07/12/2016

Sauveur & Fils, saison 1, Marie-Aude Murail

Présentation. Quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois sœurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…

   Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.

   Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage?

   Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ?

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Mon avis. Un régal... à tel point que je me suis demandé si je ne le lirais pas en classe à la place de Simple...

Sauveur (ça ne s'invente pas !) est un (charmant) psychologue qui reçoit à domicile des patients aux problèmes très variés ; à force d'écoute, de patience, de jugeote, il réussit souvent à les aider, (petit) pas à (petit) pas.

De l'autre côté de la porte (entrouverte) de son cabinet traînent (souvent) deux oreilles : celles de Lazare, son fils de 8 ans, un petit garçon intelligent, perspicace, curieux de tout, souvent livré à lui-même en raison des horaires extensibles de son papa, un papa qui élude systématiquement les questions relatives à sa femme décédée.

Cette première saison se centre sur Sauveur et Lazare, ainsi que sur certains des (jeunes) patients du psychologue ; l'écriture est savoureuse, l'humour présent et les personnages extrêmement attachants, avec une mention particulière pour Lazare, dont les interventions judicieusement naïves déconcertent souvent ses interlocuteurs. Le récit aborde, l'air de rien, des sujets variés, comme la différence, le racisme, le mal-être des adolescents, l'homosexualité, les relations entre parents et enfants, qu'elles soient (apparemment) harmonieuses, tendues, voire douloureuses, les petits bonheurs aussi. La vie, tout simplement.

  "- Tu te scarifies ou tu es phobique scolaire ou autre chose? demanda Lazare à son compagnon de route, plutôt par politesse que par réel intérêt.

   - Tu es complètement dingue, le rembarra Gabin.

   - Papa dit que les gens qui vont mal, ils t'apprennent plein de choses sur toi.

   - Vous êtes dingues, tous les deux." [p. 77]

 

Je lirai bien sûr la suite.

Ce titre entre dans les challenges "Objectif du mois" [ pour décembre, lire un ouvrage de son auteur préféré ; Marie-Aude Murail fait partie de mes auteurs préférés] et "Jeunesse/Young Adult" [4/20].

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17:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

03/12/2016

Les enfants-rats, Françoise Jay

Présentation. Dans un monde politiquement bouleversé, des milliers d'enfants, abandonnés à eux-mêmes, ont trouvé refuge dans les égouts. Regroupés en hordes où règnent la violence et la loi du plus fort, leur quotidien se réduit à voler dans la ville pour survivre, et à échapper à la police ainsi qu'aux autres hordes.

Irielle a dix-sept ans. Arrivée dans les égouts à l'âge de dix ans, elle a refusé la loi sauvage des enfants-rats. Elle vit seule avec Jode, un petit garçon de cinq ans qu'elle a trouvé bébé dans une poubelle et à qui elle a appris à lire et à écrire...
En ce début de printemps, deux rencontres vont bouleverser leur vie...

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Mon avis. Voici un bon bout de temps que j'avais repéré ce roman, si bien que lorsque l'occasion de le lire s'est présentée, je n'ai pas hésité. Je ressors cependant déçue de cette lecture...

Le propos est tout à fait intéressant : nous sommes dans un futur (proche) où de très nombreux enfants n'ont d'autre choix pour (tenter de) survivre que de se réfugier dans les égouts. Ils vivent en hordes, remontant à la surface pour trouver de quoi manger, en essayant de ne pas se faire alpaguer par la Police... ou des hordes rivales. Ce sont les enfants-rats.

Irielle, une adolescente de dix-sept ans, refuse ce type d'existence à travers laquelle l'humanité présente en chacun s'étiole à petit feu : elle vit avec Jode, un enfant qu'elle a trouvé alors qu'il n'était qu'un bébé et qu'elle a élevé, lui apprenant à lire et écrire, ainsi que les règles, inlassablement répétées, qui leur permettent de survivre.

L'intrigue bien ficelée suscite indéniablement la réflexion. D'où vient donc mon manque d'enthousiasme, me direz-vous ? De l'écriture trop peu "travaillée" à mon sens ; je peux comprendre que l'on veuille aller à l'essentiel, mais de là, par exemple, à laisser tomber tout passage potentiellement descriptif, il y un pas à ne pas franchir, me semble-t-il.

Dans le même ordre d'idée, les choses évoluent trop vite, s'enchaînant parfois en deux coups de cuillère à pot et c'est vraiment dommage car les personnages sont réellement attachants et auraient mérité davantage de "considération". En fait, ce récit mériterait d'être plus amplement développé...

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (3/20) et "Littérature de l'imaginaire" (1/24).

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18:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

29/11/2016

Éloge de la faiblesse, Alexandre Jollien

Présentation. Éloge de la faiblesse retrace un itinéraire intérieur, une sorte de conversion à la philosophie. L’auteur, handicapé de naissance, imagine recevoir la visite de Socrate en personne. Dès lors, s’ensuit un échange où de proche en proche émergent des outils pour apprendre à progresser dans la joie, garder le cap au cœur des tourments et ne pas se laisser déterminer par le regard de l’autre.

La philosophie est ici un art de vivre, un moyen d’abandonner les préjugés pour partir à la découverte de soi et bâtir sa singularité. Peu à peu, une conversion s’opère, le faible, la vulnérabilité, l’épreuve peuvent devenir des lieux fertiles de liberté et de joie.

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Mon avis. Un bref billet pour évoquer ce texte que j'ai proposé, parmi d'autres, à mes élèves de rhéto, en lien avec un parcours relatif à la philosophie...

La philo, ce n'est pas vraiment pas ma tasse de thé ; la partie n'est donc jamais gagnée d'avance lorsque je m'aventure sur ce terrain. Qu'est-ce donc qui a motivé mon choix ? D'abord le conseil de ma collègue (merci, Cécile) ; ensuite "le critère épaisseur" : l'objectif est d'inciter les élèves à lire, inutile donc, la plupart du temps, d'espérer les appâter avec une "brique" ; enfin, je ne peux m'empêcher d'être sensible au thème du handicap.

Ce texte court se présente sous une forme originale : un dialogue entre l'auteur et Socrate himself. Cette façon de procéder par question/réponse rend la lecture aisée ; en outre elle entrouvre des portes : libre au lecteur de les refermer discrètement, ou de les ouvrir plus avant afin de poursuivre l'éventuelle réflexion.

 SOCRATE

Tout cela voudrait dire que la pitié blesse plus que le mépris?

ALEXANDRE

Oui, pas de pitié. Une fois de plus, je donne raison à Nietzsche. Je crois qu'il voit juste quand il condamne la pitié, l'hypocrisie ou le paraître. Chaque jour, je rencontre ce regard condescendant qui croit me faire plaisir, peut-être sincèrement, mais qui nie ma liberté et me nie ipso facto. [p. 45]

 

SOCRATE

Ne fais-tu pas là l'apologie de la souffrance ?

ALEXANDRE

Je dis simplement qu'il faut tout mettre en œuvre pour parvenir à tirer profit, même de la situation la plus destructrice. J'insiste sur les épreuves parce que celles-ci restent inévitables. Rien ne sert de discourir, épiloguer des heures durant sur la souffrance. Il faut trouver des moyens pour l'éliminer et, si on ne le peut pas, l'accepter, lui donner sens." [p. 57]

 

Ce livre entre dans les challenges "Un genre par mois" (non-fiction pour novembre) et "Lire sous la contrainte" (titre commençant par une voyelle pour cette session).

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19:48 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

27/11/2016

Tout n'est pas perdu, Wendy Walker

Présentation. Alan Forrester est psychiatre dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a fait l'objet d'un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une terrible agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée.

Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur.

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Mon avis. Un roman qui explore les méandres de l'être humain...

La narration du récit est pour le moins particulière : Alan Forrester est psychiatre et reçoit en consultation Jenny Kramer, une adolescente qui a été violemment agressée et a reçu un traitement destiné à effacer les souvenirs de cette agression. Il n'en demeure pas moins que la jeune fille souffre profondément, même si elle est incapable de mettre des images sur cette douleur.

  "Jenny a en effet survécu. Et c'est là que j'entre en scène." [p. 71]

Forrester ne voit qu'un seul moyen pour (tenter d') apaiser Jenny : lui faire recouvrer la mémoire. Pour ce faire, il procède par étape. Chaque pas accompli, directement par Jenny ou par l'intermédiaire de patients qui, d'une façon ou d'une autre, à un moment, ont (eu) un contact avec l'adolescente, lui permet de lever un coin du voile sur les circonstances du drame.

Si la première partie souffre selon moi certaines longueurs, la suite m'a totalement happée : c'est (im)patiemment que le lecteur attend que les parties du puzzle viennent s'imbriquer les unes dans les autres pour peindre une gigantesque toile aux nombreux détails.

J'ai beaucoup apprécié découvrir les points de vue des différents protagonistes relatés par l'intermédiaire de Forrester ; celui-ci manœuvre habilement afin de leur faire exprimer les non-dits, enfouis au plus profond d'eux, décortiquant chaque élément susceptible d'aider Jenny. Mais ne serait-il pas en train d'entrouvrir la boîte de Pandore ?

Traducteur : Fabrice Pointeau.

Titre VO : All is not forgotten (2016).

 

Ce livre est une "lecture supplémentaire" dans le challenge de la Licorne 3 (thriller - policier).

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20:05 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/11/2016

Les Épées de glace, tome 2 : Le Châtiment de l'Empire/La Servante, Olivier Gay

Présentation. Le Boucher est vaincu. Prisonnier de l’Empereur, chaque heure qui passe le rapproche inexorablement de son exécution. Mais un empire est-il capable de détruire une légende ? Alors que Shani et Mahlin cherchent une solution désespérée pour sauver Rekk, certains au sein même du pouvoir pourraient voir quelque avantage à sa libération...

Aucun fer ni aucune blessure ne feront oublier sa vengeance au Boucher. Que l’Empire se prépare ; les épées de glace sont en marche.

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Mon avis. Il suffit de découvrir le recensement des lectures dans la colonne de droite de ce blog(ue) pour se rendre compte que "tout petit doucement", Olivier Gay est en train de rattraper Fabrice Colin [mon "champion", c'est Émile Zola, mais internet n'existait pas à cette (lointaine) époque]. Et cela devrait continuer car La Main de l'empereur ET Faux frère, vrai secret m'attendent déjà dans ma PAL...

J'avais beaucoup apprécié Le Sang sur la Lame et j'ai tout autant aimé cette suite qui commence exactement là où s'était terminé le premier opus : Rekk, alias le Boucher, a été blessé, capturé, et attend son exécution dans une des geôles impériales. Shani et Mahlin ont quant à eux réussi - grâce à l'aide du Boucher lui-même - à échapper aux gardes et à sauver leur peau en plongeant dans le Verdoyant...

Les deux jeunes gens n'ont plus qu'une idée en tête : tenter le tout pour le tout pour délivrer Rekk. La partie est pourtant loin d'être gagnée. Qu'à cela ne tienne, ils se/lui doivent de réussir ; l'aide de Laath, Darenn et Eleon - intéressé, cela va de soi - sera la bienvenue.

  "La montée était plus angoissante qu'elle l'avait imaginé. L'orage à l'extérieur rendait l'air humide et les marches glissantes. Des meurtrières à intervalles réguliers s'illuminaient à chaque éclair. Les torches fumaient et grésillaient lorsque l'eau s'infiltrait au gré des bourrasques. L'escalier tournait et tournait, s'enroulant comme un escargot à la coquille boueuse.

   Shani commençait à s'habituer à l'obscurité lorsque des bribes de dialogue descendirent vers elle, entrecoupées par le sifflement du vent." [p. 411 - intégrale]

 

Rekk entraînera ses "acolytes" dans une quête éperdue de vengeance, face à un adversaire de taille : Theorocle, le nouvel Empereur, falot, mais à la tête de bon nombre de soldats.  Le Boucher n'a cependant plus rien à perdre depuis la mort de Deria...

L'action, relatée par une plume toujours aussi savoureuse, est bel et bien au rendez-vous, les combats sont légion, le sang coule et Rekk demeure fidèle à lui-même : un personnage que l'on devrait théoriquement détester. Théoriquement.

Le caractère de Shani évolue, reléguant aux oubliettes la jeune servante effacée, face à un Mahlin souvent désorienté.

  "- Rekk, vous vouliez partir à l'assaut de l'Empire ? Alors allons-y ! S'il faut qu'il y ait une guerre, il y aura une guerre. Je veux voir Theorocle hurler. Je veux qu'il saigne. Je veux qu'il pleure. Je veux qu'il supplie. JE VEUX QU'IL MEURE !" [p. 509 - intégrale]

 

À noter la superbe illustration de couverture de l'intégrale (Bragelonne), réalisée par Magali Villeneuve.

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne, 3 (Fantasy).

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17:49 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/11/2016

Au pays de l'Ailleurs, Tahereh Mafi

Présentation. Avec sa peau pâle et ses cheveux de neige, Alice détonne à Ferenwood. Car Ferenwood est un monde éclatant de couleurs, révélatrices d'un don magique. La blanche Alice n'a donc apparemment aucun don, aucun intérêt : les habitants de ce lieu en ont fait une paria.
Aussi lorsque son père, la seule personne qui lui témoigne de la bienveillance, disparaît soudainement, la jeune fille n'a-t-elle plus qu'un seul but : le retrouver.
Pour cela, elle va devoir explorer la mythique et dangereuse contrée un peu plus loin que l'horizon... Elle part avec Oliver, un compagnon de route dont le talent magique consiste à pouvoir tromper son monde. Ce don leur sera-t-il utile Là-bas, un univers sans pitié peuplé de créatures effroyables où rien n'est ce que l'on croit, où les pièges pullulent ? Alice elle-même devra reprendre confiance et utiliser des pouvoirs cachés que nul n'avait décelé chez elle. Reverra-t-elle son père et pourra-t-elle enfin mettre des couleurs sur sa vie ?

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Mon avis. Comment dire ?  Une déception proportionnelle à la beauté de la couverture, veloutée à souhait...

Désireuse de découvrir la plume de l'auteure de la série Insaisissable, encensée sur bon nombre de blogs, je me suis volontiers laissé tenter par ce roman à la couverture magnifique, à l’œil et au toucher... mais le contenu n'est, selon moi, clairement pas à la hauteur de l'écrin...

Alice au pays des merveilles vit à Ferenwood, un monde pétri de magie, où les couleurs sont de mise, où l'on savoure les fleurs, où la nature est bel et bien vivante, et dans lequel l'adolescente ne trouve pas sa place : sa pâleur a entraîné son exclusion.

De plus, son père, la seule personne à lui manifester de l'amour, a disparu du jour au lendemain ; depuis, Alice tente d'agir comme si rien ni personne ne la touchait. Ce n'est qu'une apparence.

Arrive le jour où sa "mission" va lui être assignée, comme à tout jeune de son âge, mais les choses risquent encore une fois de ne pas se dérouler comme elle l'espérait...

Je reconnais volontiers que l'univers dépeint (!) est original - ainsi que les interpellations du narrateur - mais point trop n'en faut et ici, le trait est vraiment forcé ; en outre, Alice est extrêmement agaçante, heureusement, il n'en va pas de même pour le personnage d'Oliver. Enfin, même si la plume est belle, les (més)aventures des deux adolescents m'ont ennuyée, à tel point que s'il ne s'était pas agi d'un partenariat, j'aurais probablement définitivement refermé l'ouvrage - cette situation me conforte d'ailleurs dans mon idée de proposer, dans la mesure du possible, plusieurs possibilités de lecture à mes élèves parce que quand on n'apprécie pas un livre, il est vraiment pénible de le poursuivre.

En fait, j'ai ressenti l'étrange impression qu'il avait été question d'écrire à tout prix près de 400 pages là où quelques dizaines auraient suffi - et m'auraient permis d'apprécier "le conte"-.

 

Traduction : Jean-Noël Chatain.

Titre VO : Furthermore (2016).

 

Ce roman entre dans les challenges "de la Licorne, 3" (fantasy), "Jeunesse/Young Adult", 6 (2/20), "Comme à l'école" (élément végétal) et "Lire sous la contrainte" (titre commençant par une voyelle).

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18:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

11/11/2016

La Ballade de Lila K, Blandine Le Callet

Présentation. Une jeune femme, Lila K., fragile et volontaire, raconte son histoire.

Un jour, des hommes en noir l'ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l'a prise en charge. Surdouée, asociale, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Son obsession : retrouver sa mère, recouvrer sa mémoire perdue.

Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d'un univers étrangement décalé, aseptisé, où les livres n'ont plus droit de cité…

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Mon avis. Une subtile dystopie...

Ce récit raconte l'histoire de Lila K., une jeune fille qui, arrachée à sa mère, a été placée dans un Centre et tente de faire la lumière sur les premières années de sa vie, ce passé qui permettrait d'expliquer un tant soit peu les troubles dont elle souffre : elle ne supporte pas qu'on la touche ; elle est obligée la plupart du temps de porter des lunettes de soleil, tant la lumière l'agresse ; elle a subi un certain nombre d'opérations dont les causes demeurent floues ; en dehors du pâté, elle est dégoûtée par la nourriture ; elle apprécie particulièrement les espaces clos.

L'action se déroule en France, dans un futur relativement proche où les individus sont constamment contrôlés, surveillés, évalués - pour leur bien, évidemment... -, où la technologie est omniprésente, où les "livres papier" sont bannis. Tout "élément subversif" doit être identifié et "recadré".

Extrêmement intelligente, Lila se rend très vite compte que si elle veut (essayer de) trouver des réponses à ses multiples questions, elle doit, tant que faire se peut, "passer inaperçue" et donner l'illusion qu'elle "file droit"...

C'est petit à petit, en cheminant à ses côtés, que le lecteur découvre les pièces du puzzle relatif à la vie de Lila, un personnage auquel on s'attache ; l'occasion d'attirer l'attention sur les dérives d'une société ultra-sécurisée... mais nullement sécurisante.

  "La troisième année du protocole a été l'occasion d'un grand bouleversement. Un matin, M. Kauffmann a débarqué dans ma chambre en poussant devant lui un énorme caisson à roulettes.

   - Qu'est-ce que c'est, monsieur Kauffmann ?

   Il s'est assis sur le lit, l'air mystérieux, et d'un geste solennel a soulevé le couvercle du caisson.

   -Viens donc voir, fillette !

   Je me suis approchée.

   - On appelle ça des livres. Tu vas voir, tu n'en reviendras pas.

   J'ai levé un sourcil sceptique. Il avait beau dire, ça ne payait pas de mine. Mais lui semblait très excité. Il s'est emparé d'un volume, puis il l'a soulevé à hauteur de mes yeux.

   - Regarde bien, Lila.

   J'ai vu le livre s'ouvrir entre ses mains, éclater en feuillets, minces, souples et mobiles. C'était comme une fleur brutalement éclose, un oiseau qui déploie ses ailes.

   - Ça t'en bouche un coin, n'est-ce pas ?

   Je n'ai pas répondu. Je regardais ses gros doigts qui feuilletaient les pages, couvertes de signes noirs et de taches colorées.

   - Eh bien, tu as perdu ta langue ?

   - Comment dites-vous que ça s'appelle ?

   - Un livre. C'est ce qu'on avait, avant les grammabooks.

   - Et... qu'est-ce qu'il y a écrit, là-dedans ?

   - Ça dépend du livre.

   J'ai ouvert des yeux ronds. Je n'y comprenais rien." [p. 53 - 54]

 

Un texte à faire lire aux élèves du secondaire supérieur ; grand merci, Vinciane, pour cette découverte...

18:22 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

07/11/2016

Un bruit étrange et beau, Zep

Présentation.

La mort m'a fait si peur, ce jour-là, que j'ai voulu croire en un Dieu plus fort qu'elle.

Et j'ai fini par choisir une vie voisine de la mort.

Pour m'habituer.

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Mon avis. SU-PER-BE, tant pour le dessin, les couleurs, que l'histoire...

Cette BD du "papa de Titeuf" relate une parenthèse dans la vie de Don Marcus, un homme qui, voici 25 ans, a fait vœu de solitude, pauvreté, obéissance, chasteté et silence en entrant dans l'ordre des Chartreux. Depuis, sa vie (rassurante ?) est rythmée par les offices, la prière, les "repas" et la méditation.

Son existence est soudain "bousculée" par l'obligation de se rendre à Paris afin d'obtenir une part de l'héritage de sa tante défunte. Il n'a que faire des biens matériels mais comme le précise le prieur, "Le toit de l'aile sud est est dans un piteux état... Cet héritage est peut-être une réponse du Seigneur à nos prières ?" [pl. 19]

Don Marcus redevient William et renoue le contact avec un monde qu'il ne (re)connaît plus : il (re)découvre ainsi les odeurs, les bruits, l'agitation... Et celui qui avait réussi au fil des ans à trouver une certaine sérénité est confronté au doute : un doute qui a toujours été présent mais qu'il avait (presque) réussi à étouffer ; pourtant, cette fois, il en ira peut-être différemment...

Indépendamment de la relation de ces instants de vie, j'ai beaucoup aimé le trait, les couleurs qui déclinent les palettes du bleu, du violet, de l'ocre, ou encore du vert, ainsi que "l'estompé" du cadre qui délimite les vignettes.

Une très belle découverte...

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat.

 

Cette BD entre dans les challenges "Lire sous la contrainte" (un titre qui commence par une voyelle pour cette session) et "Comme à l'école" (élément végétal sur la couverture - au dos, principalement -).

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20:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

04/11/2016

L'écorchée, de Donato Carrisi

Présentation. Sept ans après la traque du Chuchoteur, Mila travaille au département des personnes disparues. Elle sait que certains disparus, oubliés de tous, réapparaissent soudain pour tuer. Lorsqu'un homme surgi du néant massacre une famille, il devient sa cible, l'incarnation du mal. Une traque terrifiante s'engage.

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Mon avis. De cet auteur, j'avais aimé Le Tribunal des âmes et Le Chuchoteur ; L'écorchée est la suite du Chuchoteur.

On y retrouve Mila Vasquez, quelques années après la célèbre affaire dont, je dois l'avouer, j'avais presque tout oublié : la jeune femme est toujours autant torturée par la "part d'ombre" qui la façonne. Elle travaille aujourd'hui au département des personnes disparues, surnommé Les Limbes (!). Elle a une petite fille qui vit chez sa grand-mère et sur laquelle elle "jette un œil" par caméra interposée.

Son enquête la mène sur les traces, extrêmement ténues, de personnes tout à fait insignifiantes qui un jour, sans crier gare, ont disparu - trois petits tours et puis s'en sont allées - et qui, pour certaines en tout cas, sont apparemment sorties de l'o/Ombre afin de commettre des homicides s'apparentant à de véritables exécutions.

Pathologiquement dépourvue d'empathie, l'inspectrice continue à se fier à ses (funestes) intuitions et n'a pas perdu son côté "misanthrope" ; elle tâche cependant de "prendre sur elle" pour maintenir un semblant de relation avec son entourage.

C'est (petit) pas à (petit) pas que progresse Mila, bientôt aidée par Simon Berish - que j'ai d'emblée apprécié -, un enquêteur qui n'a pas son pareil pour faire avouer, mine de rien, les coupables, mais qui a été mis sur la touche. Un véritable paria.

J'ai passé un "bon" moment en la compagnie de ce duo, tournant allègrement les pages de ce roman, même si l'histoire m'a paru un peu "too much" et si l'absence de repères spatio-temporels m'a cette fois dérangée. En revanche, la fin est excellente : le lecteur n'en a vraisemblablement pas fini avec l'enquêtrice (et avec Berish ?)...

Traduction : Anaïs Bokobza.

Titre VO : L'ipotesi del male (2013).

 

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 3 (thriller).

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09:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/11/2016

Le challenge de la Licorne, 3

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Je me suis inscrite au challenge de la Licorne, 3è édition, dans le niveau 2 : "Dragons sanguinaires".

Il s'agira pour moi de lire, jusqu'au 31 août 2017, 6 romans appartenant au thriller-policier et 6 relevant de la fantasy.

Les informations sont disponibles ICI.

 

Thriller - policier

1. La Sirène, de Camilla Läckberg

2. Le Rouge idéal, de Jacques Côté

3. Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel

4. Le cri, de Nicolas Beuglet

5. Atomes crochus, de David Khara

6. L'écorchée, de Donato Carrisi.

 

Lecture supplémentaire :

7. Tout n'est pas perdu, de Wendy Walker.

 

Fantasy

1. Au pays de l'Ailleurs, de Tahereh Mafi.

2. Les Épées de glace, tome 2 : Le Châtiment de l'Empire/La Servante, d'Olivier Gay.

18:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Challenge Littérature de l'imaginaire, 5

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Je me suis inscrite au challenge Littérature de l'Imaginaire proposé par Amarüel. L'objectif est de lire, entre le 1er décembre 2016 et le 1er décembre 2017, des ouvrages appartenant au Fantastique, à la Fantasy et/ou à la Science-fiction.

J'ai choisi l'échelon 2, "Petits pas dans l'ailleurs" (au moins 24 livres) dans la catégorie A, "Ange gardien de la simplicité" (tous supports et tous genres de l'imaginaire).

Les renseignements sont disponibles ICI.

 

1. Les enfants-rats, de Françoise Jay.

13:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

02/11/2016

Challenge Jeunesse/Young Adult 6

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Je me suis de nouveau  inscrite au Challenge Jeunesse/Young Adult proposé par Mutinelle, cette fois, dans la catégorie 2 : "Badine avec les royaumes de l'enfance".

Il s'agira donc pour moi de lire 20 ouvrages Jeunesse et/ou Young Adult d'ici au 30 septembre 2017 ; si je vois que je dépasse ce nombre, je pourrai toujours passer dans la catégorie supérieure.

Les informations sont disponibles ICI.

 

1. NEED, de Joelle Charbonneau.

2. Au pays de l'Ailleurs, de Tahereh Mafi.

3. Les enfants-rats, de Françoise Jay.

4. Sauveur & Fils, saison 1, de Marie-Aude Murail.

21:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

NEED, Joelle Charbonneau

Présentation. Les adolescents du lycée de Nottawa se réunissent tous sur NEED, un nouveau réseau social promettant de répondre à tous leurs besoins sous couvert d'un total anonymat... quels que soient ces besoins et leurs conséquences, et à condition d'inviter six amis à le rejoindre. Kaylee demande un rein pour sauver la vie de son frère, mais le site réclame de dangereuses contreparties...

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Mon avis. Un très bon roman ; il devrait plaire à mes élèves...

J'avais pourtant une légère appréhension lorsque je me suis lancée dans cette lecture ; ayant tellement apprécié L'élite 1 - un coup de cœur d'ailleurs pour de nombreux élèves -, 2 et 3, de la même auteure, je craignais d'être déçue : ce ne fut nullement le cas, bien au contraire...

NEED commence avec l'évocation d'un réseau social tout neuf, dont le concept semble génial : les lycéens de Nottawa peuvent y demander ce dont ils ont besoin, même si le mot envie serait indéniablement plus approprié. Nate en parle à Kaylee et lui envoie un lien par courriel : pas vraiment tentée, l'adolescente s'y inscrit malgré tout.

En fait, Kaylee désire surtout faire plaisir au jeune homme, son meilleur ami, ou plus exactement le seul à proprement parler. Elle n'est en effet pas très populaire au lycée (litote !), contrairement à lui ; celui-ci ne l'a cependant jamais laissée tomber. Il la soutient envers et contre tout/tous et Dieu sait qu'elle a besoin de cette amitié : elle souffre du départ de son père ; elle souffre du "désamour" de sa mère qui ne vit que pour son frère, malade, en attente "urgente" d'une greffe de rein ; elle souffre également de son isolement au lycée, même si elle tente, par tous les moyens, de ne pas se l'avouer. Les épreuves ont l'ont fait grandir trop vite ; bien éloignée de la superficialité des jeunes de son âge qui demandent, sur NEED, le plus souvent de la technologie dernier cri, elle évoque un véritable besoin, à savoir un rein pour son frère.

Le nombre d'inscrits sur le réseau social ne cesse de gonfler mais si dans un premier temps, la contrepartie demandée aux nouveaux consistait à envoyer des invitations à un nombre précis de lycéens de Nottawa, les choses vont évoluer : l'adage ne dit-il pas que "l'on n'a rien sans rien" ?

  "Je clique sur l'écran. Le nombre de membres est monté à quatre cent vingt-quatre.

  - C'est bien ça le principe, non ? Il faut inviter des gens pour pouvoir lancer une demande ?

  - Non, je ne crois pas. Réfléchis. Le créateur du site veut que le lycée entier s'y inscrive. Il a placé la barre assez bas pour que tout le monde ait l'occasion de recevoir sa récompense. À mon avis, maintenant, il va demander autre chose, pas seulement l'envoi de quelques mails choisis dans ton carnet d'adresses.

  - Quoi ?

  - Aucune idée, mais on ne va pas tarder à le savoir." [p. 44]

 

  "Personne ne pourrait imaginer qu'il est capable de faire ce qu'il va faire." [p. 146]

 

Le récit relate principalement le point de vue de Kaylee qui porte un regard acéré sur le comportement de ses (dis)semblables, adultes ou adolescents, rappelant en cela la personnalité indépendante de Cia dans L'élite. Même si elle agace parfois, on ne peut que s'attacher à cette jeune fille qui se (dé)bat sur tous les fronts en même temps, alors que la tension est de plus en plus palpable et que surviennent des drames liés aux requêtes de plus en plus dangereuses de NEED. La machine s'emballe...

D'autres points de vue viennent compléter celui de Kaylee, certains ponctuels, d'autres récurrents, apportant ainsi un éclairage sur le comportement - reflet de notre société - des jeunes concernés ; la fin est excellente : on aimerait tellement que ce ne soit que de la fiction...

Traduction : Amélie Sarn.

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (1/20).

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19:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

01/11/2016

Novembre : Le mois de...

Vous disposez de trente jours pour aller poser vos questions, que celles-ci soient sérieuses, farfelues, humoristiques, saugrenues, existentielles..., à Olivier Gay sur Book en Stock.

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Voici les liens des romans lus jusqu'à présent :

Le noir est ma couleur, 1 : Le pari

Le noir est ma couleur, 2 : La menace

Le noir est ma couleur, 3 : La riposte

Le noir est ma couleur, 4 : L'évasion

Le noir est ma couleur, 5 : Le piège

 

Les talons hauts rapprochent les filles du ciel

Les mannequins ne sont pas des filles modèles

 

Les Épées de glace, 1 : Le sang sur la lame/Le boucher

11:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/10/2016

Atomes crochus, David Khara

Présentation. Aéroport de Fort Worth, Dallas. Deux voyageurs essoufflés viennent de rater leur vol pour Paris et se le reprochent mutuellement : Enzo Meazza, un criminel en col blanc tout juste sorti de prison, et Janet Livingston-Pierce, ingénieur en déplacement professionnel. L'avion explose quelques secondes après son décollage...
À peine remis du choc, ils sont pris pour cible par des hommes armés. Pourquoi en ont-ils après eux ? Leur commanditaire serait-il le mystérieux Griffon traqué par le FBI depuis des années ?
Une seule certitude : Janet et Enzo n'auraient jamais dû se rencontrer...

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Mon avis. Ce livre est un bon divertissement, le genre de récit qui permet de passer un agréable moment.

Ces "atomes crochus", c'est la rencontre inopinée entre Enzo Meazza, un quadragénaire qui vient juste de sortir de prison, et Janet Livingstone, ingénieure dans le domaine nucléaire.

Tous deux sont bloqués dans un aéroport de Dallas : ils viennent de rater leur vol pour Paris. Alors qu'ils sont en train de se quereller à propos de leur responsabilité mutuelle dans ce départ loupé, l'avion qu'ils étaient censés prendre explose en plein vol.

Le choc. Un choc d'autant plus grand qu'ils ont l'intuition qu'il ne s'agit nullement d'une "heureuse coïncidence" dès lors qu'à peine sortis de l'aéroport, ils sont poursuivis par des tueurs surentraînés. S'ils ont miraculeusement échappé à l'explosion, ils risquent bien de laisser leur peau dans la course-poursuite effrénée qui s'engage. S'ajoute un chassé-croisé avec les forces de l'ordre dallasiennes, ainsi que le FBI...

Rien de bien original dans la relation qui s'ébauche entre les deux protagonistes principaux : elle se "décode" en effet dès les premières lignes ; "l'énigme Meazza" sort cependant des sentiers battus. En outre, bon nombre des personnages sont attachants, qu'il s'agisse des héros involontaires, des agents Bryniarsky et Shark ou bien encore du "cow boy de service", Cates ; même Curkovic, l'un des exécuteurs, n'est pas entièrement antipathique...

Merci à J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 3 (thriller).

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13:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

21/10/2016

Police, Hugo Boris

Présentation. Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. 
 
Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer. 
 
En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

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Mon avis. Un roman qui a fait beaucoup parler de lui depuis quelques semaines : à raison...

Point d'action ici ; point de courses-poursuites ; point de bagarres et autres frictions, si ce n'est intérieures : celles qui rongent (de) l'intérieur et grappillent, lentement mais sûrement, du terrain dans l'existence de ces madame et messieurs Tout-le-Monde, gardiens de la paix de leur état : Virginie, Aristide et Érik.

Virginie est à l'aube du "premier jour du reste de sa vie" : elle doit faire face, contrainte et forcée, à un de ces choix qui se présentent dans la vie et qui font que le lendemain marquera, quoi qu'il advienne, une rupture avec "l'avant".

Aristide, quant à lui, se protège derrière une carapace de gros (ba)lourd insupportable, confit d'ironie mais efficace dans le boulot ; enfin, Érik, le supérieur des deux autres, tente de mener son petit monde "sans la baguette".

Aux côtés de ces trois agents, une personne que l'on n'entend pas mais qui occupe dans le récit une place prépondérante, Asomidin Tohirov, un "retenu" tadjik qui doit être renvoyé dans son pays d'origine, même si une mort certaine l'y attend... Le trio est exceptionnellement chargé de conduire l'homme à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, où il sera pris en charge par des "escorteurs" en vue du "rapatriement".

  "Elle tend les poings pour qu'il comprenne. L'homme reproduit le geste en miroir, lui présente ses poignets. Elle le menotte devant plutôt que derrière, pour qu'il n'ait pas mal au dos pendant le transfert. Elle s'empare de son minuscule sac, salue à la cantonade, saisit l'homme par l'avant-bras. Il est si maigre que l'os est tout de suite là à travers le pull." [p. 43]

  "Leurs visages scintillent dans la lueur soufrée des mâts d'éclairage. Chacun s'absorbe dans la portion du paysage qui lui revient, Érik à droite, Virginie à gauche, Aristide devant et derrière, continuant de quadriller l'espace de l'autoroute comme s'ils étaient en patrouille." [p. 99]

  "Ses convictions s'effritent mais il résiste encore." [p. 115]

 

Le récit relate ces heures pour le moins étranges où l'atmosphère pesante à l'intérieur de la voiture cadre tout à fait avec la moiteur de cette fin de journée estivale ; si le roman se centre davantage sur Virginie qui, la première, réfléchit à la "mission" qui leur a été confiée, ses deux collègues ne sont pas en reste : la "conscience" de chacun s'active et surgissent des questions qu'ils ne s'étaient, jusque-là, encore jamais véritablement posées. 

Le risque d'atteindre un point de non-retour grandit au fil des minutes.

Passer de l'autre côté du miroir ? Ou pas ?

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Merci à Price Minister pour ce partenariat organisé dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire [#MRL16].

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18:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

19/10/2016

Outlander, 8 : À l'encre de mon cœur, partie I, Diana Gabaldon

Présentation. Juin 1778 : l'armée britannique quitte Philadelphie, alors que les troupes de George Washington délaissent Valley Forge pour se lancer à ses trousses.

Jamie Fraser, que l'on croyait mort, réapparaît et découvre que son meilleur ami s'est marié avec sa femme, Claire. Il apprend également que son fils illégitime connaît maintenant l'identité de son père.Enfin réunis, Jamie et Claire se réjouissent que Brianna, leur fille, soit en sécurité au XXe siècle...

Mais il n'en est rien, puisqu'elle est à la recherche de son fils, qui a été enlevé par un homme déterminé à connaître les secrets de sa famille. Son mari, Roger, s'est aventuré dans le passé pour retrouver le garçon disparu, ignorant que l'objet de sa quête n'a pas quitté le présent. Le ravisseur peut désormais jeter son dévolu sur sa véritable cible : Brianna.

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Mon avis. J'ai une nouvelle fois été ravie de faire un bout de chemin en compagnie de ces "vieux amis de papier", même si j'ai trouvé que cet opus souffrait parfois quelques longueurs...

Focus sur Jamie qui a un (énorme) oignon à peler avec John Grey puisque ce dernier a épousé Claire pour lui éviter de sérieux ennuis ; pire : l'union a été "consommée" ; John attend, résigné, son châtiment.

Claire est restée à Philadelphie et guette - anxieusement - leur retour. Quant à William, il connaît désormais l'identité de son père biologique et a littéralement "pété un câble"... S'engage alors une espèce de très/trop longue "partie de cache-cache" entre les trois protagonistes sur fond d'affrontements à venir - ceux-ci n'en finissent pas de "se faire attendre", par ailleurs en la compagnie de personnalités que Claire ne connaissait jusqu'alors que via les livres, comme George Washington ou le marquis de La Fayette - entre continentaux et loyalistes. La "bataille" n'arrive effectivement que dans la dernière partie.

Pour sa part, Brianna est contrainte de se mesurer, seule, à l'abject Cameron qui a enlevé Jem' : Roger a en effet retraversé les pierres, en compagnie de Buck, son ancêtre, afin de retrouver son fils. Le hic : Jem' est toujours au XXè siècle et Roger ne se retrouve pas tout à fait dans la "bonne année".

La famille Grey - John, William, Dottie, Hal - sort cette fois du lot, éclipsant de temps à autre le couple vedette ; en outre, Germain, le fils de Fergus et Marsali s'étoffe quelque peu.

La suite au prochain épisode qui m'attend déjà dans ma PAL.

Merci à J'ai Lu pour ce partenariat.

Traduction : Philippe Safavi.

Titre VO  : Written in my own heart's blood (2014).

12:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

12/10/2016

La nuit avec ma femme, Samuel Benchetrit

Présentation. Un homme ouvre son cœur à sa femme disparue sous les coups d'un autre, venue le visiter le temps d'une nuit. Un voyage intérieur poétique, âpre et intime. Le temps d'une nuit, le narrateur est visité par sa femme disparue sous les coups d'un homme. Il lui parle et l'emmène dans une déambulation dans les rues parisiennes. Sur les lieux de leur amour et de leurs déchirures, il s'adresse à elle et convoque, au fil de pages intenses, les blessures et les joies de leur destinée tragique, leurs souvenirs communs, leur fils merveilleux et la difficulté de vivre sans elle. Un voyage intérieur passionné et poétique.

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Mon avis. Au risque de me faire des ennemi(e)s : j'ai peu apprécié cette lecture qui m'a trop souvent lassée...

Est-il utile de préciser que l'auteur est le mari de Marie Trintignant, dont elle était séparée alors que le drame que l'on connaît est survenu ? Il raconte la douleur et la profonde souffrance qui sont les siennes dans une espèce de long cri désespéré adressé à l'actrice ; il raconte la présence nouée en lui de celle qui n'est désormais "plus là" et qui, pourtant, prend tellement de place et se tient à ses côtés.

Où donc est le "problème", me direz-vous (avec raison) ? D'abord, l'écriture m'a d'emblée rebutée, même si elle cadre bien avec le propos qui semble surgir comme si les mots étaient devenus incontrôlables, à savoir des phrases souvent très courtes, hachées. Ensuite, l'émotion a rarement été au rendez-vous, hormis lors des moments qui évoquent la mort de Marie Trintignant ou ceux passés avec leur fils. Après.

  "Je voudrais des ventes aux enchères de rêves. J'en achèterais pour cette nuit. Le rêve que l'on dérange quand le téléphone sonne. Le matin est si petit parfois. Tu m'as appris à l'aimer. Les heures orphelines. Ne pouvant offrir que leur inquiétude." [p. 63 - 64]

Ce fut donc clairement pour moi une déception mais allez découvrir d'autres avis - entre autres celui de Cajou qui avait suscité mon intérêt pour ce titre -, vous ne risquez qu'une chose : avoir envie de vous plonger dans ce récit...

Merci à Babelio et aux éditions Plon/Julliard pour ce partenariat.

19:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

11/10/2016

Le cri, Nicolas Beuglet

Présentation. Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…

Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?

Pour Sarah, c’est le début d’une enquête terrifiante qui la mène de Londres à l’île de l’Ascension, des mines du Minnesota aux hauteurs du vieux Nice.

Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse sur l’une des questions qui hante chacun d’entre nous : la vie après la mort…

Et la réponse, enfouie dans des laboratoires ultra-secrets, pourrait bien affoler plus encore que la question !

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Mon avis. Si je devais résumer ce roman en quelques mots : un suspense haletant qui m'a emportée sans me laisser une seconde de répit. Dès les premières lignes, j'ai mordu à l'hameçon ; solidement ferrée, j'ai poursuivi ma découverte en limitant au maximum les pauses de lecture.

Point de départ : Oslo. L'inspectrice Geringën est dépêchée dans un hôpital psychiatrique où un homme vient de trouver la mort. Un infirmier a d'emblée averti la Police, trouvant ce décès suspect, avant de se raviser et d'évoquer un suicide. Trop tard car Sarah Geringën est déjà sur place, malgré son épuisement : sa vie part en lambeaux sans qu'elle ne puisse rien y faire. Autant dès lors se jeter à corps/cœur perdu dans le travail...

  "Sarah termina de lancer ses ordres presque à bout de souffle et s'adossa un instant contre le mur du couloir. Elle était soudain très faible, comme si ses jambes allaient refuser de la porter. Comprenant ce qui était en train de se déclencher, elle implora un sursis en son for intérieur... pas maintenant." [p. 54]

 

Il semble que le défunt soit mort de peur, au sens propre de l'expression ; quoi qu'il en soit, il s'avère vite indéniable que l'établissement cache un (terrible ?) secret.

Cette enquête conduira l'inspectrice hors des sentiers battus, alors qu'elle-même se retrouve à un carrefour de son existence, un de ces moments où des choix doivent être sérieusement envisagés sous peine de foncer droit dans le mur ; un de ces moments où l'on préférerait, par facilité, se laisser dériver... 

Son périple l'emmènera entre autres vers la France et les États-Unis ; à ses côtés, durant la majeure partie de cette fuite en avant, un journaliste français qu'elle juge d'emblée agaçant mais qui arrivera peut-être à la dérider, voire - qui sait ? - à la faire sourire. Ce n'est pas gagné.

  "Mais c'est autre chose qui intrigua Christopher. Peut-être parce qu'il lui sembla qu'elle ne se composait aucun visage de circonstance, qu'elle se contentait de l'observer. Oui, ce devait être ça. Lui qui passait son temps à deviner les pensées des gens en un regard, il était incapable de dire ce que cette femme immobile pensait." [p. 156]

 

J'ai beaucoup apprécié cette course contre la montre sur fond de réflexion relative à "l'au-delà", en lien avec des expériences menées sur l'être humain, racontée à travers une écriture agréable à lire ; j'ai aimé également la peinture des deux personnages principaux et leurs relations, même si le lecteur comprend très vite de quel bois chacun se chauffe : une Sarah torturée qui (tente de) cache(r), tant que faire se peut, son côté sombre, tout en essayant de garder la tête hors de "l'eau" ; un Christopher désireux de lui venir en aide. Mais à quel prix ? Cruel dilemme : rester fidèle à ses convictions ou préserver les siens ?

Un grand merci à Livraddict et aux Éditions XO pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges  "de la Licorne 3" (+ de 400 pages) et "Comme à l'école" (thème végétal pour cette session).

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

05/10/2016

Feuillets de cuivre, Fabien Clavel

Présentation. Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d'une prostituée, premier d'une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l'âme mutilée par son passé et au corps d'obèse, l'inspecteur Ragon n'a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l'éclaircie d'un esprit bienveillant... vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d'encre et de sang.

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Mon avis. Un très bon moment passé "dans" ces Feuillets de cuivre...

J'ai beaucoup apprécié les enquêtes menées de main de maître par l'inspecteur Ragon, un personnage hors norme en raison de son poids qu'il traîne parfois péniblement, des livres auxquels il consacre la majeure partie de son existence et de ses époustouflantes facultés de raisonnement qui l'apparentent à Sherlock Holmes.

De prime abord, le lecteur pense qu'il découvre une série de nouvelles relatives aux investigations de Ragon, mais c'est un leurre : chaque chapitre constitue en fait une partie d'un grand ensemble qui trouve naturellement sa place dans un Paris mâtiné de steampunk, à l'aube du XXe siècle.

Un fil "rouge" au milieu de ce temps qui s'écoule, inexorablement : l'inspecteur lui-même, aux prises avec un "ennemi" intellectuellement à sa mesure, fasciné lui aussi par les Belles Lettres...

  "En attendant qu'on s'intéressât à lui, Ragon lisait. Il avait découvert la poésie sur le front. Depuis, les œuvres le protégeaient aussi bien qu'un livre placé sur le cœur était capable d'arrêter une balle de fusil. En ce moment, avant de se pencher sur les œuvres de Jules Verne dont on lui avait dit le plus grand bien, il lisait Les Fleurs du mal, discrètement en raison de la réputation sulfureuse de Baudelaire. Le défunt poète avait chanté la beauté trouble des prostituées." [p. 31]

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (lecture supplémentaire) et "de la Licorne 3".

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14:35 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/09/2016

Pétronille, Amélie Nothomb

Présentation. "Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans."

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Mon avis. Je pense qu'entre Amélie Nothomb et moi, ce ne sera jamais une (grande) histoire d'amour...

J'ai décidé de lire ce roman (un cadeau) dans le cadre du challenge "Un genre par mois", me disant que vu "l'épaisseur" (la page est à nouveau très chère), la lecture serait rapide. Elle le fut, effectivement, mais ne me (ré)conciliera pas vraiment avec l'auteure.

Le récit relate l'étrange relation qui se noue entre celle qui se donne l'apparence de l'auteure et une lectrice rencontrée lors d'une séance de dédicaces. C'est le champagne qui rythmera dès lors les rencontres entre les deux femmes, aussi "originales" l'une que l'autre.

Facile à lire, l'histoire ne m'a pourtant pas emballée : j'avais hâte de la terminer pour "passer à autre chose" ; cependant, j'en ai apprécié le côté caustique, ainsi que la fin, excellente.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (contemporain) et "Comme à l'école" (bleu).

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15:18 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

23/09/2016

Les mangues resteront vertes, Christophe Léon

Présentation. 1975 : Odélise a dix ans lorsque, peu avant la saison des mangues, elle est arrachée à sa famille et à son île de La Réunion avec une centaine d’autres enfants.
Elle est envoyée en métropole dans une famille d’accueil de la Creuse. Pour lutter contre le chagrin, l’isolement, mais aussi le froid et le déracinement, Odélise s’invente un double, Zeïla, qui ne la quittera plus.

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Mon avis. Un court récit, soutenu par Amnesty International, qui met le doigt là où cela fait mal...

Ce livre relate un épisode de l'Histoire française dont je n'ai jamais attendu parler : l'envoi massif en métropole d'enfants réunionnais littéralement arrachés à leur famille sous le prétexte fallacieux de leur procurer une "meilleure existence". En vertu de... de quoi ?

Le lecteur découvre Odélise, dix ans, qui voit débarquer trois personnes à Grand Bassin, deux hommes et une femme. Ceux-ci s'invitent dans quelques maisons et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, repartent avec un enfant à la main. Ils ont réussi, en quelques minutes, à convaincre les parents qu'ils disposent d'une chance unique d'envoyer "l'enfant élu" en France, lui procurant par là même l'opportunité de "poursuivre des études au-delà de leurs espérances. L’État prend tout à sa charge [...]." [p. 15]

La déportation d'Odélise, tout comme celle de nombreux enfants, a ainsi été scellée en un tournemain, ou plus exactement par l'empreinte digitale de son papa apposée au bas d'un bout de papier. Direction Saint-Denis de la Réunion, avant le déracinement total : l'envol vers Paris.

Odélise débarque dans la Creuse, chez les Tarteix, un couple d'éleveurs de vaches laitières qui a deux enfants de 14 et 12 ans, Nathalie et Julien.

   "Le froid m'a rongée comme une plaie qui ne guérit pas. Il a foré dans ma chair et dans mes os. Pas un jour sans grelotter. Les huit années que j'allais passer à Saint-Valentin-la-Chavane seraient placées sous le signe du froid." [p. 61]

Le récit relate l'hébétude de la petite fille et la souffrance qui devient la sienne lorsqu'elle réalise ce qu'il lui est arrivé, sachant dès lors que "les mangues resteront vertes" ; il relate la douleur, tant physique que psychologique du manque ; il relate la difficulté de se raccrocher à qui/quoi que ce soit...

Ce livre conviendra aux élèves de fin de primaire et premier degré du secondaire.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (36) et "Objectif du mois" (livre sorti cette année pour septembre).

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21:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

19/09/2016

L'échappée, Allan Stratton

Présentation. "Comment peut-on ne pas vouloir sortir avec Jason ? il est ultra cool. [...] Jason, pour moi, c'est un rêve qui se réalise."

Hélas pour Leslie, son rêve va vite tourner au cauchemar...
Jason, le nouveau qui attire tous les regards, n'est pas le garçon bien qu'il paraît être. Lentement, il tisse sa toile autour d'elle.
Pour qu'elle ne puisse plus s'échapper. Pour qu'elle lui appartienne. Corps et âme.

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Mon avis. J'avais tellement adoré Les chiens du même auteur que je n'ai pas hésité une seconde avant de me lancer de ce roman : celui-ci n'arrive pas, selon moi, à la hauteur du précédent mais il faut dire que la barre était placée haut...

Leslie est une adolescente (très agaçante) qui relate son histoire : elle est tombée sous la coupe de Jason, un garçon de terminale craquant, séduisant, arrivé depuis peu dans son lycée. Le type même du "beau gosse" qui attire tous les regards. Mais derrière la gueule d'ange se cache une part d'ombre qui va très vite se révéler...

Là où le bât blesse, c'est que les choses évoluent beaucoup trop rapidement ; en outre, l'héroïne est tellement exaspérante que dans un premier temps, j'ai "observé" la situation en en demeurant à distance. Enfin, l'écriture m'a paru "brouillon" : était-ce bien l'Allan Stratton que j'avais apprécié auparavant ?

Heureusement, la deuxième partie du récit rattrape (quelque peu) le coup : le suspense vanté sur la quatrième de couverture y pointe le bout de son nez, entraînant le lecteur dans une course haletante,  si bien que j'ai alors retenu mon souffle, aux côtés de la jeune fille. Ouf !

Un avis mitigé, donc.

Traduction : Sidonie Van den Dries.

Titre VO : Leslie's Journal (2000 ; revu en 2008).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (35 - mission accomplie -) et "Objectif du mois" (en septembre : livre sorti cette année - 2016 pour l'édition française -).

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20:38 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

17/09/2016

Le Cycle de Wielstadt, 1 : Les ombres de Wielstadt, Pierre Pevel

Présentation. Hiver 1620 : après s'être acquitté d'une délicate mission pour l'Ordre des Templiers, le Chevalier Kantz revient à Wielstadt, cité allemande protégée depuis toujours par un mystérieux dragon.
Chasseur de démons initié aux arts secrets de la Kabbale, Kantz est un exorciste qui mène contre le mal une croisade solitaire et implacable. Rapière au poing, il va devoir traquer une insaisissable meute de goules qui répand la terreur dans la ville.

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Mon avis. Je supposais que j'allais apprécier ce roman : je ne me trompais pas.

Le lecteur plonge au cœur du XVIIe siècle, à Wielstadt : des "ombres" ont fait leur apparition dans la ville et y sèment la terreur, trucidant de façon horrible des personnes qui semblent n'avoir aucun point commun. Le Chevalier Kantz, ancien prêtre, versé dans des pratiques occultes, exorciste à ses heures, tente de faire la lumière (!) sur ces crimes sanglants.

Ce roman mélange habilement investigations et fantasy dans un contexte historique. J'ai autant aimé l'univers "médiéval" que l'atmosphère sombre qui imprègne les ruelles, la magie présente d'emblée avec le dragon qui protège apparemment la cité, les créatures fabuleuses qui vivent en "bonne intelligence" avec les humains, ou encore les personnages : le mystérieux Kantz que je découvrirai volontiers plus avant - je le suppose - dans les tomes suivants ; Chandelle, la "fée-demoiselle" qui n'en fait qu'à sa (charmante) tête ; Zacharios, le faune tenancier de l'auberge "La Cigogne Noire" et son serviteur Feodor, un colosse un peu bêta ; le lieutenant criminel du prévôt nommé von Regenhalt.

En outre, j'ai retrouvé avec grand plaisir la plume de Pierre Pevel, déjà très appréciée dans la trilogie des Lames du cardinal.

  "De profil, sa rapière suivant la ligne de sa jambe droite en retrait, Kantz tendit le bras gauche. Il ouvrit la main, exhiba sa paume tatouée au démon terrifié. Le pentacle rougeoya comme une braise attisée.

   "Meurs", ordonna Kantz.

   Le démon poussa un cri strident d'agonie.

   Il n'était déjà plus que vapeur lorsqu'il arriva sur son bourreau." [p. 39] 

"Le soleil était bas dans le ciel lorsque le frère Berthold raccompagna Kantz aux portes de la commanderie, où l'attendait son cheval. Vite en selle, il échangea un dernier salut et s'en fut par des rues peu à peu désertées. La ville se préparait à passer la nuit. Chacun se réfugiait chez soi, par crainte des truands qui sortaient dès après le crépuscule et profitaient des ténèbres pour attaquer les imprudents. On fermait les volets ; on verrouillait les portes. Avant longtemps, Wielstadt ne serait plus qu'un dédale obscur et menaçant.

   Kantz, donc, ne traîna pas. Il avait d'ailleurs hâte d'ôter ses bottes et de dîner à la chaleur d'un feu crépitant. Peut-être lirait-il ensuite une heure, avant de se glisser dans un lit soigneusement bassiné par Heide. Il était épuisé, n'avait pas encore eu l'occasion de se remettre des fatigues d'une chasse à l'homme qui avait duré plusieurs jours et l'avait mené au-delà de Cologne, en plein hiver, par des routes peu sûres. Il lui fallait une bonne nuit de sommeil, peut-être deux." [p. 61]

 

Ce titre entre dans les challenges de la Licorne 2 (fantasy pour la 6e session) et Littérature de l'imaginaire (24/24).

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16:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/09/2016

Le Rouge idéal, Jacques Côté

Présentation. Octobre 1979...
À Québec, une série d'événements sème la terreur : un message sanglant a été écrit sur un mur des corridors souterrains de l'Université Laval ; une chienne a été horriblement mutilée ; une main a été découverte plantée sur un piquet de clôture du collège Jésus-Marie avec, enroulé autour d'un doigt, un bout de papier portant les mots « Mes amours décomposés ».

Daniel Duval, lieutenant à la Sûreté du Québec, mène l'enquête, aidé, pour la première fois depuis l'affaire Hurtubise, de son coéquipier Louis Harel, maintenant cloué à un fauteuil roulant.

Mais pendant que les enquêteurs suivent toutes les pistes imaginables et que les spécialistes de l'Identité judiciaire tentent de faire parler le moindre indice, le meurtre sordide d'une jeune femme dans le cimetière de Sillery confirme leur pire crainte : un tueur fou est en liberté dans la ville et tout porte à croire qu'il est engagé dans une terrible spirale de violence !

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Mon avis. Malgré une enquête intéressante, je suis restée trop à distance des personnages...

Juste quelques mots relatifs à cette lecture. Voici un bon moment déjà que j'avais envie de découvrir cet auteur mais même si j'ai apprécié me perdre dans les multiples ramifications des investigations du lieutenant Duval et de sa "fine équipe", j'ai moins aimé l'écriture que j'ai trouvée peu "travaillée" et parfois répétitive (l'expression "à la blague", par exemple, est vraiment récurrente).

En outre, il est difficile d'être proche des personnages, de quelque manière que ce soit, en raison d'un point de vue qui semble se vouloir complètement extérieur, à l'instar d'une "caméra objective".

Bref, nul regret d'avoir lu ce roman mais je reste malgré tout sur ma faim. Je lirai probablement un autre opus des enquêtes de Daniel Duval, histoire de confirmer ou d'infirmer cette première impression.

 

Ce titre entre dans  le challenge de la Licorne 3 (thriller - policier ; + de 400 p.).

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20:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/09/2016

La Sirène, Camilla Läckberg

Présentation. Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s'avèrent vaines. Impossible de dire s'il est mort, s'il a été enlevé ou s'il s'est volontairement volatilisé.

Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L'affaire se complique lorsque la police découvre que l'une des proches connaissances de la victime, l'écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d'un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l'a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel. Sans rien dire à Patrik, et bien qu'elle soit enceinte de jumeaux, elle décide de mener l'enquête de son côté.

À la veille du lancement de La Sirène, le roman qui doit le consacrer, Christian reçoit une nouvelle missive. Quelqu'un le déteste profondément et semble déterminé à mettre ses menaces à exécution.

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Mon avis. Voici quelques années déjà que ce volume des enquêtes d'Erica a atterri dans ma PAL. Jusqu'à présent, j'ai apprécié les aventures de la jeune femme que je lis de manière tout à fait décousue au fil des opportunités : j'ai commencé avec le premier, La Princesse des glaces, poursuivi avec le troisième, Le Tailleur de pierre, et j'ai fait un nouveau bond dans le temps avec ce sixième volet.

J'ai de nouveau passé un bon moment à Fjällbacka alors que l'équipe de Patrik n'a pas l'ombre d'une piste relative à la disparition de Magnus Kjellner. Toutes les semaines, sa femme Cia vient s'enquérir des progrès éventuels de l'enquête et c'est la mort (!) dans l'âme que l'enquêteur doit la renvoyer chez elle sans avoir pu lui procurer le moindre espoir. En son for intérieur, il sait qu'il est presque impossible d'imaginer revoir un jour l'homme vivant. Et effectivement, le corps de Magnus réapparaît, figé sous la glace.

Erica, quant à elle, est censée se ménager puisqu'elle attend des jumeaux et arrive à terme ; elle a "coaché" Christian Thydell, un écrivain prometteur. Le "hic" : ce dernier reçoit depuis bien des mois des lettres de menace dont il ne semble pas se formaliser. Erica décide donc de mener "discrètement" (?) ses propres investigations.

Le récit - ponctué par des pages en italiques plongeant dans le passé - démarre très lentement, et il faut attendre un bon tiers du livre avant que ne retentisse le cliquetis des rouages de cette gigantesque machinerie qui prend peu à peu sa vitesse de croisière pour ensuite s'emballer.

Même si j'avais pressenti la vérité avant la fin, ce fut pour moi une agréable lecture.

Traduction : Lena Grumbach.

Titre VO : Sjöjungfrun (2008).

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 3 (thriller - policier ; + de 400 p. ; auteur féminin).

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15:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

30/08/2016

Le Jardin des secrets, Kate Morton

Présentation. 1913. Sur un bateau en partance pour l'Australie se trouve une petite fille de quatre ans, seule et terrorisée. Le navire lève l'ancre et elle se retrouve à Brisbane. Si le secret de son débarquement est religieusement gardé par ses parents adoptifs, ceux-ci décident, le jour de ses 21 ans, de révéler à Nell les circonstances étranges de son arrivée dans la famille. Les questions se bousculent alors. Bouleversée, elle va devoir entreprendre un long voyage vers ses origines. Une quête difficile pour lever le voile sur près d'un siècle d'histoire familiale...

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Mon avis. Une très belle histoire qui déroule sa partition sur plus d'un siècle : merci, Jacqueline...

Ce roman relate une intrigue qui s'étale dans le temps et aura pour cadre tantôt l'Australie, tantôt l'Angleterre. Fil conducteur : des personnages féminins qui semblent appartenir à une seule et même famille. Au cœur de celle-ci, un luxuriant jardin "magique" soigneusement caché, auquel on n'accède qu'au terme d'un parcours labyrinthique, dans tous les sens du terme...

Le point de vue de plusieurs héroïnes est relaté : 1913, le récit s'ouvre sur une enfant de quatre ans cachée sur un bateau qui relie Londres à Brisbane ; celle qui est nommée La Conteuse lui a expressément recommandé de rester derrière des tonneaux, de telle manière que personne ne puisse la découvrir, et lui a promis de revenir. Désireuse de lui obéir, la petite fille commence cependant à trouver le temps long.

  "Il faisait tout noir dans le recoin où elle était cachée, mais elle devait obéir à la dame qui lui avait dit d'attendre là, parce que c'était encore trop risqué, et qu'elles devaient se faire toutes petites, comme des souris dans le garde-manger. C'était le jeu, la petite fille le comprenait bien. Comme quand elle jouait à chat perché, à cache-cache." [p. 15]

 

1930, Nell, la fillette, a grandi et va fêter son 21e anniversaire, l'occasion pour son père adoptif de lui dévoiler les circonstances de son arrivée inopinée dans sa famille. Une révélation qui va bouleverser son existence.

  "Elle lui sourit, radieuse dans sa robe délicate tout ornée de dentelles.

   Il lui rendit son sourire.

   Puis il la fit asseoir à côté de lui sur un tronc de gommier tombé là, lisse et blanc. Et lui révéla à l'oreille le secret que sa mère et lui avaient gardé pendant dix-sept ans. Il guetta sur son visage un signe de compréhension, un subtil changement d'expression. Et vit basculer une existence entière - celle d'une personne qui vient de disparaître d'un coup." [p. 25]

 

2005, Cassandra, la petite-fille de Nell, accompagne sa grand-mère âgée de 95 ans durant ses derniers moments : la vieille dame n'a désormais plus toute sa tête et s'éteint lentement.

  "Quand sa grand-mère se fut à nouveau engloutie dans les eaux sombres du sommeil, Cassandra s'étonna ; comment le cerveau pouvait-il être assez cruel pour rejeter ainsi sur le rivage de la conscience certaines bribes du passé ? Pourquoi, au soir de sa vie, sa grand-mère avait-elle en tête la voix de personnes disparues depuis des lustres ?" [p. 28]

 

S'ajoutent alors des extraits de textes divers : le livre jongle habilement entre diverses époques au fil de la quête entreprise par Cassandra qui vit depuis quelque temps déjà "dans l'ombre", en quelque sorte "en pointillés". La jeune femme se retrouve subitement propriétaire d'une maison située en Cornouailles, léguée par Nell. Or personne n'a jamais entendu parler de "Cliff Cottage".

Même si certains éléments peuvent être devinés avant la fin, le lecteur reconstitue (im)patiemment l'immense puzzle de cette touchante histoire ; côté personnages, j'ai surtout apprécié celui de La Conteuse...

Traduction : Hélène Collon.

Titre VO : The forgotten Garden.

17:01 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/08/2016

La dame à la camionnette, Alan Bennett

Présentation. Miss Shepherd, vieille dame excentrique, vit dans une camionnette aux abords de la résidence londonienne d’Alan Bennett. Victime de l’embourgeoisement du quartier et de quelques vauriens, elle finit par installer son véhicule dans la propriété de l’auteur.

Commence alors une incroyable cohabitation entre la marginale et la célébrité, qui durera près de vingt ans.

Entre disputes, extravagances et situations drolatiques, la dame à la camionnette n’épargne rien à son hôte ni au lecteur. Bennett, en excellent conteur, saisit leur duo et livre, au-delà des anecdotes, un tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus.

Un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine.

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Mon avis. J'interromps avec ce récit ma litanie des "(très) belles découvertes", entamée voici maintenant quelques semaines. Ce court roman se lit. Point barre. [Pour être complète, je peux ajouter que j'ai lu un bon tiers de Deux veuves pour un testament, de Donna Leon avant de l'abandonner : je m'y ennuyais et comme tant de livres m'attendent, j'ai préféré jeter l'éponge].

Ce livre rassemble, pêle-mêle, des réflexions de l'auteur relatives à sa cohabitation insolite avec Miss Shepherd, une vieille dame qui vit dans sa camionnette et finit par s'installer sur la propriété de l'auteur avec lequel elle a des contacts plus ou moins (ir)réguliers. D'après ce qu'il explique à la fin du volume, il a pris durant vingt ans des notes au sujet de celle qu'il appelle Miss S. ; c'est à partir de celles-ci qu'il a rédigé ce texte.

Évoquer sur la quatrième de couverture un "tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus" ainsi qu'"un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine" me semble pour le moins exagéré. Si ces facettes-là vous intéressent, vous risquez fort d'être déçus ; personnellement, je parlerais plutôt d'une "esquisse de tableau" et de "quelques traces d'humour, çà et là".

Merci à Nahe pour le prêt.

Traduction : Pierre Ménard.

Titre VO : The Lady in the van (1989).

12:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

22/08/2016

Sous la surface, Martin Michaud

Présentation. La veille du Super Tuesday, jour crucial des élections primaires américaines, l’écrivaine et ancienne top-modèle Leah Hammett atterrit à l’aéroport de Lowell, Massachussets, en compagnie de son mari, Patrick Adams, candidat favori à l’investiture démocrate.

Vingt-cinq ans après avoir quitté sa ville natale sans y être jamais revenue, Leah voit son passé ressurgir avec violence. Des fantômes qu’elle croyait avoir ensevelis à jamais viennent la hanter, ravivant d’anciennes blessures, et laissant planer sur le présent leur ombre oppressante.

Commence alors un jeu cruel, dont Leah ne maîtrise pas les règles, et qui la précipite au cœur d’une toile complexe, faite de faux-semblants, de pièges retors et de secrets inavouables. Drames, histoires d’amour brisées et trahisons deviennent l’épicentre d’un ouragan, celui qui dévaste l’existence de chaque personnage et remue, sous la surface, les eaux troubles du pouvoir, à Washington…

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Mon avis. Un récit qu'il est difficile de lâcher une fois commencé...

Ce livre explore les arcanes de la politique américaine qui n'en sort nullement grandie, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais j'imagine que politique US ou d'un autre pays, c'est bonnet blanc et blanc bonnet...

Focus sur Leah Hammet, la femme de Patrick Adams, candidat (très bien placé) à l'investiture démocrate en cette année d'élection présidentielle. C'est entre autres via ce personnage principal féminin que se dévoilent les méandres de l'intrigue, pan après pan.

Le livre navigue entre passé plus ou moins proche et présent avec Leah en (superbe) fil conducteur. Indéfectible soutien de son mari en cette dernière ligne droite, elle atterrit à Lowell, un lieu quitté vingt-cinq ans auparavant, siège d'un drame qui a laissé Leah pantelante. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts mais la souffrance (qu'elle croit) enfouie demeure toujours présente. Il suffit de quelques mots pour que soit ravivée la douleur du passé.

Le "syndrome du chapitre court" joue impeccablement bien son rôle : le lecteur se laisse aisément emporter, se disant qu'il va lire le chapitre suivant, puis un autre... jusqu'à ce que se tournent les dernières pages. Et quand on pense avoir démêlé le sac de nœuds, l'ultime partie s'en vient refermer habilement la boucle.

  "Le temps passe et, à mesure que nos illusions se désagrègent, on a tous quelque chose à cacher. Lorsque le sommeil nous échappe, on espère que le matin tendra un voile sur nos remords. Mais quand on se réveille, la réalité tranche le monde en deux. Et tandis que mon passé enroulait ses doigts autour de ma gorge pour m'asphyxier, les coups répétés sur la porte des toilettes et la voix angoissée de Gene m'ont ranimée." [p. 35]

  "L'appât était en place.  L'appât ou le piège : tout était une question de point de vue." [p. 88]

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" (thriller - polar - policier pour août).

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20:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

19/08/2016

Battle Royale, Koushun Takami

Présentation. Dans un pays asiatique imaginaire, existe un programme gouvernemental connu sous le nom de "Battle Royale". Chaque année, une classe de 3ème est choisie au hasard, emmenée sur une île coupée du monde, et les collégiens doivent combattre entre eux jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un survivant...
Ceci afin de servir d'exemple à la population, à la jeunesse particulièrement, et aussi de recueillir des statistiques sur le temps mis par le champion à éliminer ses camarades.

Version contemporaine survitaminée de Sa Majesté des Mouches de William Golding, Battle Royale a défrayé la chronique à sa publication, avant de devenir l'un des plus grands best-sellers de l'édition nippone.

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Mon avis. Une excellente découverte...

J'ai beaucoup entendu parler de Battle Royale lors de la sortie de Hunger Games : nombreux sont celles qui, parmi les personnes ayant lu les deux, ont indiqué que Suzanne Collins s'était très probablement inspirée du roman de Takami.

J'avais moi-même beaucoup apprécié les tomes 1 et 2 de la série américaine, moins le dernier - et pas du tout la fin -.  Effectivement, les ressemblances sont nombreuses et personnellement, je trouve que Battle Royale est meilleur, tant dans l'histoire et le traitement des personnages que dans l'écriture...

Le récit présente une classe de 3e tirée au sort pour participer au programme intitulé "Battle Royale" : 42 élèves sont dans un car qui les emmène en voyage de fin d'année. Voilà pour la théorie. La "pratique" est tout autre : 21 garçons et 21 filles de ~15 ans sont parqués sur une île déserte et vont devoir s'affronter. Un seul d'entre eux "remportera" cette épreuve imposée par un État asiatique totalitaire : tous les autres y auront perdu la vie.

  "Shûya avala sa salive. Dans le sac à moitié ouvert, on reconnaissait sans doute possible M. Masarô Hayashida, le prof principal de la classe de 3e B. Enfin, plus exactement l'ancien prof principal. On pouvait effectivement comprendre pourquoi Sakamochi s'était présenté comme le nouveau. Le précédent n'aurait plus les moyens d'assurer ses fonctions.

   Le costume bleu-gris bon marché de M. Hayashida était trempé de sang. De ses lunettes à large monture noire qui lui avaient valu le sobriquet de "Libellule", il ne restait que la moitié gauche. Ce qui n'était pas très étonnant, puisque de toute façon la tête elle-même avait perdu sa moitié droite. Derrière le seul verre correcteur restant, un œil rouge évoquant une bille dressait vers le plafond son regard atone. Le reste du crâne se résumait à un amas de cheveux agglutinés par une sorte de gelée grise - de la cervelle très probablement. [...]

  "M. Hayashida a eu, disons, quelques difficultés à accepter le bien-fondé du choix de votre classe pour le Programme, reprit Sakamochi d'une voix tranquille en se passant la main dans les cheveux. Je dois dire que cette sélection l'a pris quelque peu au dépourvu..."

   Plus personne ne pipait mot. Chacun venait enfin d'admettre que ce qu'ils venaient de voir, ce qui s'était produit depuis leur perte de conscience, était réel. Ça n'avait rien d'une erreur, ni d'une plaisanterie. Ils allaient bel et bien devoir s'entre-tuer." [p. 60 - 62]

 

Point de complaisance dans ce récit qui présente de façon plus ou moins détaillée chacun des participants ; si certains reviennent de manière récurrente, d'autres ne font que (tré)passer. Quelques-un(e)s parmi eux deviennent rapidement des "machines à tuer" qui se "prennent au jeu" ; quelques-un(e)s décident de s'unir pour faire face aux adversaires, sachant pourtant qu'ils deviendront rivaux, quoi qu'il leur en coûte. Alors...

La réflexion relative aux disparités en matière de comportement face à une situation extrême est vraiment intéressante et cela, même si l'une ou l'autre des personnalités est stéréotypée ; pas de temps mort (!) durant ce récit qui m'a solidement ferrée. Je me suis parfois quelque peu emmêlé les pinceaux dans les noms des protagonistes, mais sans que cela n'entrave véritablement la lecture... Une dernière chose : la fin est à la hauteur de l'ensemble ; mais dans une optique radicalement différente, le récit aurait également pu, selon moi, s'achever au chapitre 76.

Emportée dans mon élan, j'ai commencé à regarder le film tiré du livre, réalisé (2001) par Kinji Fukasaku : j'ai arrêté après une petite demi-heure. Les scènes et les personnages incarnés par les acteurs sont tellement "caricaturaux" qu'ils en devenaient complètement risibles alors que le propos ne l'est nullement.

Traduction : Patrick Honnoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay.

Titre VO : Battle Royale (1999).

 

Avis de ceux qui ont participé à cette lecture commune : La blonde framboise ; nekotenshi

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (23/24) et "Comme à l'école" (bleu).

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21:21 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |