkie, "digne" des combats de gladiateurs.

  "- Regarde Yuri ! lui ordonna pourtant son père. Regarde bien. Vois comme ils sont cruels. Vois comme elles sont bestiales. Vois et mesure à quel point l'aristocratie seule mesure le nom d'Humanité". [empl. 174]

 

Cette "leçon", Yuri ne l'oubliera jamais : elle aura une incidence sur la suite du récit qui permet dans un premier temps de retrouver la princesse alors qu'elle a vingt ans et se rend à Paris, par l'Orient-Express. Elle va y retrouver son père qu'elle n'a pas vu depuis sept ans. Elle obéit comme il se doit à l'ordre intimé, se demandant ce que cache l'injonction paternelle.

  "Elle avait lu et relu cette maudite lettre à plusieurs reprises, cherchant les innombrables sens cachés que recelaient habituellement les écrits paternels. En vain. La missive ne semblait rien vouloir dire de plus que les mots qu'elle contenait... C'était frustrant, car Yuri se trouvait donc privée d'indices sur les intentions de son père et les raisons du voyage qu'il lui imposait. Une lettre blanche en somme. Un saut dans l'inconnu. Même sa nourrice Mariko, qui excellait dans l'art du décryptage, n'avait rien trouvé. La princesse fit la moue. Jamais encore son père ne lui avait fait l'affront de lui envoyer une lettre blanche." [empl. 380]

 

Lorsque Yuri comprend ce qui l'attend effectivement à Paris, elle se sent trahie ; la douleur est énorme. Elle n'a cependant pas encore pris la pleine mesure des conséquences de cette immense déception...

Ce roman, extrêmement bien écrit, met l'accent sur l'importance de découvrir l'Autre, en l'occurrence ceux qui ont toujours été, jusque-là, considérés par Yuri comme des êtres inférieurs, humains ou non. Combien lui sera-t-il difficile d'essayer de mettre de côté vingt ans de "conditionnement habile".

La trame, sans temps mort, entraîne le lecteur à la suite de la jeune femme sur des sentiers obscurs (!) ; j'ai beaucoup aimé suivre le cheminement de ses pensées remettant en question les idées l'ayant depuis toujours façonnée. Mais la princesse n'est pas le seul personnage - nuancé - intéressant, voire touchant : le colonel Riûzaki et le lieutenant (hybride) HA-17, tous deux assignés à la protection de Yuri ; le Capitaine Trente-Chênes, seule femme à diriger une rame de convois ; et ceux considérés comme des "Rats" par les aristocrates, qu'ils soient créatures féériques - Aelings, Selkies, Feux-follets, Spectraux, Sylfes... - ou humains - Keltiens - : je pense tout particulièrement à Sir Edward, Bran, Taliesìn, Haruko... Petit peuple en théorie. En théorie seulement.

Deux éléments pour terminer : un univers extrêmement fouillé et beaucoup d'émotion, principalement à la fin du récit ; je lirai très volontiers la suite.

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne 2" (Fantasy pour cette session, "Littérature de l'imaginaire" (22/24) et "Comme à l'école" (bleu).

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12:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/07/2016

Le sel de nos larmes, Ruta Sepetys

Présentation. Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.
Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre. Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes... Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhelm Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...

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Mon avis. Un roman historique à (faire) découvrir...

Je n'ai pas longtemps hésité à participer à cette lecture commune initiée par BettieRose puisque j'avais adoré Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre, du même auteur, que je propose d'ailleurs régulièrement à mes élèves.

Quatre voix dans ce récit pour quatre voies qui se rejoignent alors que l'Allemagne a d'ores et déjà perdu la guerre, autour d'une tragédie maritime méconnue : le naufrage du Wilhelm Gustloff, torpillé le 9 janvier 1945 par un sous-marin soviétique.

Johanna, jeune infirmière lituanienne, qui a quitté son pays en 1941 lorsque Staline l'a occupé. Sa mère ayant des racines allemandes, la famille a été autorisée par le régime nazi à retourner en Allemagne.

  "La culpabilité n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 9]

 

Florian, un Allemand d'une vingtaine d'années, mystérieux, taciturne, qui n'a visiblement pas intérêt à tomber entre les mains des Soviétiques. Pas plus qu'entre celles des Nazis.

  "Le destin n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 12]

 

Emilia, adolescente polonaise qui s'est échappée de Nemmersdorf, un village investi par l'Armée rouge quelques mois auparavant, y "commettant des crimes et des exactions d'une insigne cruauté". [p. 44]

  "La honte n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 14]

 

Enfin, Alfred, jeune "nazillon" abject, méprisable, veule, qui tente de se convaincre qu'un héros sommeille en lui.

  "La peur n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 16]

 

Le récit donne la parole à chacun, tour à tour, dans de courts chapitres qui s'enchaînent en un rythme rapide ; les trois premiers se rencontrent lors de l'exode au cours duquel ils fuient les Russes ; quant à Alfred, il est déjà à Gotenhafen, le port d'où partiront le Wilhelm Gustloff et d'autres navires destinés à l'évacuation de soldats et civils allemands.

Chaque "héros" apporte un éclairage particulier sur la guerre selon ce qu'il a vécu, se dévoilant progressivement, et même si le lecteur sait dès le début ce qu'il adviendra du navire, il ignore si certains en réchapperont, ni, le cas échéant, le(s)quel(s).

Le personnage que j'ai préféré est Emilia à qui la guerre a tout pris, et davantage encore, et qui, pourtant, trouve encore la force d'avancer, vaille que vaille, dans le sillage de Florian.

L'auteure raconte, à la fin du livre, le long travail de recherche préalable à l'écriture de ce récit poignant.

 

Traduction : Bee Formentelli.

Titre VO : Salt to te sea (2016).

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (34/35) et "Comme à l'école" (- avec un jour d'avance - bleu).

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16:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

27/07/2016

Que du bonheur !, Rachel Corenblit

Présentation. Moi, Angela Milhat, presque quinze ans, les cheveux presque bruns, les yeux presque verts, les dents presque droites, je vais te raconter mon année maudite.

L'enchaînement des événements les plus pourris que tu peux imaginer : un nez cassé, un divorce à gérer, une ultra trahison d'une ex-meilleure amie, la mort d'un chat, des vacances en Ariège et l'élection de miss camping !

Sur mon calendrier des malheurs, j'ai même ajouté les photos.

Mais qu'est-ce que j'ai pu faire dans une vie antérieure pour mériter ça ?

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Mon avis. Oyé, oyé, bonnes gens, je crois avoir trouvé le livre que je lirai dans mes classes de quatrième (seconde en France) à la rentrée en guise de "Lecture-Plaisir". Depuis des années, je commence l'année avec Simple de Marie-Aude Murail que je leur lis à raison d'un chapitre par semaine (un de mes moments préférés en classe ; un autre, c'est lorsque je débarque avec mes caisses de romans, que je les leur présente - auteur, titre, couverture, "épaisseur" - critère fondamental pour certains - quatrième de couverture, lecture des premières pages - afin qu'ils en choisissent un - ou plusieurs - à lire).

Je me tâte encore mais je pense que je lirai Que du bonheur ! qui m'a conquise et devrait les intéresser.

Le lecteur rentre d'emblée dans ce récit bourré d'humour dans lequel la narratrice, Angela, relate le cumul des mésaventures vécues durant l'année scolaire. Le sort paraît s'acharner sur l'adolescente qui tâche pourtant de "surnager" au milieu de cette marée de déboires...

Chacun des (courts) chapitres est illustré par des dessins et/ou photos et commence par quelques (délicieuses) phrases en exergue :

  "Ceci est MON calendrier des MALHEURS. D'ailleurs, je tiens encore à préciser (au cas où il y aurait des doutes) que je n'ai pas brisé de miroirs, je ne suis pas passée sous une échelle, je n'ai pas été la treizième à table, je n'ai pas croisé de chat noir, je n'ai pas ouvert mon parapluie dans la maison ni posé de chapeau sur mon lit..." [p. 9]

 

Cette année scolaire s'est avérée catastrophique pour Angela (prénom choisi par ses parents en l'honneur d'Angela Davis) comme elle le précise dès la première page :

  "Tout est parti en cacahuète cette année. En sucette, en vrille, en live. Le grand n'importe quoi, [...]. Le défilé des mauvaises nouvelles. La foire à l'embrouille. Le bal de la maudite où j'étais la seule à valser.

   Je me suis souvent demandé  : qu'est-ce que j'ai pu faire, dans une vie antérieure, pour mériter ça ? J'ai dû être une sacrée pourriture. Genre marchand d'esclaves sadique, tueur d'enfants, nazi de base. Normal qu'à un moment, le prix à payer me retombe sur le coin de la tronche. Dans la grande logique du destin, de la roue qui tourne, les méchants, à un moment ou à un autre, doivent payer.

   Mais moi, dans cette vie-là, maintenant, à l'échelle de mon humanité, je ne suis pas du côté des mauvais. Tout au contraire. Je suis une gentille. Une gentille presque niaise. Une gentille boulotte.

   Quinze kilos, j'ai pris. En six mois. Ça fait partie de mon mauvais karma de cette année. Parce que, quand le malheur me frappe, je mange. Je bouffe. J'engloutis ce que je trouve, ce qui passe à portée de mon estomac." [p. 7 - 8]

 

Ouverture des hostilités : une chute monumentale devant bon nombre d'élèves, lors de son premier jour de lycée. Prémices d'une année scolaire mémorable. Pour les mauvaises raisons, s'entend.

Le journal d'Angela se savoure d'une traite ; l'adolescente, extrêmement touchante, porte un regard perspicace sur elle-même et les autres, parents et con-disciples, assaisonné d'une bonne dose d'humour.

  "Le chapitre treize porte malheur. Je préfère l'éviter..." [p. 55]

Une friandise...

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (33/35) et "Comme à l'école"  (personnage féminin).

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20:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

26/07/2016

La porte de la salle de bain, Sandrine Beau

Présentation. J'attendais mes seins avec impatience. C'est à partir des p'tits œufs au plat que tout s'est déglingué. Comme s'ils s'étaient passé le mot pour gâcher ma joie toute nouvelle. Ça a commencé dans le bus. C'est là que j'ai vu le regard des hommes changer. Enfin de certains hommes... Ceux-là, ils ne se gênaient pas pour me regarder. Ou plutôt pour me regarder directement dans les seins. Pas gênés ! Tranquilles. Je détestais ça.

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Mon avis. Un texte court mais percutant...

Ce récit relate l'histoire de Mia, une jeune adolescente qui attend avec impatience que son corps se transforme, autrement dit que ses seins poussent. Et le jour arrive où "ils" éclosent. Oh, pas grand-chose pour commencer mais le processus est enfin enclenché. A sa grande joie. De courte durée, pourtant...

Car Mia se rend vite compte que le regard de certains hommes change à son égard et ce dont elle se réjouissait devient bientôt un calvaire : le compagnon de sa mère, le "musicien" qui fait la moule dans le canapé pendant que sa mère s'esquinte au travail, commence à la "reluquer d'une drôle de manière". Insidieusement. Sûrement. Pire : il entre désormais dans la salle de bain pendant qu'elle se douche.

Le malaise s'installe. Puis le mal-être. La jeune fille lutte avec les moyens dont elle dispose : elle use et abuse de subterfuges pour (essayer de) ne plus se doucher chez elle quand sa maman travaille le soir. Elle hurle sa souffrance avec les yeux, mais sa maman ne la voit pas.

Ce sujet tabou est traité avec beaucoup de pudeur via le point de vue Mia qui perd peu à peu l'insouciance qui aurait dû rester sienne quelques années encore. J'ai juste trouvé que, de temps à autre, les réflexions censées être celles d'une très jeune fille sont davantage celles d'un adulte.

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (32/35) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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21:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/07/2016

Meurtres à Pékin, Peter May

Présentation. Pékin, ville baignée de tradition mais avide de modernité, une société qui se rue dans le capitalisme moderne mais profondément marquée par le système communiste.

Le cadavre carbonisé d'un homme est découvert un matin dans le parc. Le même jour, deux autres corps sans vie sont trouvés à deux endroits différents de la ville. Pour seul indice, un mégot de cigarette à côté de chacun des trois corps, comme une signature.

Margaret Campbell, médecin légiste aux États-Unis, spécialisée dans les brûlés, qui se trouve à Pékin pour une série de conférences, va se voir embarquée malgré elle dans l'enquête de Li Yan, fraîchement promu commissaire. L'Américaine rigoureuse et le policier chinois, ironique et énigmatique, choisissent deux approches totalement différentes d'un même objectif. Deux mondes s'affrontent, mais devant la complexité d'une affaire qui cache un secret monstrueux, les deux investigateurs vont devoir taire leurs oppositions et unir leurs talents pour découvrir la vérité, fût-ce au péril de leur vie. Car si les lieux sont exotiques et chargés de traditions, les dangers, eux, sont bien du XXIe siècle : menace des OGM et remous dans les milieux politiques.

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Mon avis. Découverte de l'auteur : je ne devrais pas en rester là.

Le lecteur se retrouve d'emblée plongé dans la touffeur de Pékin où un homme a été retrouvé carbonisé. L'enquête commence au moment où Li Yan vient d'être promu commissaire. Il sait qu'il a intérêt à "assurer". 

Alors qu'il se rend dans son nouveau bureau, il fait la "rencontre percutante" du Docteur Margaret Campbell, médecin légiste spécialiste des brûlés, "fraîchement" débarquée des États-Unis pour assurer quelques semaines de cours universitaires. Elle est épuisée et (donc) de méchante humeur, et n'a pas daigné parcourir la documentation relative au pays qui lui avait été remise au préalable, si bien qu'elle a déjà subi à plusieurs reprises les remontrances implicites de l'agent de police Li Li Peng qui lui a été dévolue. Autant dire que "Docta Maggot Cambo" apprécie peu la collision au cours de laquelle "Lily" se fait copieusement insulter par le Chef Li, premier inspecteur de la Section n° 1 de la police municipale de Pékin. Elle se permet d'intervenir. Elle n'aurait pas dû : ce faisant, elle lui a "fait perdre mianzi" : la face. Sacrilège. C'était la leçon n° 1. Les autres suivront.

Indépendamment des investigations au cours desquelles le Chef Li et le Docteur Campbell seront amenés à collaborer après s'être affrontés, j'ai apprécié le choc des cultures chinoise et américaine : les deux protagonistes vont devoir essayer, tant que faire se peut, de dialoguer, voire - on peut rêver - de s'apprivoiser. Ce qui implique d'ôter leurs œillères et d'évacuer les clichés. De part et d'autre.

"Les parfums, les couleurs [, les odeurs] et les sons se répondent" au cœur de la cité pékinoise, pendant que l'enquête semble s'enliser et que les barrières tombent. Mais les yeux sont partout...

Traduction : Ariane Bataille.

Titre VO : The Firemaker (1999).

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 2 (thriller - policier pour cette session 5).

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20:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

23/07/2016

Les Épées de glace, tome 1 : Le Sang sur la lame/Le Boucher, Olivier Gay

Présentation.

-  Je ne suis pas sûr qu’un homme seul fasse la différence.

-  On m’a déjà donné de nombreux noms. Le Faiseur de veuves. L’Épée de glace. Le Danseur Rouge. Je suis Rekk. Le Boucher. Je fais toujours la différence.

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Mon avis. Après la série jeunesse Le noir est ma couleur (1, 2, 3, 4, 5), après les enquêtes de Fitz (1, 2), voici que je découvre une autre palette de l'auteur avec la Fantasy. Verdict ? Hé bien, je lirai volontiers la suite car j'ai beaucoup aimé les aventures du Boucher, de Mahlin et Shani...

Focus sur Deria, la fille d'un "baron du Nord" qui arrive à Musheim et fait son entrée, de manière pour le moins insolite, au palais impérial. Elle y rencontre Mahlin, un jeune garde, ainsi que Shani qui deviendra bientôt sa servante attitrée.

Malgré sa noble ascendance, Deria ne se conduit nullement comme il sied à une jeune femme : son caractère affirmé n'a d'égal que son expertise dans le maniement de l'épée. Ce que Deria veut, Dieu le veut, ce qui lui attire inévitablement des inimitiés. Elle n'en a cure et profite de son séjour à la cour pour aider Mahlin - après qu'il a "accepté" l'idée qu'il ne pouvait avoir, face à elle, que le titre d'élève -, avec qui elle a noué une amitié, à se perfectionner en escrime. Shani devient elle aussi son amie : Deria s'intéresse à la valeur des individus et n'a que faire des classes sociales.

Un jour, Deria disparaît et est bientôt retrouvée morte dans la Basse-Ville : elle a été violée et assassinée. Ses deux amis découvrent, ahuris, qu'ils étaient bien loin de connaître la jeune femme. Parallèlement, les "autorités" décident qu'il est hors de question que le baron Froideval apprenne le sort subi par sa fille : nul doute qu'il reviendrait à Musheim, désireux de la venger. Nul doute qu'il réussirait. Car celui-ci n'est autre que l'ancien bras armé de l'empire, maintenant exilé dans les contrées glaciales du nord, celui que la légende a surnommé le Boucher. Rekk le Boucher. Rekk le Tueur. Rekk le Sans-Pitié. Celui que les parents évoquent lorsqu'ils veulent faire obéir leurs enfants récalcitrants.

Mahlin décide d'aller porter au baron une lettre inachevée de Deria et Shani l'accompagne. Quels qu'en soient les risques. Bel et bien présents.

"L'un deux paraissait particulièrement dangereux. Son visage arborait de multiples cicatrices ; ses yeux étaient froids dans la lumière des torches, le pli cruel de ses lèvres. Shani réalisa avec une certitude épouvantable qu'elle venait de rencontrer le baron Froideval. [...]

   Il avait des yeux terrifiants, des yeux de meurtrier, des yeux de tueur. Deux épingles de nuit qui restaient fixées sur eux, leur ôtant toute énergie et tout espoir. Deux puits sombres, deux torrents d'obscurité prêts à les engloutir, qui les jaugeaient, les jugeaient, les pesaient, les appréciaient, les mettaient à nu, comme pour déceler s'ils représentaient un danger ou non, s'il convenait de les tuer ou non." [ch. 4]

 

Aucun temps mort - mais bon nombre de trucidés - dans ce récit, non dénué d'humour, qui relate le dangereux périple entrepris par les deux amis ainsi que la rencontre non moins dangereuse avec le Boucher, dont la réputation n'est pas usurpée...

Cet improbable trio est très attachant : Mahlin, jeune homme chevaleresque, sans reproche mais pas vraiment sans peur ; Shani, (presque) inodore, (presque) incolore, (presque) insipide, qui prend de la bouteille et s'affirme au fil des pages ; et le Boucher, personnage haut en couleur (rouge sang), qui jamais ne tente d'atténuer les atrocités commises : à cet égard, les piqûres de rappel émaillent le texte (au cas où le lecteur serait tenté de les occulter ? parce que quand même..., malgré tout...).

  "Les événements de ces derniers mois avaient bouleversé le monde rassurant dans lequel vivait la jeune fille. Plusieurs semaines passées à côtoyer Mahlin et sa belle assurance lui avaient prouvé que l'on pouvait faire ce que l'on voulait dans la vie - si l'on était prêt à en payer le prix."  [ch. 17]

Je lirai la suite avec grand plaisir.

Couverture : Magali Villeneuve.

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (21/24) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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21:56 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/07/2016

Ballon, redeviens tout rond !, Collectif, Centre Régional de Formation des Professionnels de l'Enfance

Présentation. Les personnages de cette superbe publication ont tous une particularité qui les empêche parfois de jouer ensemble. Cela les amène donc à réfléchir à trouver une solution commune, qui de ce fait leur fait créer ensemble un ballon qui convienne à toutes et tous. C'est ce qui donne le titre de l'ouvrage, accessible au plus grand nombre, Ballon, redeviens tout rond ! Des éléments tactiles au nombre de 12 sont répartis au cours des pages de cette production, cela afin d'éveiller autant les sens que la réflexion des petits lecteurs.

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Mon avis. Un bel album aux superbes couleurs...

Ce livre sollicite trois de nos sens : la vue, le toucher et l'ouïe. La vue comme tout album qui se respecte : nous sommes plongés dans la mer et par conséquent, le bleu décline toutes ses tonalités ; d'autres couleurs apparaissent avec les créatures sous-marines en feutrine : hippocampe, crabe, pieuvre, méduse, poisson, étoile de mer.

Le toucher est présent par l'intermédiaire du ballon, celui qui "redevient tout rond" : il est figuré par un rond découpé dans une matière particulière collé sur la page.

Enfin, l'ouïe : un CD accompagne l'ouvrage ; il contient la chanson "Ballon, redeviens tout rond !", ainsi que le texte chanté en diverses langues : le ch'ti est particulièrement savoureux.

L'histoire, quant à elle, met l'accent sur l'impossibilité, pour chacun des animaux marins, en raison de sa spécificité, d'attraper le ballon sans le détruire, les empêchant par là même de jouer ensemble ; ils doivent trouver une solution...

Un album qui met le doigt sur la différence...

 

Merci à Babelio et aux éditions Tartamudo pour ce partenariat.

21:44 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/07/2016

Mauv@ise connexion, Jo Witek

Présentation. Je me suis inscrite sur un nouveau tchat. J'ai tapé Marilou. Je trouvais que ce pseudo correspondait bien à la fille que j'avais envie d'être. Plus sexy, plus délurée, plus effrontée aussi. Marilou, une autre moi-même. Une fille qui l'a tout de suite attiré.

- Bonjour, Marilou. C'est joli comme prénom. T'as quel âge ?

J'ai menti : Seize. Et toi ?

- Vingt.

Mentait-il lui aussi ? Je ne me suis pas vraiment posé la question, trop heureuse de partager ma tristesse nocturne avec un garçon. J'ai poursuivi.

- Je viens de me disputer avec ma mère. Elle refuse que je fasse des photos de mode.

- Elle doit être jalouse de ta beauté.

- Merci. Je crois que tu as raison.

- Je sais de quoi je parle, je suis photographe de mode.

- C'est vrai ? - Oui, pour des défilés à Paris et des shooting magazines. On peut la voir quelque part ta jolie frimousse, Marilou ?

Voilà. Ça a commencé comme ça.

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Mon avis. Un récit qui met l'accent sur une réalité actuelle, à savoir un des dangers liés à l'utilisation d'Internet.

Julie a quatorze ans ; suite à une dispute avec sa maman, elle se crée un profil sur un tchat et devient Marilou, seize ans. Elle y fait une rencontre qui bouleversera sa vie ; elle ne sait pas encore que Laurent, le "jeune homme" dont elle va tomber amoureuse, l'a solidement ferrée : la dérive est amorcée et l'adolescente n'en sortira malheureusement pas indemne...

Ce court récit se lit aisément et met le doigt là où cela fait (très) mal ; il me semble approprié  pour amorcer une discussion avec les jeunes. Je suis cependant restée sur ma faim : je l'aurais davantage encore apprécié s'il avait été plus amplement développé.

 

  "Je ne mangeais presque plus et tardais à m'endormir, ressassant ad libitum nos échanges, nos promesses, nos rêves. Son histoire avec son ex-petite amie traînait en longueur ; je commençais à m'impatienter. Le voir devenait vital." [p. 31]

  "J'étais seule désormais, seule avec cette passion qui m'avait enfermée dans ma chambre, le corps relié à mon ordinateur". [p. 48]

  "Désormais, il pouvait tout me demander.

   C'est ce qu'il fit." [p. 69]

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (31/35) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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15:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

10/07/2016

Chasseurs de têtes, Jo Nesbø

Présentation. Roger Brown est le meilleur chasseur de têtes de Norvège : il fait subir aux candidats de véritables interrogatoires et ne laisse aucune place au hasard. Mais Roger a une faiblesse, sa femme, la splendide Diana... Voiture de luxe, vêtements de marque, loft immense, galerie d'art et vernissages au champagne, rien n'est trop beau pour elle. Pour financer sa vie privée, il dérobe des toiles de maîtres chez ses clients. Mais le jour où il décide de voler un Rubens à Clas Greve, qui avait pourtant le profil du parfait pigeon, les choses se gâtent. De chasseur, Roger devient proie et le pigeon se révèle être un terrible prédateur...

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Mon avis. Un thriller qui se laisse lire, sans être le moins du monde exceptionnel...

J'ai trouvé "la mise en bouche" très longue : durant un tiers du récit, on découvre la personnalité, nullement attachante - c'est le moins que l'on puisse dire - de Roger Brown, dont l'efficacité dans son travail de "chasseur de têtes" est inversement proportionnelle à la taille. Son "côté obscur" est aussi détaillé : il a besoin de "revenus parallèles" afin de mener un train de vie aisé et dépenser sans compter pour sa femme Diana.

L'engrenage bien huilé des combines mises au point avec un complice s'enraie lorsque Brown s'attaque à Clas Greve, "élément perturbateur" que l'on attend quand on a lu la quatrième de couverture - c'est mon cas -, mais - je me répète - cet épisode se fait (trop) longtemps attendre selon moi.

Les choses commencent à bouger - dans tous les sens du terme - lorsque commence le chassé-croisé, sans temps mort - mais pas sans cadavres - entre Brown et Greve : j'ai apprécié cette partie-là ; cependant, j'ai trouvé certains éléments de la fin quelque peu tirés par les cheveux.

Un avis mitigé, donc ; rien à voir avec Le léopard, du même auteur, qui m'avait tenue en haleine du début à la fin...

Traduction : Alex Fouillet.

Titre VO : Hodejegerne (2008).

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne 2" (thriller - policier pour cette session) et "Objectif du mois" (un livre du bas de la PAL pour juillet).

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11:24 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

08/07/2016

Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

Présentation. J’aurais préféré que ma mère me dise : "Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre." Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure ! Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire "tout-va-bien-je-gère".

J'aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds, qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre "Comment lui annoncer votre cancer ?"

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancés : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

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Mon avis. S'il n'est pas rare que j'apprécie les romans que je choisis de lire, il est en revanche moins courant que je parle de coup de cœur : celui-ci en a été un.

Le sujet est pourtant difficile puisqu'il y est question du crabe, cette saloperie à laquelle seront confrontées Tania et sa maman : après une série d'examens, cette dernière apprend qu'elle souffre d'un cancer du sein.

Comment (tenter de) faire face quand la maladie s'incruste dans l'existence et que l'ombre de la Grande Faucheuse plane sur le quotidien qui ne l'est plus ?

Même si Tania demeure une ado, avec des préoccupations liées à son âge, ses repères s'estompent, lentement mais sûrement ; malgré la souffrance de l'épreuve traversée, sa relation avec sa maman va se renforcer et s'engagera sur des sentiers jusque-là inexplorés.

J'ai beaucoup (sou)ri lors de cette lecture : les réflexions de Tania sont hilarantes et certaines situations sont franchement cocasses. Je pense particulièrement à celle de la piscine où les larmes sont venues se mêler au rire : non pas que j'aie pleuré de rire, mais j'ai pleuré en riant...

  "Ma mère tient un blog.

  Ça s'appelle "Lecture & Confitures". Tout un programme.

  Son billet du jour, je vous le fais partager, il vaut le détour :

   "Aujourd'hui, premier jour d'octobre (Trop fort ! ma mère sait lire un calendrier), bientôt nous entrerons dans la saison sombre, autrefois appelée Samain par les Celtes. (Mais où va-t-elle chercher tout ça ?) Regardez comme la nature est belle ! (Ici, incrustation d'un lecteur de musique pour diffuser une chanson de Jean Ferrat.) J'ai décidé de préparer du chutney de figues avec des pommes et des noix ramassées dans notre belle forêt (ici, photo d'un pot de confiture sur fond de feuilles mortes), qui se pare en ce moment de rouge, d'orange et de vert (super, ma mère n'est pas daltonienne). Admirez ses reflets mordorés ! (Au secours.) J'ai préparé des scones pour le goûter des loulous. [...]

   Nous, ceux qu'elle appelle ses loulous.

  Autrement dit, les créatures imaginaires que ma mère a inventées pour peupler son désert affectif." [p. 7 - 8]

  

  "Les copines qui me précédaient ont franchi la grille du collège. J'entendais derrière moi la conversation entre Zlatan ["le balourd des Balkans, alias le Yéti slovaque, alias la Patate qui venait du froid" - p. 36 -] et Brain ["Brian surnommé "Brain", le cerveau, parce qu'il est persuadé que le sien est particulièrement performant, tandis que nous, on doute même qu'il en ait un" - p. 36 -], qui tournait toujours autour de la course à pied. C'est monomaniaque, les mecs.

   Comme j'étais seule, je pouvais reprendre le cours de mes pensées. Je me suis dit qu'avec un peu de chance ce serait le droit. Comme ça ma mère pourrait tirer à l'arc...

   Comment ça, quel rapport ? Vous n'avez jamais entendu parler des Amazones ?" [p. 39 - 40]

 

Un récit que je vous recommande, dans lequel l'optimisme - jamais béat - est de mise ; il peut être proposé aux élèves à partir du deuxième degré.

Une partie des droits d'auteur sera reversée en soutien à l'association Le Cancer du Sein, Parlons-en !

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (30), "Comme à l'école" (personnage féminin) et "Un genre par mois" (joker).

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19:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

03/07/2016

Hanako, fille du Soleil levant, Élodie Loch-Béatrix

Présentation. Des ancêtres japonais, c’est sympa… sauf quand on est inscrite d'office à un cours d'ikebana ! Hanako préférerait mille fois passer du temps avec ses amis de 4e, Adam et Chloé, ou savoir ce que lui veut Matt, un beau lycéen. Mais impossible de négocier avec ses parents. Et tout se complique lorsque son père lui interdit de toucher à une mystérieuse boîte. Quel secret peut-il bien lui cacher ?

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Mon avis. Décidément, j'enchaîne les "chouettes lectures" depuis quelque temps ; c'est encore le cas cette fois avec Hanako, fille du Soleil levant. Ce roman est destiné à un lectorat plus jeune que mes élèves - je dirais ~ 11-13 ans - mais j'ai souhaité le lire pour découvrir la plume de l'auteure.

L'héroïne du récit est une collégienne au joli prénom d'Hanako, "enfant fleur" en japonais ; son papa, Akihito, souhaite que sa fille s'intéresse à sa culture et pour ce faire, l'a inscrite à un cours d'ikebana, sans lui demander son avis. Le moins que l'on puisse dire est que l'adolescente n'est pas ravie :

  "Ma vie est un désastre... le déménagement... la rentrée en 4e... et maintenant ça ! Princesse B, elle, va au cours de danse de Fahria, la gagnante de Top Dance. Et moi ? Moi, je vais faire de l'ikebana ! Je vais faire des bouquets avec des branches d'arbres ! Trop la classe !" [p. 5]

 

Hanako est bien décidée à ne pas s'éterniser dans ce "cours de plantes vertes" - d'autant qu'elle est la seule jeune du groupe - et cela, même si - elle doit se l'avouer - la prof, Odette, est sympathique.

Les personnages de ce récit plein de fraîcheur sont attachants : Hanako, préoccupée par les soucis rencontrés avec ses parents (ah, les parents !) et les relations entretenues avec ses fidèles amis, Chloé et Adam, ou avec le groupe des "pestes de service", menées par Princesse B, celle qui a (presque) tout pour elle ; Chloé et Adam ; les parents eux-mêmes  ; Madame Odette ; et Matt qui débarque sans crier gare dans son existence.

Hanako a par ailleurs son attention de plus en plus attirée par une boîte disposée dans le bureau de son père, à laquelle elle n'est pas censée toucher... mais dont elle  brûle - forcément ! - de percer le mystère.

  "J'ai foncé dans son bureau. Je me suis arrêtée net en le voyant avec la boîte interdite dans les mains. Il avait l'air très contrarié. En m'apercevant, il a vite remis plein de papiers dedans." [p. 44]

 

J'ai vraiment passé un excellent moment en sa compagnie et j'ai en outre apprécié découvrir quelques facettes de la culture japonaise, entre autres l'ikebana et le kendo.

  "Odette arpentait la salle en posant un œil bienveillant sur les créations des unes et des autres.

 - Je vous rappelle que l'air doit circuler dans vos bouquets ; chaque fleur a sa place... Vous ne mettriez pas vos invités sur la même chaise à la maison, alors laissez respirer ces fleurs !" [p. 63]

 

Un livre à recommander aux élèves du premier degré.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (29) et "Comme à l'école" (personnage féminin pour cette session).

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18:35 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/07/2016

Les Fils de George, Manu Causse

Présentation. Mardochée a quinze ans et appartient, depuis sa naissance, à la communauté du livre de George, une secte dirigée par le pasteur Wiggins. Au lycée, il fait la connaissance de Léo qui se prend d’amitié pour cet étrange garçon hors du temps. La mort de son coreligionnaire Chrysostome, entame la foi de Mardochée.

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Mon avis. Une couverture inquiétante pour un récit que l'on lit en retenant son souffle...

Mardochée fait partie de la Congrégation régie par le pasteur Wiggins : les Fils de George. Ce "gourou" mène ses fidèles à la baguette, au propre comme au figuré puisque pénitences et privations sont légion dans cette mystérieuse communauté qui vit recluse sur elle-même, frayant le moins possible avec le commun des mortels, les Restants.

L'adolescent a bientôt seize ans, l'âge où il se dépouillera de son statut d'Enfant pour embrasser celui de Converti. Et même s'il se répète inlassablement les mêmes formules étudiées depuis sa plus tendre enfance, quelques doutes s'immiscent en lui, d'autant que Léo, un élève de sa classe, semble lui manifester un intérêt sincère, lui proposant même de participer au repas de fin d'année. Mardochée a beau tenter de se convaincre que Léo incarne le Mal, il se pose des questions...

  "Léo est mince et grand, avec des cheveux longs, un regard clair et un air sérieux même quand il rit. Plusieurs fois, il nous a adressé la parole, à Chrysostome et à moi, comme s'il s'intéressait vraiment à nous. Je devrais en conclure qu'il est un agent de David [= le prophète du Mal] mais je ne peux m'empêcher de lui trouver un air sympathique." [p. 13]

 

Le roman alterne les chapitres relatifs à Mardochée et ceux qui se focalisent sur Léo, désireux de découvrir celui qui se cache sous ce Fils de George, "l'extraterrestre du lycée - le seul depuis que Chrysostome ne vient plus en cours - qui s'exprime bizarrement".

  "Les trois petits en descendent. Ils vont au collège à côté du lycée. Je les vois le soir, quand ils attendent la voiture-arlequin devant la grille. Avant, Mardochée et Chrysostome Georgeson les encadraient. Maintenant, Mardochée est tout seul, Chrysostome ne vient plus depuis le mois dernier. C'est affreux à dire, mais je me sens presque soulagé. Je l'ai toujours trouvé plutôt flippant : à le voir comme ça tout maigre, la peau toujours pâle, les yeux brillants, on se demandait s'il n'était pas malade. Contagieux, peut-être. Et quand il partait dans ses délires..." [p. 20]

  "- Écoute, Léo, c'est très gentil de ta part de t'assurer que je vais bien, mais je ne peux en aucun cas accepter que tu m'achètes à manger. Je suis désolé si j'ai eu des moments d'absence, mais cela n'est pas de ta responsabilité et je vais retourner auprès des miens, maintenant." [p. 52 - 53]

 

La réflexion suscitée auprès de Mardochée par Léo - et inversement - est réellement intéressante ; Léo dessillera (in)sensiblement les yeux de Mardochée sur le monde qui l'entoure - certaines scènes sont touchantes, comme celle de la dégustation des paninis banane-Nutella - et parallèlement, sur l’Église Congrégationniste du Livre de George, tandis que lui-même s'interrogera sur l'idée de/d'un Dieu.

Un texte de la collection EGO, "des romans courts et choc pour les ados qui disent je", à faire découvrir aux élèves, à partir du deuxième degré.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge Jeunesse/Young Adult  (28).

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14:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/06/2016

Les loups chantants, Aurélie Wellenstein

Présentation. Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle soit toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard.

Un jour, la sœur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange ; son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie.

Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

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Mon avis. Une couverture magnifique qui ouvre la porte d'une écriture sublime...

J'ai beaucoup apprécié Le Roi des Fauves, d'Aurélie Wellenstein : je n'ai donc pas hésité à me lancer dans ce roman, d'autant que la superbe couverture - d'Aurélien Police - a d'emblée attiré mon regard. Je n'ai pas été déçue...

Mieux vaut se couvrir chaudement avant de commencer ce récit puisque le froid - le Froid, même - est prégnant ; à cet égard m'est revenue en mémoire l'atmosphère glaciale de l'excellent Combat d'hiver, de Jean-Claude Mourlevat.

Yuri ouvre le récit alors que la tempête se déchaîne et qu'il tente de ne pas se laisser submerger par le Blizzard ; apparaissent aussitôt des "personnages" très importants dans l'histoire : les loups. Ceux-ci, êtres enchantés et enchanteurs, sont animés par la volonté d'attirer l'adolescent dans leurs "filets" par le biais de leurs chants. Yuri essaie de résister, du mieux qu'il peut, entre autres grâce à la magie protectrice des Gardiens. Pourtant, depuis que son aimée, Asya, a été "emportée" par les loups un an auparavant, s'est immiscée en lui l'idée que s'abandonner à eux lui permettra peut-être de la rejoindre. Peut-être.

Rentré dans le camp, il découvre que sa sœur, Kira, est atteinte d'un mal pour le moins étrange : sa peau se couvre de glace, lentement mais sûrement. Le chaman décrète qu'il s'agit d'une malédiction de Korochun, le dieu souterrain des froids glaciaux : la jeune fille est bannie. Yuri n'envisage pas une seconde d'abandonner Kira ; il entame alors à ses côtés un périple éprouvant avec Anastasia, une amie qui les a persuadés que la guérison est possible.

Le livre relate ce voyage vers la capitale, sous des températures polaires : le trio attèle deux traîneaux ; Yuri pourra compter sur ses chiens, compagnons fidèles avec lesquels il entre en communion d'une manière particulière. Mais les loups chantants sont bien décidés à ne pas les laisser en paix durant cette course contre la montre/mort...

J'ai aimé la frontière floue entre songe et réalité, ainsi que le combat intérieur de Yuri raconté par la plume merveilleusement poétique de l'auteure...

  "Yuri s'avança autant qu'il l'osa dans le Blizzard. La tempête se déchaînait et les vents rugissaient à ses oreilles, le poussant en avant, en arrière, malmenant son manteau en peau de renne. Pour progresser dans cette furie blanche, il devait marcher pas à pas avec ses raquettes, courbé en deux, un bras replié sur la tête, mais même ainsi, les bourrasques lui coupaient la respiration et les flocons lui lapidaient le visage. Il finit par s'immobiliser, le souffle court, les cuisses et les bottes matelassées de neige." [p. 11]

  "Pourtant, il était bien placé pour savoir que parfois, le pire arrivait. Parfois, même les jeunes filles perdaient la vie. Même en bonne santé. Même à seize ans. L'Hiver les taillait en pièces." [p. 23]

  "Mais quand il arriva à Orion, son chien de tête, il hésita. Le malamute leva le museau vers lui. Yuri enroula les doigts dans sa douce fourrure. S'il le perdait, il mourrait de chagrin. Une boule lui obstrua la gorge. [...] Orion se jeta en avant. Les six huskies se ruèrent dans son sillage. La corde centrale se tendit avec un claquement sec. Le traîneau s'ébranla avant de glisser en souplesse sur la neige." [p. 50 - 51]

Couverture : Aurélien Police.

Un grand merci aux éditions Scrineo et à Livraddict pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (27) ; "Littérature de l'imaginaire" (20) et "Un genre par mois" (jeunesse pour juin).

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21:48 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/06/2016

Le grenier des enfers, Une enquête de l'inspecteur Pendergast, Preston & Child

Présentation. Deux cadavres sauvagement mutilés repêchés dans les égouts de Manhattan. Des blessures à faire froid dans le dos qui n’ont été infligées ni par un homme, ni par un animal. Une vague d’assassinats sanglants qui décime les sans-abri. Tous les indices et témoignages permettent de dresser le portrait d’une créature mi-humaine, mi-mutante, aussi dangereuse qu’intelligente.

Alors qu’une psychose collective s’empare de la ville, policiers et scientifiques traquent la bête dans le New York souterrain, au sein d’un labyrinthe de stations de métro abandonnées, de tunnels et de galeries lugubres, jusqu’au "Grenier des Enfers", là où se cache l’ultime secret du monstre.

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Mon avis. Un thriller qui a su me ferrer...

J'ai eu l'occasion de lire ce deuxième volet des "aventures de Pendergast" et je m'y suis volontiers immergée (verbe de circonstance !) même si je n'avais pas lu le précédent.

C'est grâce à un plongeur novice - Snow (!) - que deux cadavres "mal en point" (euphémisme) sont repêchés dans les égouts - Cloaca maxima - de Manhattan. Une des deux victimes est une jeune femme "de la haute" disparue deux mois auparavant, si bien qu'il est d'emblée indispensable de faire la lumière (!) sur cette sombre (!) affaire.

  "Même à travers sa combinaison étouffante, collante, l'eau lui fit une étrange sensation. Visqueuse, sirupeuse, elle ne lui bouillonna pas aux oreilles, ne lui fila pas entre les doigts.S'y enfoncer exigeait un effort. Il avait l'impression de nager dans de l'huile de vidange." [p. 15 - 17]

Le ton est donné.

Le groupe dont il a été question dans Relic - que je n'ai pas lu donc, si vous suivez - aura dès lors l'occasion de se retrouver : le lieutenant Vincent D'Agosta, le Docteur Margo Green, le journaliste Bill Smithback et, last [bien des pages se tournent avant qu'il n'apparaisse] but not least, l'inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI ; des personnages attachants.

L'enquête s'avère ardue, dangereuse et extrêmement pointue (un peu trop pour moi) en matière de mutations ; elle emmènera les protagonistes dans un labyrinthe de galeries souterraines, là où se terrent ceux qui ne voient que très peu, voire jamais, la lumière du jour : SDF, marginaux, drogués, exclus... appelés "les taupes". Un monde à part qui risque de leur faire perdre la tête. Au sens propre (!) comme au figuré.

Claustrophobes s'abstenir...

Traduction : Philippe Loubat-Delranc.

Titre VO (1997) : Reliquary.

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 2 (thriller - policier pour cette session).

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21:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

26/06/2016

Le poids des secrets, T. 5 : Hotaru, Aki Shimazaki

Présentation. À la saison des lucioles (hotaru), lorsqu'elle rend visite à sa grand-mère Mariko Takahashi, Tsubaki est loin de se douter que celle-ci lui confiera bientôt le secret qui ronge sa vie depuis cinquante ans, incapable qu'elle fut de le révéler à son mari.

Étudiante en archéologie, Tsubaki apprend à travers cette confession les lois cruelles de la vie : l'innocence et la naïveté des jeunes filles sont souvent abusées par les hommes de pouvoir et d'expérience, et leur destinée s'en trouve à jamais bouleversée.

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Mon avis. J'ai retrouvé avec plaisir la plume délicieuse d'Aki Shimazaki mais j'ai attendu trop longtemps avant de lire ce dernier tome : je suis certaine que j'aurais davantage savouré ce récit si j'avais eu une vision plus précise de l'ensemble.

Je n'avais pourtant pas tout à fait oublié les personnages dont il est question ici : Mariko, Tsubaki et, dans une moindre mesure, Yukio. La vieille dame, au crépuscule de sa vie, a perdu son mari depuis longtemps déjà et vit chez son fils Yukio. Son esprit semble maintenant dériver de temps à autre et Tsubaki essaie d'adoucir les jours de sa grand-mère.

Cette dernière va raconter à sa petite-fille le lourd secret qui pèse sur ses épaules, celui qu'elle n'avait jusqu'alors confié à quiconque, celui qui la replonge dans un passé qu'elle avait (tâché d')enfoui(r) en elle, celui qui, peut-être, éclairera d'une lumière nouvelle le chemin personnel de Tsubaki.

Il ne me reste plus qu'à relire un jour la pentalogie...

 

Ce titre entre dans le challenge "Objectif du mois", proposé par Xiou (pour juin, terminer une saga de plus de deux tomes).

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12:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

25/06/2016

Rural noir, Benoît Minville

Présentation. Ados, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables, ils foulaient leur cambrousse dans l'insouciance.

Tout a changé cet été-là. Un drame, la fin de l'innocence.

Après dix ans d'absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.

Oscillant entre souvenirs de jeunesse tendres ou douloureux et plongée nerveuse dans une réalité sombre, Rural noir est la peinture d'une certaine campagne française. Un roman noir à la fois cruel et violent, mais aussi tendre et lumineux ; évoquant la culpabilité, l'amitié et la famille.

Dans la tradition du country noir américain, territoires ruraux et laissés-pour-compte côtoient ceux dont on parle peu au milieu d'une nature "préservée" – ou en friche.

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Mon avis. Une belle lecture qui m'a cependant laissée un tantinet sur ma faim : j'aurais en effet bien volontiers cheminé encore un peu en compagnie des personnages...

Ce récit m'a d'emblée fait penser au film - que j'aime beaucoup - Stand by me, de Rob Reiner [je précise que je n'ai pas lu la nouvelle de Stephen King - Le corps - dont est tiré le film].

C'est une histoire d'amitié, une amitié profonde, sincère, indéfectible : celle qui unit Julie, Vlad, Romain et Christophe, chacun des garçons étant "plus ou moins" amoureux de la belle Julie. "L'innocence serait fauchée cet été-là", [p. 11] faisant littéralement "éclater le groupe".

Dix ans plus tard, Romain "revient au pays" et retrouve la petite bande ; mais de l'eau a coulé sous les ponts et chacun tente de s'en sortir du mieux (du moins mal ?) qu'il le peut alors que la région subit la crise de plein fouet.

Le récit alterne présent, raconté à la troisième personne, et passé, relaté à travers le regard de Romain, chaque chapitre relatif au passé venant éclairer d'un jour nouveau le présent. Ces allers et retours temporels ne nuisent pourtant en rien à la compréhension de l'histoire.

Si l'amitié est essentielle dans le roman, la ruralité, celle que l'on nomme communément "la France profonde", y occupe également une place fondamentale,  avec sa force et le caractère entier de ses acteurs, avec les difficultés liées au monde moderne, aussi.

 

  "Les vacances sont là, attendues avec plus de ferveur que le premier baiser que je traque depuis peu.

   Les vacances dans notre chez-nous ; un été à parcourir notre paradis tout vert. Un quotidien à réinventer. La vraie joie d'exister et de grandir ensemble.

Nous quatre.

   Je les regarde, mes potes, si fier de les connaître.

   On n'entend même pas l'eau qui dévale des nuages ni le tonnerre qu'on aura oublié demain matin, trop occupés à rire, accompagnés de nos quelques trésors pour honorer l'été : deux canettes de bière, piquées à mon père. Une clope aussi. Merde, presque quatorze ans après tout. Et de la bouffe, on a pillé nos frigos de tout ce qui est gras et peut se manger entre deux tranches de pain.

   Et cette musique envoûtante : quand ce ne sera plus AC/DC, y aura Black Sabbath ou Led Zep pour assurer le coup.

   Je les regarde mes potes :

   Chris, mon petit frère, les genoux esquintés par sa dernière gamelle à vélo, imite si mal Angus Young qu'on se pissera bientôt dessus, il se dandine et Vlad l'attire vers lui en passant son bras autour de son cou. Vlad, c'est mon meilleur pote. Il a déjà ouvert la deuxième bière. Il se marre, n'arrête pas de triturer sa boucle d'oreille. Julie l'a percée à l'épingle de nourrice." [p. 9 - 10]

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 2 [thriller - policier pour cette session].

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18:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

22/06/2016

Le menteur, Nora Roberts

Présentation. Shelby Foxworth a d'abord perdu son mari, porté disparu en mer, puis ses illusions. Car celui qui l'a séduite alors qu'elle était chanteuse dans les bars du Tennessee pour lui offrir une vie dorée dans la banlieue de Philadelphie était un menteur. Infidèle et faux comme le diamant qu'il lui a passé au doigt, il la laisse criblée de dettes. Et quand elle ouvre son coffre-fort, c'est pour y trouver des papiers d'identité multiples, de l'argent liquide et une arme. L'homme qu'elle aimait n'est pas seulement mort : il n'a jamais existé.

Se réfugiant avec sa fille de trois ans dans sa ville natale, Shelby se reconstruit peu à peu et redécouvre timidement l'amour. Mais peut-on vraiment échapper à son passé ?

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Mon avis. Jusqu'à présent, j'avais toujours passé un agréable moment lors de la lecture d'un roman de Nora Roberts ; il en est allé différemment cette fois...

Shelby est veuve depuis peu et découvre, horrifiée, que son mari Richard n'avait de "richard" que l'apparence ; pire, il ne lui a laissé que des dettes énormes et de nombreux points d'interrogation. Heureusement, sa fille Callie va lui insuffler le courage nécessaire pour (tenter de) "repartir à zéro". Pour ce faire, la jeune femme retourne vivre auprès de sa famille, qu'elle avait délaissée depuis quelques années à cause de son mari.

Ce n'est pas tant le côté prévisible de l'histoire qui m'a dérangée - la lectrice sait pertinemment à quoi s'attendre en se plongeant dans ce type de récit  -, mais l'absence d'émotion. Et même si la lecture a été rapide, je n'ai jamais "frissonné" avec Shelby, ni de peur, ni de plaisir, ni de quelque manière que ce soit. Ce(tte absence de) sentiment a été accentué par les dialogues qui sonnent particulièrement faux.

Côté personnages, je retiendrai malgré tout Viola, la savoureuse grand-mère de la jeune femme.

Un coup dans l'eau donc pour moi...

Traduction : Joëlle Touati.

Titre VO (2015) : The liar.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges  "de la Licorne 2" (thriller - policier pour cette session) et "Comme à l'école" (personnage féminin pour le mode 2).

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19:26 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

20/06/2016

La brigade de l'ombre, 1 : La prochaine fois (,) ce sera toi, Vincent Villeminot

Présentation. Fleur vérifia sur son téléphone : son père ne lui avait laissé aucun message. C'était curieux, ces trois appels successifs. Pourtant, elle décida de faire la morte.

La morte... Une étrange façon de parler, à bien y réfléchir. Et glaçante, quand on l'associait aux coups de fil du commissaire Markowicz. Son père. Pour qui le pire était toujours sûr.

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Mon avis. C'est avec ce titre, susceptible de plaire, me semble-t-il, aux élèves du deuxième degré - et d'être adapté à l'écran -, que je découvre Vincent Villeminot.

Focus sur une Brigade "quelque peu (!) particulière", à savoir le commissaire Markowicz, géant taciturne, féru de littérature, alcoolique à ses (nombreuses) heures, à la jambe raide depuis l'Accident ; le commandant Bosco, alias Gimli, minuscule, "à la peau d'un noir presque violet", dont l'organisation, la réflexion et l'anticipation sont inversement proportionnelles à la taille ; le lieutenant Toussaint Fermeture, Jimi Hendrix de la bande, fumette comprise, champion toutes catégories lorsqu'il est question d'atteindre son but par des moyens (très) éloignés de la légalité ; les Parques, un trio féminin aux personnalités "variées".

S'est dernièrement ajoutée Joubert, immédiatement baptisée Diane de Moitié par Jimi. C'est par l'intermédiaire de cette nouvelle recrue que le lecteur découvre les membres de ce groupe bizarroïde, à première vue hétéroclite : le genre de personnes qui, comme on dirait par chez nous, "n'ont pas toutes leurs frites dans le même sachet".

La Brigade s'arroge le droit d'enquêter sur le meurtre, particulièrement horrible d'une jeune fille ; or, "hier midi, dans la cour intérieure, devant le cadavre de la jeune fille éventrée et démembrée, il [Marcowicz] avait entendu la chanson de l'ennemi, et celle de sa famille. Elles s'entremêlaient. Cela signifiait que quelqu'un en voulait à la famille - sa brigade, en l'occurrence, puisqu'il n'avait de facto plus de famille." [p. 46]

Même si les personnages sont (délicieusement) caricaturaux - la fille cadette du commissaire, Adé(laïde), est "un poème" - et même si l'humour est parfois (délicieusement aussi) de mauvais goût, j'ai apprécié cette lecture qui allie investigations et fantastique ; j'ai en outre beaucoup aimé la fin de ce premier opus qui appelle le suivant...

Merci à Livraddict et aux éditions Casterman pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (26) ; "de la Licorne 2" (thriller-policier pour cette session) ; "Littérature de l'imaginaire" (19) et "Un genre par mois" (jeunesse pour juin).

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16:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

18/06/2016

À l'ombre des cerisiers, Dörte Hansen

Présentation. C’est au printemps 1945 que la petite Vera voit pour la première fois la vieille ferme perdue au cœur d’un immense verger. Sa mère et elle viennent de traverser à pied une Allemagne en ruines.

Soixante-dix ans plus tard, Vera, qui occupe toujours la maison, voit débarquer à son tour sa nièce, Anne, en pleine rupture amoureuse, et son jeune fils Leon.

Les deux femmes, fortes têtes et solitaires, vont affronter ensemble une histoire familiale traversée de secrets et de non-dits. Sauront-elles redonner vie à ces murs hantés par les chimères du passé ? Pour cela, il faudra d’abord apprivoiser les habitants du village qui ne manquent ni de caractère ni d’originalité...

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Mon avis. J'ai reçu ce roman lors d'une des dernières opérations de Masse Critique sur Babelio : c'est la couverture qui m'a attirée. J'ai passé un bon moment à l'ombre des cerisiers...

Le récit se centre dans un premier temps sur la petite Vera, arrivée dans le nord de l'Allemagne, appelé "le Vieux Pays", depuis la Prusse orientale, en compagnie de sa maman, Hildegard. Elles n'ont plus rien et le petit frère de Vera est décédé ; il a dû être abandonné au fil du (rude) chemin parcouru. C'est dans la ferme d'Ida Eckhoff que les réfugiées atterrissent : "Y va en venir encore combien d'vous aut' Polacks ?". [p. 10]

Il leur faudra apprendre à survivre dans ce milieu rural où elles ne sont nullement les bienvenues mais Hildegard a un caractère bien trempé : elle est bien décidée à s'en sortir. La petite fille grandit dans la ferme, entre les deux femmes que tout oppose ; la situation s'envenime encore davantage lorsque Karl, le fils d'Ida, revient deux ans plus tard d'un camp de prisonniers russe.

Le lecteur suit également, quelques dizaines d'années plus tard, un pan de la vie d'Anne, la nièce de Vera. Suite à une rupture abrupte et douloureuse avec le père de son fils Leon, Anne emménage chez sa tante, dans la maison que cette dernière, considérée comme une vieille femme loufoque, quelque peu "foldingue" par les villageois, a toujours conservée.

J'ai aimé cette "rencontre" particulière entre tante et nièce, chacune pétrie d'une douleur lancinante derrière la "façade glacée" qu'elle donne à voir.  Les habitants du village - du cru ou "importés"- sont eux-mêmes parfois touchants ; à noter que la maison de Vera, où bon nombre de drames se sont joués, demeure inébranlable et "exigeante"...

Traduction : Elisabeth Landes.

Titre VO (2015) : Altes Land.

Merci aux éditions Kero et à Babelio pour ce partenariat.

22:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

10/06/2016

Le sommeil le plus doux, Anne Goscinny

Présentation. « Son sourire aujourd’hui me donne envie de découvrir le monde. Elle oublie, je le vois, l’échéance des trois jours. Elle oublie que le temps est compté, elle oublie l’ombre et son murmure.

Il fait doux, Nice ouvre ses cadeaux. Il n’y a personne dans les rues. Je marche, enveloppée dans un caban trop large. Je ne pense qu’à ma mère. Je sais que la parenthèse se referme sur nous. Ma promenade, au gré du vent, au gré de rien, me conduit dans un joli jardin. Je m’assieds sur un banc, déboutonne mon manteau. Je respire. Trois pastels et mon carnet vont immortaliser le bleu, le vert et l’ocre.

C’est alors que je remarque cet homme. Il est là, tout près, assis sur un banc. Il me regarde. Il se lève. Vient vers moi. »  A. G.

C’est à Noël, sous le soleil d’hiver, qu’Anne Goscinny réunit une mère et sa fille pour un dernier voyage. Un roman poétique et personnel.

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Mon avis. Une écriture subtile pour un texte qui m'a parfois égarée mais que j'ai cependant lu avec plaisir, et s'il est un mot qui me vient spontanément à l'esprit à l'évocation de ce récit, c'est celui de nostalgie.

Jeanne arrive à Nice en compagnie de sa mère et sa grand-mère paternelle (j'ai adoré ce dernier personnage) ; sa mère lutte contre un cancer qui la ronge depuis un long moment déjà et il semble que cette fois, la maladie l'emportera, dans tous les sens du verbe.

La jeune femme tente, tant que faire se peut, d'adoucir les derniers moments de celle qui, jusque-là, a pris toute la place dans sa vie. De sa vie, même. Peut-être Jeanne se trouvera-t-elle lorsque sa mère aura pris son envol ?

En alternance avec le point de vue de Jeanne apparaît celui de Gabriel, un homme rencontré par la jeune femme au hasard d'une promenade...

Le récit dépose çà et là des impressions fugitives relatives à cette relation mère-fille tout à fait particulière, ainsi qu'à la rencontre entre Jeanne et Gabriel. Cette lecture s'est curieusement (?) inscrite au moment où je travaillais Verlaine avec mes élèves ; impossible dès lors de ne pas (res)sentir un lien entre les deux dans cette esquisse du flou, entre passé et présent... Jusqu'à la fin qui rend leur netteté aux images.

  "La vie est là, à portée de main, couleur navet ou couleur lavande. Les mots choisis font reculer la réalité. J'ai la nuit pour lui promettre un avenir, la nuit pour inventer une vie qui aurait la vie devant elle. Je lui parle des enfants que j'aurai et dont elle sera si fière, de cette passion, la peinture, dont peut-être je ferai un métier." [p. 29]

  "Je me souviens de cette jeune fille, voûtée, un peu triste. Perdue et loin de là où elle se trouvait." [p. 49]

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

 

12:36 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/06/2016

Trop tôt, Jo Witek

Présentation. J'ai repris mon souffle et je lui ai souri. Il m'a offert sa main. Tout de suite, comme ça, sans parlote, ni drague. Il m'a pris la main et j'ai aussitôt perdu la tête. Immédiatement. J'ai tout oublié, les parents, Marthe et même cette discothèque de bord de mer. À partir du moment où il m'a pris la main, je suis passée dans un autre monde.

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Mon avis. De nouveau un très beau texte de la collection Ego, chez Talents Hauts.

  "Je n'ai pas vu la rentrée passer. J'avais autre chose en tête. Quelque chose dans le ventre qui a pris toute la place. Qui m'a anéantie. Ce n'est pas ce que je voulais. Pas tout de suite. Pas à quinze ans.

   Comment appeler ça ? Une bêtise ? Une inconscience ? Une faute ?" [p. 5]

Pia a quinze ans et doit faire face à une situation douloureuse, une de celles qui emportent tout sur leur passage et tracent irrémédiablement une frontière entre un "avant" et un "après".

L'avant : les vacances d'été en famille à Royan ; Pia et sa cousine Marthe, complices de toujours, espèrent la "rencontre du bord de mer", celle qui une fois l'été passé, leur laissera une odeur de sable chaud. L'après : un goût amer. Entre les deux : une déferlante qui emporte Pia, contre laquelle elle n'a pas pu lutter.

  "La douceur de ses caresses a balayé toutes mes certitudes, mes résolutions et la jeune fille bien sage. Dans la boîte déjà, je n'étais plus tout à fait moi-même ou peut-être étais-je au plus près de moi-même ? Allez savoir, on se connaît si peu à quinze ans. Et puis, sa main m'a emportée vers un ailleurs [...] Pas de pensées, juste mon corps qui dansait dans la nuit avec un garçon. Jamais je ne me suis sentie aussi belle. Je n'ai pas pu résister à ce présent. [p. 16 - 17]

Et puis deux traits qui lui hurlent le résultat du test. Un gouffre de terreur : ses parents, si fiers de leur fille, vont-ils la détester à jamais ? La rejeter ? La forcer à garder le bébé, à assumer ses actes ?

Indépendamment du propos interpellant, j'ai aimé les personnages, tant Pia et le regard qu'elle porte sur elle-même que Marthe et Baptiste, soutiens indéfectibles, ou encore les parents, profondément bouleversés.

Un texte à découvrir...

 

Ce récit entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (25),  "Un genre par mois" (jeunesse/young adult pour juin) et "Comme à l'école" (personnage féminin pour le mode 2).

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11:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/06/2016

Les mannequins ne sont pas des filles modèles, Olivier Gay

Présentation. Fitz, Deborah et Moussah forment un inséparable trio de noctambules parisiens. Et voilà Moussah en couple et amoureux. D'un mannequin, pour couronner le tout. Mais la superbe Cerise disparaît du jour au lendemain, à l'aube d'un concours qui aurait pu changer sa vie. A-t-elle décidé de tout plaquer sur un coup de tête ?

À la demande de Moussah, Fitz enfile le manteau d'enquêteur qui lui va si bien. Bien sûr, les autres participantes ont tout intérêt à éliminer Cerise, grande favorite de la compétition. Mais est-il possible que ces créatures de rêve se transforment en criminelles pour parvenir à leurs fins ? Fitz a pourtant toujours eu un faible pour les filles modèles...

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Mon avis. Un p'tit coup d'mou ? Envie de passer un agréable moment  ? J'ai ce qu'il vous faut avec ce deuxième opus - au titre encore une fois à rallonge - des (més)aventures du sieur (John-)Fitz(gerald).

La dédicace de l'auteur himself évoquait un "tome avec le plus de private jokes". Je me demandais donc si j'allais être sur la même longueur d'onde. Hé bien oui. J'ai d'ailleurs, au fil de ma lecture, corné quelques pages afin de retrouver facilement l'une ou l'autre phrase. [Hé oui, il m'arrive de corner les pages de mes livres quand je veux repérer un extrait et que je n'ai pas de crayon sous la main ; de toute façon, je fais ce que je veux avec mes livres, même les prêter, au risque de les récupérer avec des signes évidents de "manipulation"].

J'ai retrouvé avec plaisir le trio de choc apprécié dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, avec un Fitz en grande (mé)forme, aux prises avec un Moussah tombé dans les filets de la sculpturale Cerise. Le hic, c'est que jeune femme n'a plus donné signe de vie depuis quelques jours et que le géant (au grand cœur ?) est inconsolable. Pire : ce dernier est intimement persuadé qu'il est arrivé quelque chose à sa dulcinée, une des favorites d'un concours de mannequins.

Fitz est donc contraint de conjuguer à nouveau son "boulot de vendeur de soleil" à celui d'enquêteur pas discret du tout. Et quand il plonge dans les coulisses de ce milieu "pailleté", avec l'aide (?) de ses deux acolytes, il prend conscience que pour certaines, la fin semble justifier les moyens...

 

  "Un mètre quatre-vingts, un visage d'ange et des côtes saillantes ? Si elle n'était pas mannequin, elle revenait d'un séjour sportif au Darfour." [p. 29]

  "Elle agita la main en direction de quelqu'un derrière moi et je pivotai, inquiet à l'idée de découvrir un petit ami jaloux, sans doute un mètre quatre-vingt-dix au garrot et adepte de kick-boxing. Mais non, elle saluait simplement un couple dans la cinquantaine à l'argent clinquant qui se dirigeait vers nous. Merde, les parents.

   - Impact prévu dans dix secondes, murmura-t-elle.

   Mannequin ET ironique ? Dieu existait donc. J'avais déjà sorti mon téléphone avec la vitesse de l'habitude.

   - Ça m'en laisse huit pour prendre ton numéro." [p. 48]

  "J'avais entendu quelque part que les talons hauts rapprochaient les filles du ciel mais là, il devait y avoir quinze bons centimètres - je me demandai comment elle ne se tordait pas les chevilles. Ça devait être le genre de secrets qui ne se transmet que de mère en fille, un peu comme les moues boudeuses et l'art de manipuler les mâles en rut." [p. 99]

 

Fitz ou typiquement le genre de "héros" que je déteste adorer ; je lirai volontiers la suite...

 

Ce roman entre dans les challenges "de la Licorne 2" (thriller - policier pour cette session) et "Comme à l'école" (thème : personnage féminin pour le mode 2).

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20:17 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

01/06/2016

Le Cri du cerf, Johanne Seymour

Présentation. Un matin brumeux d'octobre, Kate plonge dans les eaux glacées de son lac près du paisible village de Perkins, dans les Cantons-de-l'Est, et trouve, flottant à la dérive, le cadavre d'une fillette. Plus tard, une seconde victime confirmera la présence d'un tueur en série dans les environs.

Qualifiée par ses pairs d'asociale et de vindicative, le sergent Kate McDougall devra mener l'enquête la plus difficile de sa carrière. Pour démasquer la Bête, elle aura à affronter ses démons et à remonter le fil douloureux de son passé.

Une démarche qui l'entraînera au cœur d'un cauchemar et qui menacera de briser le fragile équilibre sur lequel elle a bâti sa vie. Une vie marquée par le cri du cerf.

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Mon avis. Pas de réelle surprise durant cette lecture. Cependant, les pages se tournent rapidement ; les chapitres (très) courts remplissent bien leur office : on se dit qu'on va encore en lire un, puis le suivant, et encore un autre...

Focus sur le sergent Kate McDougall, à la forte personnalité, une de celles qui ruent (volontiers) dans les brancards, ce qui lui a d'ailleurs déjà valu une mutation : le sergent-chef Brodeur - dont les dents raient le parquet - a déployé beaucoup d'énergie pour lui faire quitter la Sûreté du Québec à Montréal. Il a réussi. C'est ainsi que la quadragénaire au "corps fier et racé [qui] trahit son métissage Mohawk" [p. 11] s'est retrouvée au poste de Brome-Perkins.

Elle découvre le corps d'une fillette de neuf ans dans l'étang qui jouxte son chalet : la première d'une série. Parallèlement, les cauchemars récurrents de Kate s'intensifient, la menaçant d'atteindre un point de non-retour, malgré le soutien indéfectible de (bon nombre de) ses collègues/amis.

Un (gros) bémol à noter : des erreurs "typographiques" rendent parfois le propos confus. C'est ainsi que dans les dialogues, des phrases énoncées par la même personne sont présentées avec des tirets différents ; ce n'est qu'après avoir lu l'ensemble que l'on se rend compte que le deuxième tiret n'a pas lieu d'être et que le second interlocuteur n'a en fait rien dit. Ou encore, alors que l'on quitte le dialogue et que la relation reprend, celle-ci est indiquée comme s'il était toujours question du dialogue.

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 2 (session 4, thriller - policier).

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11:36 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

29/05/2016

Memorex, Cindy Van Wilder

Présentation. 2022. Cela fait un an que la vie de Réha a basculé. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l'île familiale. Un an qu'Aïki, son frère jumeau, son complice de toujours, s'est muré dans une indifférence qui la fait souffrir.

Le jour de ce sinistre anniversaire, la famille est réunie sur l'île : c'est le moment de lever les mystères, les tabous, les rancœurs que Réha ressasse depuis un an. Au cœur de l'énigme : Memorex, la multinationale pharmaceutique de son père, ainsi que ses expérimentations sur la mémoire. [...]

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Mon avis. Je pressentais que je risquais d'aimer ce roman, d'autant que j'avais apprécié la plume de l'auteure - au demeurant bien sympathique - dans le tome 1 de la saga Les Outrepasseurs : Les Héritiers. Pari gagné.

L'action se déroule dans un futur proche : Réha, la fille de Kassa Ayyadam, (richissime) fondateur de Memorex, poursuit ses études à Mansfield Academy, en Californie. Thanksgiving se profile et la jeune fille doit retourner pour quelques jours à Star Island, l'île familiale, en Polynésie française.

Or la jeune fille n'a nulle envie de se séparer, même temporairement, de son amie finlandaise, Ilse. En outre, Aïki, son frère jumeau, l'accompagne, et depuis le drame qui a touché leur famille, un an auparavant, Réha a "perdu" son frère : leur complicité d'antan s'est définitivement envolée.

C'est lors de leur arrivée sur Star Island que le séjour prend une tournure pour le moins inattendue, plongeant les protagonistes dans un puits sans fond dont il leur sera difficile d'émerger. Les œillères se désagrègent, au fil des événements racontés par Réha, rythmés par des pages évoquant le passé. Ces dernières apportent un éclairage progressif sur ce qui se joue sur l'île. La douleur est immense...

Côté personnages, j'ai apprécié Réha alors que, paradoxalement, je ne l'ai pas trouvée attachante ; Petite Miss Parfaite m'a également beaucoup plu, tout comme Aïki qui m'a en outre particulièrement émue.

Cerise sur le gâteau : un objet-livre très soigné.

Une belle découverte au suspense savamment orchestré ; ce roman devrait plaire aux élèves du secondaire supérieur : une certaine maturité est, selon moi, bienvenue pour en appréhender les multiples facettes.

 

  "L'objet du mail me saute littéralement au visage.

   TE SOUVIENS-TU ?

   Aucun nom d'expéditeur. Une lettre fantôme. Je me raidis d'instinct. [...]

   Qui ?

   La panique menace de m'engloutir, épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma tête depuis un an, mais je résiste. Je ne donnerai pas à cet expéditeur anonyme, ce lâche derrière son écran, la satisfaction de m'avoir mise à terre. De m'avoir fait trembler.

   Je ne veux plus être une victime." [p. 33 - 35]

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (24) et "Littérature de l'imaginaire" (18).

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16:17 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

27/05/2016

Birth Marked, 3 : Captive, Caragh M. O'Brien

Présentation. Gaia a survécu à la Forêt Morte. À présent, elle doit conduire le peuple de Zile à l’Enclave, et convaincre la cité de leur accorder le refuge. Mais ses lois sont devenues plus cruelles encore… Pour rétablir la justice, Gaia sera-t-elle prête à mettre en péril la vie de ceux qu’elle aime ?

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Mon avis. J'ai toujours un peu peur de découvrir le dernier tome d'une série que j'ai jusque-là beaucoup appréciée, par crainte d'être déçue. Je ne l'ai nullement été.

Le récit commence alors que Gaia, désormais Matriarche de la nouvelle Zile, arrive avec son "peuple" aux portes de l'Enclave, fermement décidée à demander l'asile à celui qui se fait appeler "Protecteur". Il n'est plus l'heure de tergiverser : les siens risquent d'y laisser leur vie.

Parmi les fidèles qui l'accompagnent, Léon, Will, Joséphine, Dinah, sa petite sœur Maya. Et Peter, toujours empreint de la souffrance que lui a infligée la jeune femme lorsqu'elle lui a préféré Léon ; il reste(ra) pourtant à ses côtés, soucieux du bien-être de Gaia. Envers et contre tout. Envers et contre tous.

Ce troisième tome m'a paru moins "jeunesse" : les préoccupations de Gaia sont autres que celles qui l'animaient précédemment - même si, chez la jeune femme, certains doutes relatifs à Léon et Peter affleurent de temps à autre - . Or le Protecteur - encore plus détestable que par le passé - a décidé de profiter au maximum des atouts dont il dispose pour tenter de régler, une bonne fois pour toutes, le problème de l'Enclave lié à l'hémophilie. Et rien ni personne ne l'arrêtera. Pas même son propre fils. Encore moins son propre fils.

Un dernier opus à la hauteur de Rebelle et Bannie ; Bannie demeure cependant mon préféré.

 

  " - Ils n'en sont encore qu'à la phase-test mais, en gros, l'Institut Matrice est une usine à bébés." [p. 61]

   "À respirer les vieilles odeurs nocturnes de Wharfton, un mélange d'herbes hautes, de terre sèche et de basse-cour, elle ressentit encore plus cruellement l'absence de ses parents. Un croissant de lune jetait tout juste assez de lumière bleu pâle pour rendre le sentier visible. Par habitude, elle chercha Orion parmi les étoiles mais ne la trouva pas." [p. 137]

Traduction : Hélène Bury.

Titre VO : Promised (2012).

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (23) et "Littérature de l'imaginaire" (17).

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17:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |